« Qatargate » : les eurodéputés demandent une enquête et suspendent toute collaboration avec le Qatar

Le Parlement a suspendu toute collaboration avec le Qatar alors que les eurodéputés ont demandé la création d’un organe d’éthique indépendant et une enquête sur le scandale de corruption qui secoue l’UE.

/ Euractiv.com
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Le Qatargate s’annonce comme l’un des plus grands scandales de corruption de l’histoire de l’Union européenne. La police belge continue d’enquêter sur les accusations selon lesquelles des personnalités travaillant pour le compte du Qatar auraient versé d’énormes pots-de-vin à des responsables politiques européens pour influencer le débat à Bruxelles. [EP/Michel Christen]

Le Parlement européen a suspendu toute collaboration avec le Qatar alors que les eurodéputés ont demandé la création d’un organe d’éthique indépendant et une enquête sur le scandale de corruption qui secoue l’UE.

Le Qatargate s’annonce comme l’un des plus grands scandales de corruption de l’histoire de l’Union européenne. La police belge continue d’enquêter sur les accusations selon lesquelles des personnalités travaillant pour le compte du Qatar, l’émirat qui accueille actuellement la Coupe du monde, auraient versé d’énormes pots-de-vin à des responsables politiques européens pour influencer le débat à Bruxelles.

Lors de la session plénière du Parlement à Strasbourg, lundi (12 décembre), les Verts et le groupe libéral Renew Europe ont demandé la création d’une commission d’enquête et d’un organe d’éthique indépendant chargé d’enquêter sur les institutions européennes.

« Il est maintenant de notre devoir de mettre en place les mesures les plus fortes possibles pour garantir qu’une telle corruption ne puisse plus jamais se reproduire », a déclaré Terry Reintke, président du groupe des Verts/ALE.

Vendredi (9 décembre), l’eurodéputée grecque Eva Kaili, son partenaire Francesco Giorgi et l’ancien eurodéputé italien Pier Antonio Panzeri, président de l’ONG Fight Impunity, ont été arrêtés et accusés de corruption par les autorités belges. Mme Kaili a été écartée de son poste de vice-présidente du Parlement européen.

Lundi, un groupe d’eurodéputés socialistes du groupe S&D impliqués dans l’enquête, eux-mêmes ou leurs assistants, ont démissionné du Parlement.

L’eurodéputé belge Marc Tarabella s’est suspendu du groupe socialiste du Parlement, tandis que sa compatriote Maria Arena a quitté temporairement la présidence de la commission des Droits de l’homme (DROI). L’Italien Pietro Bartolo s’est également suspendu de son poste de porte-parole du groupe sur la libéralisation des visas, tandis qu’Andrea Cozzolino s’est retiré de son rôle de porte-parole du groupe S&D sur les urgences.

Pour sa part, le groupe S&D a publié une déclaration demandant la création d’une commission d’enquête sur l’ingérence étrangère au sein des institutions européennes et a ajouté avoir lancé ses propres enquêtes internes.

Samedi (10 décembre), la présidente du Parlement européen Roberta Metsola a décidé de « suspendre avec effet immédiat tous les pouvoirs, devoirs et tâches » de Eva Kaili, en tant que vice-présidente du Parlement européen, a indiqué le porte-parole de Mme Metsola à EURACTIV.

Une plénière chamboulée

La présidente du Parlement a ouvert la session plénière lundi (12 décembre) en déclarant que « ces derniers jours ont été parmi les plus longs » de sa carrière.

« Je dois choisir mes mots avec soin, de manière à ne pas compromettre les enquêtes en cours ou à ne pas porter atteinte de quelque manière que ce soit à la présomption d’innocence », a-t-elle continué.

Mme Metsola a qualifié d’« acteurs néfastes » les pays tiers impliqués dans les enquêtes, qui auraient « instrumentalisé des ONG, des syndicats, des particuliers, des assistants et des eurodéputés dans le but d’influencer nos processus ». Bien que le Qatar soit souvent mentionné dans le scandale, l’État du Golfe a catégoriquement nié toute implication.

La présidente du Parlement a également confirmé que l’assemblée européenne coopérerait pleinement avec les enquêteurs. Elle a également renvoyé à la commission des Libertés civiles du Parlement (LIBE) le dossier relatif à la recommandation d’un accord d’exemption de visa avec le Qatar et le Koweït.

Les eurodéputés ont apporté des modifications de dernière minute à l’ordre du jour de la séance plénière de cette semaine. Ils devraient ainsi tenir un débat sur le sujet mardi (13 décembre) et voter une résolution jeudi (15 décembre).

Le Parlement européen a souvent été accusé d’une attitude laxiste en ce qui concerne le contrôle de la transparence des intérêts financiers des lobbyistes et des eurodéputés.

Contrairement aux États-Unis, le registre de transparence de l’UE n’exige pas des lobbyistes qu’ils déclarent l’identité de leurs clients ou qu’ils publient leurs contrats, et les eurodéputés ne sont pas tenus de déclarer intégralement leurs intérêts extérieurs ni de divulguer les sommes qu’ils en reçoivent.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]