Remaniement : le portefeuille de l’Énergie retourne à l’Économie pour la « transition industrielle du siècle »

Suite au remaniement annoncé jeudi (11 janvier), le portefeuille de plein exercice de la Transition énergétique retourne, 17 ans après, sous le giron du ministère de l’Économie. La ministre Agnès Pannier-Runacher quitte ses fonctions.

Euractiv France
Italy, Germany and France to strengthen cooperation in the field of artificial intelligence
Le ministre français de l'Économie Bruno Le Maire s'exprime lors d'une conférence de presse à l'issue d'une réunion entre l'Italie, l'Allemagne et la France sur la politique industrielle, la transition numérique et l'intelligence artificielle, à Rome, Italie, le 30 octobre 2023. [EPA-EFE/ANSA/MASSIMO PERCOSSI]

Suite au remaniement annoncé jeudi (11 janvier), le portefeuille de plein exercice de la Transition énergétique retourne, 17 ans après, sous le giron du ministère de l’Économie. La ministre Agnès Pannier-Runacher quitte ses fonctions.

C’en est donc fini du couple entre les ministères de l’Écologie et l’Énergie. Après 17 ans de vies communes à l’Hôtel de Roquelaure, le portefeuille de l’énergie retourne à Bercy, sous le giron du ministère de l’Économie, dirigé par Bruno Le Maire depuis sept ans.

Après 20 mois en tant que ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher a donc quitté ses fonctions jeudi. L’ancienne ministre n’a pas encore commenté son départ. Selon les dernières rumeurs, elle serait « pressentie » du côté du ministère de la Santé.

Bruno Le Maire, lui, a tenu à remercier le président de la République, Emmanuel Macron, et le Premier ministre, M. Attal, «pour leur confiance».

«La transition industrielle du siècle»

Avec le retour de l’Énergie à Bercy, un nouveau chapitre s’ouvre pour la stratégie énergétique française.

«L’énergie à Bercy c’est une bonne nouvelle : c’est la transition industrielle du siècle», a écrit sur X Antoine Armand, rapporteur de la Commission d’enquête sur la souveraineté énergétique dont les travaux ont fait grand bruit en avril.

Autrement dit, «la séparation de l’Énergie et de l’Écologie signifie le retour d’une conception d’abord industrielle et économique de l’énergie», a relevé sur X l’avocat en droit de l’Environnement, Maître Arnaud Gossement.

En filigrane, «c’est le retour à l’idée de souveraineté qu’annonçait le projet de loi ‘souveraineté énergétique’», a-t-il poursuivi, dont l’avant-projet a été présenté lundi (7 janvier) et restera comme le dernier fait d’arme du ministère de l’Énergie sous l’ère Agnès Pannier-Runacher.

Et avec le retour de l’idée de souveraineté, celle du nucléaire : «l’interprétation de ce projet de loi [‘souveraineté énergétique’] est désormais clarifiée par ce changement majeur de l’organisation de l’appareil administratif d’État. La priorité de la production électrique revient au nucléaire», complète Maître Gossement.

EDF au bon endroit

Les deux ministères ont d’ailleurs étroitement travaillé ensemble sur la stratégie en la matière et notamment sur la situation du nucléariste EDF, clef de voûte du système électrique français.

Le groupe a été recapitalisé par l’État en juin, sous la supervision de M. Le Maire.

Mi-novembre, M. Le Maire, entouré de Mme Pannier-Runacher et du président d’EDF, Luc Rémont, annonçait en grande pompe le nouvel accord entre le gouvernement et le nucléariste sur le futur modèle économique de la partie nucléaire d’EDF.

Un accord grandement porté par Bercy. D’ailleurs, le leadership du ministère sur la stratégie industrielle et énergétique française n’est pas pour déplaire aux acteurs du secteur nucléaire, nous dit-on.

«Les souverainetés énergétique et industrielle vont de pair», a approuvé l’Union française de l’électricité, association qui fédère les acteurs du secteur.

Pour EDF et l’industrie nucléaire, la suite s’annonce mouvementée : mise en place de l’accord entre le gouvernement et le nucléariste, financement du nucléaire existant et nouveau, construction des nouveaux réacteurs, recrutement de plus de 100 000 personnes, etc.

Le climat au second plan ?

Pour d’autres, la fin d’un ministère dédié à l’énergie est une «mauvaise nouvelle», a déclaré sur X Philippe Martin, ancien ministre de l’Énergie (2013-2014).

«La compétence ‘énergie’ est indispensable pour un cheminement équilibré vers la transition écologique et énergétique», a-t-il poursuivi.

«Le passage du secteur de l’énergie sous le ministère de l’Economie est un scandaleux retour en arrière et une nouvelle illustration que la politique énergétique des gouvernements d’Emmanuel Macron se résume à une obsession de la relance du nucléaire, quoi qu’il en coûte», s’alarme Greenpeace.

Pour Jules Nyssen, président du syndicat des énergies renouvelables, la séparation de l’écologie et de l’énergie est aussi un «mauvais signal», nous confie-t-il.

«Il me semble […] particulièrement nécessaire qu’un ministère puisse avoir la responsabilité, […] de piloter la transformation de notre système énergétique pour qu’il puisse tirer le meilleur parti du foisonnement des différentes ressources énergétiques», a-t-il commenté sur LinkedIn.

Conséquences à Bruxelles

Tandis que le sillon de Bruno Le Maire se traçait à Paris, Agnès Pannier-Runacher, elle, bataillait sur le front bruxellois depuis plusieurs mois, obtenant de nombreuses concessions de ses homologues sur la reconnaissance du nucléaire au niveau européen.

Dorénavant, «l’absence probable du ministre de l’Écologie [ou de l’Énergie] aux conseils des ministres européens de l’énergie est désolante», se désespère Philippe Martin. Mais l’Histoire n’est pas écrite à l’avance.

Dès lors, qui fera les déplacements à Bruxelles ?

En Allemagne, Robert Habeck occupe les postes de ministre de l’Économie et du Climat. Le superministre se rend personnellement aux conseils «Énergie» des 27, quelques fois suppléé par son secrétaire d’État Sven Giegold.

D’ailleurs, «un mégaministère comme en Allemagne […] de l’économie et du climat […] aurait été plus inspiré que de séparer ‘transition écologique’ et ‘énergie’», esquisse sur X le Docteur Joseph Dellatte, chercheur en politiques climatiques au sein de l’Institut Montaigne.

Pour l’heure, l’arrivée de Bruno Le Maire dans le giron énergétique pourrait relancer les relations franco-allemandes.

Selon des sources au Bundestag, les relations entre Agnès Pannier-Runacher et Robert Habeck étaient mauvaises au point que le tandem refusait de faire des apparitions communes lors des assemblées parlementaires franco-allemandes.

Au contraire, le pensionnaire de Bercy, germanophile assumé, est vu comme un atout pour relancer le dialogue franco-allemand dans le domaine énergétique.

Pour le moment, le portefeuille de l’Énergie à Bercy reste vacant. Personne ne sait trop s’il reviendra à un secrétariat d’État dédié ou si le portefeuille sera rattaché à celui du ministre délégué à l’Industrie, dévolu jusqu’alors à Roland Lescure, non encore confirmé pour prendre sa propre succession.

[Édité par Frédéric Simon]