L'UE propose son propre Conseil de paix

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🚨La chaîne Euronews, subventionnée par l’UE, a la chance de disposer de l’une des rares salles de rédaction internationales encore présentes à Bakou, la capitale de l’Azerbaïdjan. Comment utilise-t-elle ce privilège ? En multipliant les interviews complaisantes avec le président Ilham Aliyev, qui a sévèrement réprimé les médias étrangers, interdisant notamment Voice of America et BBC.

Aujourd’hui, l’organisation basée à Bruxelles fait l’objet d’une surveillance accrue en raison de son silence total sur la détention depuis 15 mois de 11 journalistes indépendants de la chaîne d’opposition Meydan TV, dont le procès a été jugé politiquement motivé par les organisations de défense de la liberté de la presse. Mes collègues Elisa Braun et Magnus Lund Nielsen vous racontent toute l’histoire.

Vous lisez Rapporteur ce jeudi 26 février. Je suis Eddy Wax, avec Nicoletta Ionta à Bruxelles.

À savoir :

🟢 L’UE lance son propre Conseil de paix

🟢 Les commissaires doivent se prononcer sur la pétition relative à l’accès à l’avortement

🟢 Est-ce le jour du démantèlement du SCEQE ?

Au rond-point : le café chinois arrive dans la bulle.


Bruxelles en un coup d’oeil


Dubravka Šuica, commissaire chargée de la Méditerranée, est arrivée au Parlement européen prête à affronter les députés européens, furieux de sa participation au Conseil de paix de Donald Trump.

La France avait mené la charge contre sa décision d’y aller, accusant la Commission de nuire à l’ONU et d’envoyer un haut fonctionnaire sans mandat officiel des gouvernements.

Après avoir évité les projecteurs pendant plusieurs jours, Mme Šuica a défendu sa présence hier après-midi, soulignant que plus de la moitié des capitales de l’UE y avaient participé à un titre ou à un autre.

Elle a fait valoir que la Commission avait le droit légal de participer, minimisant son implication en tant que simple « observatrice » (elle n’a pas pris la parole). Elle a reconnu les préoccupations concernant la gouvernance du conseil, qui est étroitement contrôlé par l’équipe de Trump, mais a fait valoir que cette réunion offrait l’occasion d’engager le dialogue avec les ministres du Moyen-Orient sur la question de Gaza. (Pour en savoir plus, consultez mon rapport complet.)

Elle a ensuite fait une proposition curieuse aux députés européens présents dans la salle. Pourquoi ne pas transformer le Groupe des donateurs pour la Palestine, une plateforme de coopération humanitaire soutenue par la Commission et regroupant une soixantaine de pays, en un forum politique ? Il pourrait servir de « conseil de paix », a-t-elle suggéré, déplorant la position de l’UE en tant que « donateur majeur » de l’Autorité palestinienne sans être un « acteur majeur ».

Cette proposition a suscité des critiques, l’un des principaux socialistes, Yannis Maniatis, lui reprochant d’avoir commis une « erreur monumentale ».

Le groupe de donateurs lui-même a eu du mal à gagner du terrain. Les Américains ont refusé de se présenter à sa réunion inaugurale en novembre. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio recevra toutefois une nouvelle invitation, comme le révèle Rapporteur.

« À ce moment-là, ils n’étaient peut-être pas prêts », m’a confié Mme Šuica, ajoutant que la prochaine réunion est prévue pour mai ou juin. « Peut-être viendront-ils. »

Elle semblait déçue de l’intérêt que les députés européens ont manifesté pour sa proposition de renforcer le groupe de donateurs. « Je voulais écouter leur avis… ils ne savent absolument pas ce qu’est le groupe de donateurs pour la Palestine. » (Ils auraient dû lire Rapporteur, où nous nous sommes vivement intéressés à la question.

« La portée doit être discutée », a-t-elle déclaré. « Nous avons également un cheval dans la course. » Avec plus de la moitié des pays de l’UE participant désormais à la structure mise en place par Trump, ainsi que la Commission elle-même, toute tentative de créer un forum rival dirigé par l’Europe sera certainement difficile.

Les commissaires doivent se prononcer sur la pétition relative à l’avortement

La Commission européenne devrait décider aujourd’hui d’approuver ou non « My Voice, My Choice », une initiative citoyenne appelant à un accès plus large à l’avortement dans toute l’UE. La pétition a recueilli plus de 1,2 million de signatures, dépassant le seuil requis pour déclencher une réponse officielle.

Elle demande à l’UE de créer un fonds volontaire pour aider les femmes à se rendre dans d’autres pays de l’Union afin d’y subir un avortement en toute sécurité lorsque leur gouvernement national ne peut ou ne veut pas leur garantir cet accès. La Pologne occupe une place importante dans le débat, où l’avortement reste fortement restreint après que Donald Tusk n’ait pas réussi à obtenir un soutien suffisant au sein de sa coalition pour libéraliser la loi. L’initiative a reçu le soutien du Parlement européen et de personnalités publiques, dont l’acteur Mark Ruffalo.

Dans une interview exclusive, la responsable de l’égalité au sein de l’UE, Hadja Lahbib, s’est dite « très confiante » quant au fait que l’exécutif donnerait son feu vert, balayant les rumeurs contraires.

Notre excellent collègue Thomas Mangin couvre cette affaire depuis le début. La politique de santé – et l’avortement en particulier – est devenue un sujet brûlant pour l’extrême droite, qui martèle que cette question relève clairement de la compétence nationale.

Signe d’une pression croissante, 105 députés européens du PPE, du S&D, de Renew, des Verts et de la Gauche ont averti Ursula von der Leyen qu’ils étaient prêts à intensifier leur action politique si la Commission rejetait la proposition.

Une dernière réunion avant la grande réunion !

Les ministres de l’UE qui cherchent à relancer l’économie chancelante du bloc se réunissent aujourd’hui pour une dernière série de discussions avant le Conseil européen de mars, où les dirigeants devraient présenter des progrès concrets.

Selon mon collègue Nikolaus J. Kurmayer, la réunion d’aujourd’hui portera sur les préparatifs d’une prochaine refonte du système d’échange de quotas d’émission (SEQE) de l’UE, le système de plafonnement et d’échange qui limite la pollution par le carbone en obligeant l’industrie à acheter des crédits.

Bien qu’il soit antérieur au Green Deal, le système ETS fait désormais l’objet de critiques généralisées en Europe centrale et orientale, où les responsables politiques lui reprochent d’être à l’origine des prix élevés de l’énergie. Seule la France continue de le défendre ouvertement.

Selon Nikolaus, la réunion risque de se transformer en une surenchère, l’Europe centrale industrialisée et l’Europe orientale en voie d’industrialisation s’affrontant pour savoir qui sauvera le mieux ses fours émetteurs de carbone.

Un revirement commercial de 10 %

Le nouveau tarif forfaitaire de 10 % imposé par Washington, en vigueur jusqu’au 24 juillet, laisse la plupart des exportateurs de l’UE dans une situation légèrement meilleure que celle qui prévalait l’été dernier avec l’accord « Turnberry » de 15 %, même si certains secteurs sont confrontés à des droits de douane plus élevés.

Après que la Cour suprême des États-Unis a invalidé plusieurs de ses mesures d’importation les plus radicales, Donald Trump s’est orienté vers un taux global forfaitaire, rapporte ma collègue Sofía Sánchez Manzanaro.

La Commission estime que seuls 7 % des exportations de l’UE vers les États-Unis seront désormais soumis à des droits supérieurs à 15 %. Il y a toutefois des gagnants et des perdants évidents. Les producteurs de spiritueux pourraient bénéficier de taux plus bas, contrairement à certains segments du secteur laitier. Certains fromages et produits à base de beurre sont désormais soumis à des droits de douane pouvant atteindre 25 %.


Rond-point Schuman


« Concurrent systématique du matcha » : la chaîne chinoise Cotti Coffee s’installe juste en face de la Commission européenne, à quelques pas de milliers de fonctionnaires et de journalistes européens. La marque, qui exploite plus de 18 000 magasins dans le monde entier, s’est développée rapidement à travers l’Europe depuis 2025. Elle propose désormais son café signature à 99 centimes sur le boulevard Charlemagne, remplaçant le bar à sushis Houchou, établi de longue date (qui a fermé ses portes malgré les sommes astronomiques dépensées par les journalistes d’Euractiv).

Selon le Handelsblatt et d’autres médias, l’entrée rapide de Cotti sur le marché européen reflète la percée des marques chinoises sur le marché européen du café en pleine croissance. L’entreprise s’est implantée en France, en Espagne et en Allemagne ces derniers mois, et d’autres succursales sont prévues en Belgique. Son arrivée pourrait susciter des interrogations dans le quartier européen, où il est conseillé aux fonctionnaires de ne pas installer l’application chinoise TikTok sur leurs téléphones professionnels.


Les capitales


STOCKHOLM 🇸🇪

Selon SVT, le gouvernement de coalition suédois a proposé des règles plus strictes en matière d’expulsion des ressortissants étrangers condamnés pour des crimes. Les réformes rendraient obligatoire l’expulsion pour les infractions passibles de peines supérieures à une amende et obligeraient les procureurs à demander l’expulsion en cas de peine d’emprisonnement. Le ministre de l’Immigration, Johan Forssell, a déclaré que ces mesures créeraient le régime d’expulsion le plus strict des pays nordiques, ce qui pourrait multiplier par six le nombre d’expulsions. Le gouvernement vise à mettre en œuvre ces règles à partir du 1er septembre.

– Magnus Lund Nielsen

MADRID 🇪🇸

Les dissidents vénézuéliens ont exhorté l’UE à ne pas lever les sanctions contre la dirigeante par intérim Delcy Rodríguez, après que Kaja Kallas a déclaré qu’elle proposerait de la retirer de la liste des personnes visées par les sanctions à la suite de la libération d’un nombre limité de détenus et d’une loi d’amnistie à Caracas. Les détracteurs affirment que Mme Rodríguez, sanctionnée depuis longtemps pour des raisons liées à la démocratie et à l’État de droit, reste au cœur du système chaviste et que l’assouplissement des mesures risquerait d’entraîner une « normalisation prématurée » sans obligation de rendre des comptes.

– Inés Fernández-Pontes

ROME 🇮🇹

L’Italie s’apprête à approuver un modèle longtemps retardé pour les appels d’offres relatifs aux concessions de plage, dont l’adoption officielle est prévue d’ici la fin du mois de mars, alors que Rome tente de mettre fin à un différend de près de 20 ans avec Bruxelles sur les règles de concurrence. La législation européenne exige que les biens publics situés en bord de mer soient attribués par le biais d’appels d’offres ouverts, mais les gouvernements successifs ont préféré prolonger les licences. Le projet prévoit de diviser les concessions en lots plus petits et de compenser les investissements non récupérés. Les licences actuelles sont valables jusqu’en septembre 2027.

– Alessia Peretti

ATHÈNES 🇬🇷

Le ministre grec de la Défense, Nikos Dendias, largement considéré comme un candidat à la direction du parti au pouvoir, Nouvelle Démocratie, a critiqué la baisse de popularité de ce dernier dans les sondages, exhortant les conservateurs à « revenir à leurs valeurs » avant les élections de 2027. Euractiv’s Chattering Classes l’avait précédemment décrit comme un « Premier ministre en devenir ». Le gouvernement a minimisé ces propos, mais le député Makarios Lazaridis, un proche allié du Premier ministre, a déclaré que ces préoccupations auraient dû être soulevées en interne.

– Sarantis Michalopoulos

VARSOVIE 🇵🇱

Le ministre de la Défense, Władysław Kosiniak-Kamysz, a déclaré avoir discuté du programme de financement des armes SAFE de l’UE avec le président Karol Nawrocki et qu’il ferait pression « jusqu’au bout » pour que la loi d’application soit signée. M. Nawrocki aurait fait part de ses préoccupations concernant la souveraineté et la conditionnalité de l’État de droit. M. Kosiniak-Kamysz a fait valoir que la souveraineté dépendait d’« une armée forte et d’alliances solides qui défendent la souveraineté », et non de l’isolement.

Aleksandra Krzysztoszek

SARAJEVO 🇧🇦 / PRISTINA 🇽🇰

La Commission européenne a proposé d’ouvrir des négociations avec plusieurs partenaires des Balkans occidentaux, dont la Bosnie et le Kosovo, afin d’étendre le régime « Roam Like at Home » (roaming comme à la maison) de l’UE à la région. Ce programme permettrait de supprimer les frais d’itinérance pour les appels, les SMS et les données. La proposition a été transmise au Conseil, et des accords bilatéraux sont nécessaires. Cette initiative s’inscrit dans le cadre du plan de croissance 2023 de l’Union européenne pour les Balkans occidentaux.

Bronwyn Jones

KIEV 🇺🇦

Kiev et Washington entament jeudi à Genève un nouveau cycle de négociations visant à mettre fin à l’invasion russe qui dure depuis quatre ans, alors même que Moscou lance de nouvelles frappes nocturnes sur la capitale ukrainienne et d’autres régions. L’Ukrainien Rustem Umerov rencontrera les envoyés de Trump, Steve Witkoff et Jared Kushner, et une session trilatérale incluant la Russie est prévue début mars.

Christina Zhao


Egalement sur Euractiv


Interview : la Hongrie prend en otage le 20e paquet de sanctions, selon un conseiller de Zelensky

La Hongrie bloque le 20e paquet de sanctions de l’UE contre la Russie. Un conseiller principal de Volodymyr Zelensky a déclaré à Euractiv que Viktor Orbán prenait ces mesures en otage en liant leur approbation à la réparation de l’oléoduc Druzhba.

Le paquet proposé comprend l’interdiction de fournir des services maritimes, tels que l’assurance et les réparations, aux navires transportant du pétrole brut russe, une mesure qui, selon Kiev, porterait un coup significatif à l’économie de guerre du Kremlin.


Editeurs.trices : Eddy Wax, Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski

Contributeurs.trices : Elisa Braun, Magnus Lund Nielsen, Nikolaus J. Kurmayer, Thomas Møller-Nielsen, Sofía Sánchez Manzanaro, Anupriya Datta, Brenda Strohmaier, Thomas Mangin