Répression en Iran : l’UE envisage de nouvelles sanctions

L’UE s’apprête à imposer une nouvelle série de sanctions à l’Iran, visant une vingtaine de personnes et une dizaine d’entreprises impliquées dans la répression violente des manifestants, ont confié sept sources à Euractiv.

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La branche diplomatique de l’UE a envoyé jeudi 15 janvier une proposition de nouvelles sanctions aux gouvernements européens pour examen, ont indiqué ces sources, dans le but d’obtenir l’accord unanime des 27 États membres d’ici la fin du mois.

La proposition prévoit de sanctionner les personnes du régime iranien responsables de la répression violente des manifestants et les entreprises impliquées dans la production de technologie de drones.

Selon deux sources, le paquet comprendrait une liste d’une vingtaine de personnes et d’une dizaine d’entreprises fabriquant des drones. Les listes proposées ont été établies cette semaine, trois personnes supplémentaires ayant été ajoutées jeudi, sur proposition du Service européen pour l’Action extérieure (SEAE).

Toutefois, selon l’un des responsables, il n’inclut pas de sanctions à l’encontre du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), un corps fort de 200 000 membres impliqué dans la répression des manifestations. La France, l’Italie et l’Espagne bloqueraient cette initiative.

La Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, Kaja Kallas, a déclaré mercredi 14 janvier aux législateurs que les sanctions devraient être prêtes à être discutées et approuvées par les ministres des Affaires étrangères le 29 janvier à Bruxelles. Les discussions techniques à Bruxelles commenceront la semaine prochaine.

Désignation du CGRI comme organisation terroriste

Les appels se multiplient au sein des institutions européennes pour désigner le CGRI comme organisation terroriste. La présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, ainsi que Hannah Neumann, présidente de la délégation parlementaire pour les relations avec l’Iran, se sont récemment prononcées en faveur d’un durcissement des sanctions et d’un tel classement.

Le débat sur une éventuelle désignation du CGRI comme organisation terroriste divise toutefois les États membres. Certains diplomates occidentaux estiment qu’une telle mesure serait essentiellement symbolique. Cette analyse est contestée par plusieurs experts, dont Rebecca Schönenbach, spécialiste indépendante de la lutte contre le financement du terrorisme, qui affirme qu’un tel classement porterait un coup sévère au régime iranien.

Selon elle, les premières conséquences se feraient sentir sur les institutions financières liées au CGRI encore actives en Europe, notamment en Allemagne, où quatre banques seraient concernées.

La désignation en tant qu’organisation terroriste offrirait également aux autorités nationales, comme le régulateur financier allemand BaFin, des leviers juridiques renforcés pour agir contre ces réseaux et pour lutter contre le contournement des sanctions, notamment via les cryptomonnaies.

Les services de sécurité allemands ont par ailleurs observé des tentatives persistantes de recrutement et d’endoctrinement menées par des organisations et institutions culturelles liées au régime iranien, visant à promouvoir l’idéologie du Velayat-e Faqih auprès de jeunes Européens.

Sur le plan politique et symbolique, plusieurs analystes estiment qu’un classement du CGRI renforcerait également le moral des manifestants iraniens, alors que la répression a fait des milliers de morts selon diverses estimations. Les États-Unis ont désigné le CGRI comme organisation terroriste dès 2019, suivis par le Canada et l’Australie, tandis que l’UE a jusqu’à présent limité ses mesures à des sanctions ciblées contre des individus et à un classement partiel du CGRI dans le cadre du régime de sanctions sur les armes de destruction massive.