Qatargate : Eva Kaili destituée de ses fonctions au Parlement européen
Les europarlementaires ont voté à la quasi-unanimité la destitution d’Eva Kaili, vice-présidente du Parlement européen mardi (13 décembre) écrouée dans l'affaire du Qatargate.
Les députés européens ont voté mardi (13 décembre) à la quasi-unanimité la destitution d’Eva Kaili, vice-présidente du Parlement européen, écrouée dans l’affaire du « Qatargate ».
Dimanche (11 décembre), l’eurodéputée socialiste grecque a été inculpée par les autorités belges pour corruption. Des « sacs de billets » ont été retrouvés dans son domicile bruxellois, correspondant aux suspicions de la justice belge qui enquêtait sur des versements illégaux effectués par le Qatar pour influencer des décisions au sein du Parlement européen.
Conserver Eva Kaili à son poste de vice-présidente du Parlement européen devenant intenable, la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a interrompu les débats à la mi-journée mardi (13 décembre) pour annoncer la tenue d’un vote « sur la proposition unanime de la Conférence des présidents [de Commission près le Parlement européen] de mettre fin au mandat de la vice-présidente Eva Kaili ».
La majorité des deux tiers des voix était requise pour la révoquer. Aux alentours de midi, les europarlementaires ont voté à 625 voix sur 628 la destitution de l’eurodéputée grecque.
🚨À 625 voix, @EvaKaili est destituée de ses fonctions de vice-PR du Parlement 🇪🇺
— @Europarl_EN #CORRUPTION pic.twitter.com/uuuK3ogqkj— Paul Messad (@Paul_Messad) December 13, 2022
Renforcer les règles anti-corruption du Parlement
Seuls trois élus n’ont pas voté la destitution. Dorien Rookmaker, néerlandaise du groupe des Conservateurs et réformistes européens (ECR) et Joachim Kuhs, allemand du groupe Identité et démocratie (ID) se sont abstenus. Le croate non-inscrit Mislav Kolakusic, a voté contre la destitution.
« Ce n’est qu’une première réponse […]. Toutes les leçons doivent être tirées », prévient Pascal Canfin, eurodéputé Renew (centre) et président de la commission Environnement au Parlement.
Marie Toussaint, du groupe écologiste Les Verts/ALE, demande dorénavant au Parlement européen de « renforcer ses règles anti-corruption ». Son groupe et celui de M. Canfin ont d’ailleurs demandé la création d’une commission d’enquête et d’un organe de déontologie indépendant chargé d’enquêter sur les institutions européennes.
La co-présidente du groupe de la Gauche, Manon Aubry, salue une « décision essentielle ». Dans un long fil Twitter, l’élue revient sur un scandale qu’elle dénonce depuis quelques mois.
L’eurodéputée insoumise s’étonne en effet des difficultés qu’avaient les groupes socialistes (S&D) et du Parti populaire européen (PPE – droite) pour dénoncer les atteintes aux Droits humains et à l’environnement au Qatar, notamment concernant la préparation de la Coupe du monde de football qui s’y déroule en ce moment.
Auprès d’EURACTIV, elle a même dénoncé une « alliance claire » entre le S&D et le PPE pour protéger le Qatar.
Manon Aubry : le S&D et le PPE formaient une « alliance claire » pour protéger le Qatar
Les groupes parlementaires des Socialistes et Démocrates (S&D) et du Parti populaire européen (PPE) formaient…
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« Nous ne pouvons être sûr qu’il y ait eu 6500 morts […] l’enquête du Guardian n’est pas fiable » écrit-elle, reprenant le verbatim d’un élu socialiste lors des débats qu’elle coordonnait sur la rédaction d’une résolution portant sur les violations des droits humains au Qatar.
Celle-ci d’ailleurs sera votée jeudi (15 décembre) pour « exiger des réformes radicales pour mettre un terme aux pratiques d’ingérence » au sein de l’UE écrit-elle sur les réseaux sociaux.
Depuis les révélations de la justice belge, c’est l’hécatombe dans les rangs socialistes. Plusieurs élus ont décidé de se mettre en retrait de leurs fonctions. Du pain béni pour les élus de droite et d’extrême-droite.
L’ancien eurodéputé du Rassemblement national, dorénavant Reconquête!, Nicolas Bay, a ainsi profité de son temps de parole lors des débats pour singer les socialistes.
« Je les ai vus se parer de toutes les vertus, se poser en grands défenseurs des droits humains, et nous apprenons que ceux qui ont prétendu pourchasser les homophobes aux quatre coins de l’Europe ont reçu des sacs de billets par l’État le plus homophobe au monde », a-t-il déclaré.
Depuis les révélations, le Parlement européen a suspendu toute collaboration avec le Qatar jusqu’à nouvel ordre.