Qui pour présider l’Eurogroupe ?
Les gouvernements socialistes d’Espagne et de Lituanie tentent de détrôner l’Irlandais Paschal Donohoe, ministre des Finances de centre-droit, de la présidence de l’Eurogroupe. Mais l’actuel président, en poste depuis 2020, reste un adversaire de poids.
Les gouvernements socialistes d’Espagne et de Lituanie tentent de détrôner l’Irlandais Paschal Donohoe, ministre des Finances de centre-droit, de la présidence de l’Eurogroupe. Le vote décisif est attendu pour le 7 juillet. Mais l’actuel président, en poste depuis 2020, reste un adversaire de poids.
À la tête de l’Eurogroupe depuis le début de la pandémie de Covid, Paschal Donohoe (Fine Gael, Parti populaire européen/PPE), 50 ans, orchestre les réunions mensuelles de ce forum informel réunissant les ministres des Finances des 20 pays membres de la zone euro.
Candidat à un troisième mandat, l’Irlandais se présente comme un gage de continuité et de sérieux. Il serait en passe de réunir les onze voix nécessaires pour rester en poste. Une victoire qui le rapprocherait du record de longévité à ce poste établi par Jean-Claude Juncker entre 2005 et 2013.
Paschal Donohoe devra tout de même faire face à deux adversaires. Vendredi 27 juin, l’on apprenait que le ministre espagnol de l’Économie, Carlos Cuerpo (indépendant) et son homologue lituanien, Rimantas Šadžius (Parti social-démocrate lituanien, LSDP), étaient également en lice.
Carlos Cuerpo, nommé ministre fin 2023 par le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez, estime qu’un recours accru à la dette commune, comme l’a fait le bloc après la crise Covid, est une « évidence ». Une vision qui divise au sein de l’Eurogroupe, notamment dans les pays plus conservateurs sur le plan budgétaire. Détail révélateur, Carlos Cuerpo n’en a pas fait mention dans la lettre de candidature qu’il a adressée à ses collègues.
Carlos Cuerpo était fonctionnaire jusqu’à sa nomination par Pedro Sánchez (Parti socialiste-ouvrier espagnol, PSOE) au poste de ministre de l’Économie en décembre 2023. Il a succédé à Nadia Calviño, qui a pris la tête de la Banque européenne d’investissement (BEI).
Se positionnant comme le candidat du renouveau, Carlos Cuerpo n’a pas hésité à critiquer implicitement Paschal Donohoe dans sa lettre de candidature. Il y affirme que « le moment est venu de passer de la discussion à l’action », insinuant que l’Eurogroupe se contente trop souvent de débattre sans agir.
« Carlos Cuerpo est favorable à un recours accru à l’emprunt commun et a proposé que le [budget septennal de l’UE] soit financé à hauteur de 2 % du RNB. Cette position radicale n’a pas obtenu le soutien de l’Allemagne, des Pays-Bas et d’autres pays frugaux », a expliqué un diplomate européen à Euractiv.
Sa candidature intervient également juste après le refus de l’Espagne d’atteindre le nouvel objectif de dépenses de défense fixé par l’OTAN, à savoir 5 % du PIB national contre 2 % actuellement. Elle intervient aussi à un moment difficile pour le gouvernement fragile de Pedro Sánchez, ce qui soulève des questions quant à la capacité du candidat espagnol à tenir un mandat de deux ans et demi. En effet, la personne qui préside l’Eurogroupe doit être ministre responsable des finances d’un pays de la zone euro.
Un second diplomate estime d’ailleurs que l’heure n’est pas à récompenser le gouvernement espagnol avec une position de poids au sein de l’UE.
La candidature de Carlos Cuerpo pourrait donc davantage révéler l’isolement croissant des socialistes et de Madrid au niveau européen.
Paschal Donohoe, lui, bénéficie du soutien des six ministres membres du PPE, mais aussi de celui de la Finlande et de plusieurs ministres siégeant dans des gouvernements de coalition avec le centre-droit.
Quant au candidat lituanien, Rimantas Šadžius, membre du Parti social-démocrate lituanien, sa candidature est considérée comme ayant peu de chances d’aboutir. Il mise sur son expérience et sur une approche transpartisane. Ministre des Finances à plusieurs reprises, ancien membre de la Cour des comptes européenne, il appelle dans sa lettre à dépasser les clivages idéologiques pour renforcer la résilience économique de la zone euro face aux crises géopolitiques.
Et dans ce contexte marqué par l’incertitude, Paschal Donohoe veut incarner la stabilité.
Certes, l’Eurogroupe suscite beaucoup moins d’attention aujourd’hui qu’au cœur de la crise de la dette grecque. Mais avec les menaces de tarifs douaniers brandies par Donald Trump — 50 % sur les produits européens dès le 9 juillet —, une conjoncture économique morose et la persistance des guerres, son rôle pourrait redevenir central dans les mois à venir.
La présidence de l’Eurogroupe, un organe informel créé en 1997, joue un rôle central dans la coordination des politiques économiques de la zone de circulation de la monnaie unique. Le président supervise les réunions mensuelles des ministres des Finances et participe aux grands arbitrages économiques européens, notamment en période de crise.
Ce rôle s’est révélé crucial lors de la crise de la dette grecque ou plus récemment pendant la pandémie de Covid.
Le futur président aura notamment la tache de relancer l’union des marchés de capitaux, un chantier de longue date visant à créer un véritable marché financier unique européen. Ce projet est bloqué par des désaccords persistants entre les Vingt-Sept.
Nicoletta Ionta & Thomas Moller-Nielsen ont contribué à la rédaction de cet article.
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]