Résistance aux antimicrobiens : les ministres de la Santé de l’UE approuvent une recommandation

Les ministres de la Santé de l’UE ont donné leur feu vert à la recommandation de la Commission européenne visant à renforcer l’action de l’UE dans la lutte contre la résistance aux antimicrobiens, tout en se félicitant de l’approche « Une seule santé ».

Euractiv.com
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La commissaire européenne à la Santé, Stella Kyriakides, et le ministre suédois de la Santé Jakob Forssmed présentent les recommandations du Conseil sur la RAM. [<a href="https://newsroom.consilium.europa.eu/permalink/p165570" target="_blank" rel="noopener">Union européenne</a>]

Les ministres de la Santé de l’UE ont donné leur feu vert à la recommandation de la Commission européenne visant à renforcer l’action de l’UE dans la lutte contre la résistance aux antimicrobiens (RAM), tout en se félicitant de l’approche « Une seule santé ».

L’objectif de la recommandation, officiellement approuvée mardi (13 juin), est d’encourager l’utilisation prudente des antimicrobiens, tels que les antibiotiques, pour la santé humaine et animale, afin de réduire le risque que les micro-organismes deviennent résistants à l’intervention médicale.

L’utilisation abusive et excessive des antibiotiques ces dernières années a conduit certains micro-organismes, également appelés bactéries multirésistantes, à développer une résistance aux antimicrobiens, ce qui signifie que les médicaments deviennent moins efficaces et que les infections persistent dans l’organisme, augmentant ainsi le risque de propagation à d’autres personnes.

Cette résistance aux antimicrobiens est parfois qualifiée de « pandémie silencieuse ».

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu’environ 4,9 millions de décès par an sont liés à la résistance aux antimicrobiens. Rien que dans l’Union européenne, la résistance aux antimicrobiens est responsable de 35 000 décès par an.

L’approche « Une seule santé »

Lors de la réunion des ministres de la Santé des Vingt-Sept, la commissaire européenne à la Santé, Stella Kyriakides, a reconnu l’importance de prendre des mesures ambitieuses pour lutter contre la résistance aux antimicrobiens dans le cadre d’une approche « Une seule santé ».

« Nous devons avoir une vision globale de la résistance aux antimicrobiens et nous devons nous attaquer à ce problème dans le monde entier, sans nous limiter à notre continent », a-t-elle ajouté.

Pour le ministre suédois de la Santé, Jacob Forssmed, cette proposition est une priorité de l’actuelle présidence suédoise du Conseil de l’UE depuis qu’elle a été présentée en avril.

La recommandation du Conseil fixe des objectifs concrets au niveau de l’UE en matière de consommation d’antimicrobiens et de résistance en santé humaine, notamment une réduction de 20 % de la consommation humaine totale d’antibiotiques d’ici à 2030.

D’autres mesures visent à instaurer une meilleure surveillance à tous les niveaux, y compris dans les hôpitaux et les établissements de soins de longue durée, à renforcer la prévention et le contrôle des infections, ainsi qu’à sensibiliser le public et les professionnels grâce à des campagnes de formation et de communication.

Un travail rapide de l’UE

La commissaire Stella Kyriakides s’est félicitée de l’accord conclu sur une question qui est « au cœur des citoyens européens » et a reconnu le travail des différentes institutions de l’UE.

« La rapidité avec laquelle ce texte a été adopté montre que nous sommes tous sur la même longueur d’onde », a affirmé Mme Kyriakides en faisant référence au fait que le Parlement européen a adopté la même recommandation il y a moins de deux semaines (le 1er juin).

Les députés ont également souligné que des plans d’action nationaux solides pour lutter contre la résistance aux antimicrobiens devraient être une priorité pour les systèmes de santé nationaux des États membres.

Les ministres de la Santé de l’UE se sont particulièrement félicités du plan visant à renforcer l’action nationale contre la RAM et de l’approche « Une seule santé » de la recommandation, qui met en évidence le lien entre la santé humaine, la santé animale et l’environnement.

« Ce n’est qu’en adoptant une telle approche que nous pourrons traiter efficacement l’ensemble du problème de la résistance aux antimicrobiens », a indiqué Manuel Pizarro, ministre portugais de la Santé.

Chris Fearne, ministre de la Santé de Malte, a reconnu que l’intégration de la santé animale, végétale et environnementale dans les plans d’action nationaux était une recommandation importante, de même que la fixation d’objectifs spécifiques dans ce domaine.

La RAM dans la nouvelle législation pharmaceutique

Dans sa révision du cadre réglementaire de l’Union européenne pour les produits pharmaceutiques, la Commission a proposé un essai de 15 ans d’un « système de bons d’exclusivité de données transférables » pour les nouveaux antibiotiques afin d’encourager leurs développeurs, ce que Mme Kyriakides a qualifié de « possiblement une mesure pionnière au niveau mondial ».

Le bon accordera une année supplémentaire de protection des données réglementaires au développeur des nouveaux antibiotiques, qui pourra soit les utiliser pour l’un de ses propres produits, soit les vendre à un autre détenteur d’une autorisation de mise sur le marché.

« Nous sommes les premiers régulateurs à nous engager dans cette voie », a souligné Stella Kyriakides, responsable de la santé au sein de l’UE, lors de la présentation des mesures, ajoutant que la Commission devait sortir des sentiers battus et « faire preuve d’un peu d’innovation pour résoudre un problème qui existe depuis un certain nombre d’années ».

L’aspect controversé du système est qu’il transférera les coûts des bons aux systèmes de santé des États membres, car il retardera l’entrée sur le marché des génériques des produits couverts par les bons.

La Commission a veillé à ce que ces bons soient accordés dans des conditions extrêmement strictes « afin de minimiser le coût pour les systèmes de santé et d’assurer un juste retour sur investissement aux développeurs, souvent de petites PME », a expliqué Mme Kyriakides aux ministres.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]