Restauration de la nature : à Strasbourg, des agriculteurs et des militants écologistes manifestent

Des militants écologistes et des agriculteurs ont manifesté lors de deux rassemblements distincts devant le Parlement européen à Strasbourg mardi, alors que les tensions ont atteint leur paroxysme à l’approche d’un vote décisif sur la loi de restauration de la nature.

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La loi sur la restauration de la nature, proposée en juin 2022, vise à inverser le déclin drastique des écosystèmes européens et constitue un pilier fondamental du Pacte vert pour l’Europe. [EURACTIV/Kjeld Neubert]

Des militants écologistes et des agriculteurs ont manifesté lors de deux rassemblements distincts devant le Parlement européen à Strasbourg mardi (11 juillet), alors que les tensions ont atteint leur paroxysme à l’approche d’un vote décisif sur la loi controversée de restauration de la nature de l’UE.

Lors de ces manifestations, la militante écologiste Greta Thunberg, s’est exprimée en faveur de la loi, tandis que Manfred Weber, chef de file du Parti populaire européen (PPE), s’est joint aux agriculteurs pour s’y opposer.

La loi sur la restauration de la nature, proposée en juin 2022, vise à inverser le déclin drastique des écosystèmes européens et constitue un pilier fondamental du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), un ensemble d’initiatives politiques visant à mettre l’UE sur la voie de la neutralité climatique d’ici à 2050.

Cependant, après une opposition féroce des partis de droite, en particulier du PPE, le sort de la loi est incertain alors que le Parlement européen se prépare à un vote décisif lors de la session plénière de ce mercredi (12 juillet).

Il n’y a pas de majorité évidente pour la soutenir, mais il n’y a pas non plus de majorité claire pour la rejeter. À la veille du vote, on ignore encore si le Parlement donnera son feu vert.

Selon Greta Thunberg, un rejet de la loi serait un désastre pour les générations futures.

« Nous exigeons que les eurodéputés ne rejettent pas cette loi et votent pour la loi la plus forte possible », a-t-elle déclaré lors de la manifestation, ajoutant que « toute autre attitude sera perçue pour ce qu’elle est : une trahison à l’égard de ceux qui souffrent de ces crises, des générations futures et de l’humanité tout entière ».

Les personnes au pouvoir « scient continuellement la branche sur laquelle nous sommes tous assis » et la situation ne fera qu’empirer si aucune mesure n’est prise, a déclaré la jeune militante, qui a été rejointe par un grand nombre de militants d’organisations telles que Extinction Rebellion et sa propre organisation, Fridays for Future.

De son côté, Chloé Mikolajczak, militante pour la justice climatique, a rappelé les engagements internationaux de l’UE en matière de biodiversité, déclarant que la loi sur la restauration était une « opportunité pour l’UE de faire ce qu’elle avait dit qu’elle ferait lors de la COP15 à Montréal » en 2022.

« Nous nous sommes engagés en faveur de la biodiversité, de la protection des écosystèmes, de la restauration des écosystèmes également, […] c’est l’occasion de faire quelque chose de concret », a-t-elle expliqué à EURACTIV, appelant l’UE à joindre l’acte à la parole.

Les agriculteurs protestent contre la loi

Mais les militants écologistes n’étaient pas les seuls à descendre dans la rue pour manifester à ce sujet.

Une manifestation parallèle, menée par l’association des agriculteurs de l’UE COPA-COGECA, a rassemblé plus de 300 manifestants et 50 tracteurs venus de 20 États membres différents, afin de s’opposer au texte de la loi. Leur message est clair : « oui, les agriculteurs sont les premiers à restaurer la nature, mais non, nous ne pouvons pas le faire avec la proposition telle qu’elle est présentée en plénière à Strasbourg ».

Dans un communiqué publié après la manifestation, le groupe d’agriculteurs a déclaré que « les enjeux sont importants : les trois commissions qui ont tenté d’amender ce texte au sein du Parlement européen ne sont pas parvenues à une position satisfaisante, compte tenu du caractère déséquilibré du texte présenté par la Commission [européenne] et de l’absence de financement clairement identifié ».

Ils déplorent le fait que la politisation de la loi ait empêché un « véritable débat » sur le fond mais préviennent qu’il n’y aura « aucun gagnant avec cette initiative, mais beaucoup de perdants dans nos zones rurales, à commencer par les structures économiques les plus petites et les plus fragiles ».

« C’est pourquoi, pour tous les agriculteurs présents de l’Irlande à la Finlande aujourd’hui à Strasbourg, cette proposition est inapplicable et devrait donc être renvoyée à l’expéditeur sans délai », a souligné le groupe, avertissant que le texte « fondamentalement » défectueux est irrécupérable.

Le président du PPE au Parlement européen, M. Weber, qui a fait l’objet de vives critiques pour sa position sur la loi, s’est également joint aux agriculteurs lors de leur manifestation.

« Si nous voulons réussir, nos agriculteurs doivent faire partie de la solution et ils méritent notre respect. Nous avons besoin d’une nouvelle proposition », a-t-il écrit sur Twitter.

Plus tard dans la journée de mardi, M. Weber a également rencontré des militants écologistes de la manifestation rivale pour discuter du sujet.

Le Parlement européen votera sur la loi ce mercredi. Si elle est rejetée, le texte sera renvoyé à la Commission pour être retravaillé.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]