Qatargate : perquisitions chez l’eurodéputée belge Marie Arena

Six lieux en lien avec l’eurodéputée socialiste Marie Arena ont été perquisitionnés mercredi dans le cadre de l’enquête menée par la justice belge sur le scandale de corruption présumée au sein du Parlement européen.

Euractiv.com
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Six « perquisitions » ont été menées mercredi « au domicile de Madame Marie Arena et dans plusieurs endroits en lien direct ou indirect avec elle ou sa famille », a déclaré le parquet fédéral. [Parlement européen/Eric VIDAL]

Six lieux en lien avec l’eurodéputée socialiste Marie Arena ont été perquisitionnés mercredi (19 juillet) dans le cadre de l’enquête menée par la justice belge sur le scandale de corruption présumée au sein du Parlement européen.

« J’ai été appelée ce jour pour être présente à mon domicile à la suite de la visite du juge d’instruction [Aurélie Dejaiffe] dans le cadre de l’enquête sur le Qatargate », a annoncé l’eurodéputée à l’agence de presse belge Belga par l’intermédiaire de son avocate Michèle Hirsch.

« J’avais d’ailleurs signalé à la juge d’instruction que je me tenais à sa disposition. Je suis convaincue que l’enquête confirmera que je ne suis impliquée en aucune manière dans ce dossier. Je serai probablement entendue dans les semaines à venir, après les vacances », a-t-elle poursuivi.

Au lieu d’une « visite », le parquet fédéral a indiqué dans la soirée que six « perquisitions » ont été menées mercredi « au domicile de Madame Marie Arena et dans plusieurs endroits en lien direct ou indirect avec elle ou sa famille », ajoutant que « des documents et du matériel ICT ont notamment été saisis et seront analysés ».

Le porte-parole de la présidente du Parlement européen Roberta Metsola a confirmé que la cheffe de l’hémicycle était présente lors de cette perquisition « comme le veut la Constitution belge », et a rappelé que « la présomption d’innocence doit bien sûr et en toute circonstance être respectée » avant de souligner que « le Parlement a et continuera à coopérer avec les autorités judiciaire et policière des États membres ».

« Marie Arena n’a pas encore été auditionnée dans ce dossier, ni convoquée et elle n’a pas été mise en cause. Depuis longtemps, elle demande à être entendue. Cela se fera sans doute plus tard », a indiqué Me Hirsch à Sud Info.

Enfin perquisitionnée

Cette visite intervient après la démission du juge d’instruction Michel Claise, qui était en charge du dossier Qatargate, à la fin du mois de juin, en raison d’un conflit d’intérêts. Sa démission résulte des révélations selon lesquelles un de ses fils a créé une société en 2018 avec le fils de Mme Arena, ce qui a suscité des inquiétudes quant à son objectivité, d’autant plus que la députée n’a jamais été interrogée ou mise en examen dans le cadre de l’enquête, bien que son nom soit apparu dès le début.

Pour rappel, Mme Arena avait été déclarée innocente par l’ancien député européen Pier-Antonio Panzeri, le cerveau présumé du système de corruption, puisqu’il avait affirmé qu’elle n’avait rien à voir avec l’affaire lorsqu’il avait signé un accord de repenti avec la justice belge en janvier.

Cependant, il a également été révélé que M. Panzeri et Mme Arena étaient plus proches que ce que l’on pensait initialement. Maxim Töller, l’avocat de l’eurodéputé socialiste belge inculpé dans l’affaire Marc Tarabella a déclaré à la fin du mois dernier que la relation entre la Belge et l’Italien soulève des interrogations car, « selon des informations », elle serait « plus importante que ce qui a été décrit jusqu’à présent », ce qui jette selon lui le doute sur les propos de M. Panzeri, sur lesquels il a par ailleurs toujours émis des réserves. Me Töller s’est alors interrogé, tout comme d’autres, sur le fait que les propos de M. Panzeri concernant Mme Arena n’ont jamais été « vérifiés ».

Mme Arena a succédé à M. Panzeri à la présidence de la commission des Droits de l’Homme (DROI) du Parlement européen. Lors d’un appel téléphonique placé sur écoute survenu peu après une réunion de la commission à laquelle le ministre qatari du Travail, Ali bin Samikh Al Marri, avait assisté le 14 novembre, M. Panzeri aurait remercié Mme Arena pour ses interventions et affirmé que le ministre qatari était « satisfait » du déroulement de la séance.

En outre, M. Panzeri et Mme Arena se seraient vus offrir en 2015 un séjour dans un hôtel de luxe au Maroc, l’Italien soutenant toutefois qu’elle n’était pour sa part « pas au courant » que le voyage était financé par un ambassadeur marocain.

Mme Arena a démissionné de son poste de présidente de la commission DROI en janvier, après que Politico a rapporté qu’elle avait « oublié » de déclarer un voyage à Doha en mai 2022, voyage payé par le gouvernement du Qatar.

Preuve de l’ingérence étrangère

Parallèlement, Le Soir a révélé mercredi un document fourni par Francesco Giorgi, le compagnon de l’ancienne vice-présidente du Parlement européen Eva Kaili, qui recense les ingérences dans les décisions économiques et politiques de l’Assemblée commises par l’ONG Fight Impunity de M. Panzeri pour le compte du Qatar, du Maroc et de la Mauritanie.

Le document — un fichier Excel de 250 lignes listant des services pour justifier des paiements à des « clients » qataris, mauritaniens et marocains — est divisé en onglets : ingérence en faveur du Qatar, en faveur du Maroc, en faveur de la Mauritanie, mais aussi un onglet pour attaquer les « ennemis du Qatar », ainsi qu’un onglet relatif à la libéralisation des visas Schengen pour les ressortissants qataris. Le document était tenu méticuleusement à jour, selon le journal belge.

199 lignes ont trait au Qatar, suivi par le Maroc. M. Giorgi a remis le document à la justice belge lors de son audition.

Les services fournis aux « clients » comprenaient, entre autres, la promotion d’une résolution au Parlement européen, la publication de tweets favorables au client ou critiquant ses « ennemis », des communiqués de presse en faveur des clients ou critiquant leurs « ennemis ».

Le principal ennemi du Maroc était l’Algérie, et les ennemis du Qatar étaient les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite et, dans une moindre mesure, l’Égypte et la Libye, expliquent les journalistes.

Ce document est crucial car il atteste de l’ingérence étrangère, et non pas seulement de la corruption, qui n’est qu’un moyen utilisé pour influencer la politique de l’UE.

Le document mentionnerait Marc Tarabella, Marie Arena, Eva Kaili, Andrea Cozzolino et d’autres noms déjà cités. Cependant, il ne les incrimine pas, car il n’indique pas si ces « services » ont été rendus volontairement par ces personnes.

De plus, il n’est pas fait mention d’un quelconque paiement, un élément qui n’est connu que grâce aux aveux, notamment de M. Panzeri.