Que pense Pedro Sánchez de ce sommet européen ?
Le rejet par les dirigeants européens du prêt de réparation, basé sur des avoirs russes, destiné à l’Ukraine, ainsi que le nouveau report de l’accord commercial entre l’UE et le Mercosur, n’ont suscité qu’une réaction mesurée — voire détachée — de la part du Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez.
« Si nous avons attendu 25 ans, nous pouvons attendre encore 25 ans et un mois pour signer l’accord avec le Mercosur », a déclaré vendredi matin le Premier ministre espagnol lors d’une conférence de presse à l’issue du sommet des dirigeants de l’UE à Bruxelles. Une remarque désinvolte qui tranche avec le soutien traditionnellement ferme de Madrid à cet accord commercial avec les pays du Mercosur.
Sur le dossier ukrainien, le chef du gouvernement espagnol s’est montré tout aussi peu catégorique. Interrogé sur l’abandon du prêt de 210 milliards d’euros garanti par les avoirs russes gelés — au profit d’un mécanisme de 90 milliards adossé au budget de l’UE — Pedro Sánchez a simplement estimé que toute solution permettant d’apporter une aide économique à Kiev était positive.
Cette posture illustre une constante du dirigeant socialiste : soutenir l’ensemble des options jugées « viables » sans jamais s’ériger en défenseur affirmé d’une ligne précise. Sur les grands dossiers internationaux, Pedro Sánchez évite soigneusement de se retrouver au cœur des clivages entre capitales européennes, préférant sortir indemne de débats pourtant structurants.
La seule véritable ligne rouge concerne la hausse des dépenses de défense. Sur ce point, toute ambiguïté risquerait de provoquer une onde de choc au sein de sa fragile coalition de gauche. Il s’était par ailleurs dressé contre le nouvel objectif de 5 % du PIB devant être consacré aux dépenses de défense, obtenant une exemption lors du sommet de l’OTAN en juin dernier.
L’Espagne parvient à un accord sur les dépenses de défense de l’OTAN
L’Espagne a obtenu une dérogation au nouvel objectif de l’OTAN de 5 % du PIB…
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Tensions à Madrid
De retour à Madrid, Pedro Sánchez doit en outre gérer un exercice d’équilibriste encore plus délicat : maintenir la cohésion des six partis hétérogènes qui soutiennent son gouvernement.
Vendredi, à peine rentré d’un sommet européen tendu, il s’est rendu à une réunion avec Yolanda Díaz, cheffe de file du mouvement de gauche Sumar, partenaire minoritaire de la coalition. L’entretien s’inscrivait dans un contexte de crise politique croissante, alimentée par une série de scandales de corruption et par des accusations de harcèlement sexuel visant son Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE).
La pression monte désormais à gauche. Yolanda Díaz évoque une « crise gouvernementale aiguë » et appelle à des réformes profondes. La dirigeante de Podemos, Ione Belarra, a quant à elle estimé que le gouvernement était « mort ». Plus inquiétant encore pour Pedro Sánchez, certaines voix au sein même du PSOE réclament son départ, estimant que les multiples procédures judiciaires touchant son entourage fragilisent le parti.
Face à cette tempête politique, le Premier ministre affiche pourtant une sérénité intacte. Il affirme n’avoir « aucun problème » avec le fait que sa partenaire de coalition parle ouvertement de crise, que l’accord UE-Mercosur qu’il défendait vigoureusement soit une nouvelle fois reporté, ou que le prêt ukrainien soit abandonné au profit d’un autre dispositif.
Pour Pedro Sánchez, tout semble acceptable — pourvu que sa survie politique soit assurée.