Réglement anti-déforestation : le centre droit et les socialistes à couteaux tirés au Parlement européen

La mise en œuvre du règlement anti-déforestation de l’Union européenne (EUDR) suscite des tensions au Parlement européen, le centre droit voulant reporter son application alors que les socialistes réclament le respect du calendrier initial avec un accent sur une mise en œuvre  harmonieuse.

EURACTIV.com
European Parliament session in Strasbourg
Peter Liese et Herbert Dorfmann ont qualifié de « monstre bureaucratique » ce règlement qui, à partir du 30 décembre, obligera les importateurs à fournir les coordonnées de géolocalisation des exploitations produisant du cacao, du café, du soja et du bétail. [ EPA-EFE/RONALD WITTEK]

La mise en œuvre du règlement anti-déforestation de l’Union européenne (EUDR) suscite des tensions au Parlement européen, le centre droit voulant reporter son application alors que les socialistes réclament le respect du calendrier initial avec un accent sur une mise en œuvre  harmonieuse.

En vertu de ce règlement, à partir du 30 décembre 2024, les entreprises qui commercialisent du soja, du bœuf, de l’huile de palme, du bois, du cacao, du café ou du caoutchouc sur le marché de l’UE doivent être en mesure de prouver que leurs produits ne proviennent pas de zones récemment déboisées ou qu’ils n’ont pas contribué à la dégradation des forêts.

Cependant, deux membres éminents du Parlement européen demandent une fois de plus le report de l’application du règlement anti-déforestation.

« Nous demandons à la Commission de retarder immédiatement la mise en œuvre de la loi sur la déforestation », ont invoqué Herbert Dorfmann, coordinateur du Parti populaire européen (PPE) au sein de la commission de l’Agriculture du Parlement européen (AGRI), et Peter Liese, son homologue de la commission de l’Environnement (ENVI).

Les deux eurodéputés ont qualifié de « monstre bureaucratique » ce règlement qui, à partir du 30 décembre, obligera les importateurs à fournir les coordonnées de géolocalisation des exploitations produisant du cacao, du café, du soja et du bétail.

Selon eux, la loi anti-déforestation pourrait menacer l’approvisionnement en aliments pour animaux de l’UE et perturber le commerce de nombreux biens de consommation.

« La Commission doit prendre le temps nécessaire pour résoudre les nombreux problèmes liés à cette réglementation », ont insisté Herbert Dorfmann et Peter Liese.

La Commission européenne a promis de publier des lignes directrices supplémentaires pour aider les entreprises à mettre en œuvre les différentes règles, ainsi que des foires aux questions (FAQ). Selon les organisations présentes lors d’une réunion la semaine dernière, l’exécutif de l’UE a assuré aux parties prenantes que tous ces éléments complémentaires seraient communiqués en octobre.

Les socialistes contre-attaquent

Quelques heures seulement après la publication de la déclaration du PPE, le groupe des Socialistes & Démocrates européens (S&D) a envoyé une lettre à la Commission lui enjoignant de s’en tenir au calendrier initial pour la mise en œuvre de ce règlement.

Adressée à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et au responsable du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), Maroš Šefčovič, la lettre a été signée par des eurodéputés socialistes de premier plan, dont le porte-parole de la commission ENVI, Tiemo Wölken, le porte-parole de la commission du Commerce international (INTA), Brando Benifei, et Delara Burkhardt, rapporteuse fictive sur le règlement anti-déforestation.

« Il est crucial que l’EUDR soit appliqué sans délai », est-il indiqué dans la lettre.

Selon le S&D, au lieu de retarder le règlement, l’accent devrait être mis sur le soutien à sa mise en œuvre harmonieuse et rapide pour les entreprises concernées, les pays producteurs et les autorités chargées de l’application.

En ce qui concerne les lignes directrices et les FAQ, les socialistes ont demandé à la Commission de les finaliser de toute urgence et encouragent à la mise en place d’un « système informatique convivial » pour que les entreprises puissent soumettre les documents attestant de leur bonne conformité.

« Nous sommes conscients que sur ces éléments, le travail préparatoire au sein de la Commission a bien avancé et nous espérons que vous accélérerez les processus internes au sein de la Commission afin d’adhérer à la loi et à ses délais », ont-ils ajouté.

[Édité par Anna Martino et Sarah N’tsia]