Retour de bâton des entreprises contre la sortie du nucléaire
Des lobbies font pression sur l’UE pour que celle-ci examine, voire enraye la sortie du nucléaire de l’Allemagne, prévue suite à la catastrophe de Fukushima.
Des lobbies font pression sur l’UE pour que celle-ci examine, voire enraye la sortie du nucléaire de l’Allemagne, prévue suite à la catastrophe de Fukushima.
BusinessEurope, une grande organisation patronale européenne, a envoyé le 10 juin une lettre au commissaire européen à l'énergie, Günther Oettinger, exigeant une évaluation par l’UE de l'impact de la sortie du nucléaire sur les coûts.
« Les prix de l'énergie sont déjà en moyenne plus élevés en Europe que dans la plupart de nos partenaires commerciaux », peut-on lire dans cette missive.
Le soutien de l'UE est dès lors nécessaire afin de « minimiser ce sérieux handicap pour la compétitivité de l'industrie européenne, qui sera exacerbé par la sortie du nucléaire en Allemagne ».
L'organisation cite une étude, réalisée par la Fédération allemande des industries, qui révèle qu'une sortie du nucléaire d'ici 2017 augmenterait les factures d'énergie, peut-être même au-delà des frontières européennes.
Par conséquent, BusinessEurope « estime qu'il est nécessaire » de réaliser une évaluation et que cette question soit « explicitement abordée » dans la Feuille de route sur l'énergie pour 2050 cet automne.
Julian Scola, porte-parole de l'Association européenne de l'énergie éolienne (EWEA), a quant à lui insisté sur le fait que les énergies renouvelables étaient compétitives.
« Au Royaume-Uni, le récent rapport du comité des changements climatiques a montré que l'éolien terrestre était beaucoup moins cher que l'énergie nucléaire », a-t-il déclaré à EURACTIV, ajoutant que l'énergie relevait de la compétence nationale.
« Il est parfaitement légitime pour l'Allemagne de sortir du nucléaire », a-t-il affirmé. « Cela va créer des milliers d'emplois dans le secteur des énergies renouvelables et permettre à l'Europe d'être plus compétitive dans ce secteur en plein essor partout dans le monde ».
Campagne contre l'abandon du nucléaire
Il semblerait que la lettre de BusinessEurope fasse partie d'une campagne.
Le 15 juin, Enn Veskimägi, directeur de la Confédération estonienne des employeurs, avait repris les inquiétudes de l'organisation suite à une réunion de BusinessEurope.
« La décision du gouvernement allemand de commencer à fermer les centrales nucléaires dans le pays va à l'encontre de la politique climatique de l'Union européenne et augmente les coûts pour les entreprises grandes consommatrices d'énergie », a-t-il déclaré.
Trois semaines plus tôt, le 23 mai, le directeur de BusinessEurope, Philippe de Buck, déclarait au comité allemand de l'environnement, de la conservation de la nature et de la sûreté nucléaire au Parlement européen qu'il était nécessaire de fournir une réponse équilibrée à la catastrophe de Fukushima.
Il a souligné l'importance de la technologie dans la transition vers une société à faible émission de carbone, et a déclaré que les objectifs de réduction d'émissions devraient être économiquement réalisables et prendre en compte la compétitivité de l'industrie européenne.
En Allemagne, le quotidien Die Welt a affirmé que d'autres aspects de la transition énergétique prévue par Angela Merkel pourraient également devoir affronter de nombreuses objections juridiques à Bruxelles.
Un programme d'encouragement pour des centrales électriques plus efficaces et plus flexibles sera examiné de près pour s'assurer qu'il n'enfreint pas le droit sur la concurrence, a ajouté le quotidien.
La Commission européenne devrait également interdire les indemnisations ciblées pour les petites industries grandes consommatrices d'énergie, connues sous le nom de « Stadtwerke ».
« Le programme de soutien envisagé pour les centrales électriques semble incompatible avec l'encadrement des aides en faveur de l'environnement de la Commission européenne », a expliqué Ulrich Karpenstein du cabinet d'avocats berlinois Redeker.