Propositions pour structurer une politique industrielle européenne

Lors d’une rencontre organisée par le think tank Confrontations Europe, à l’occasion des États généraux de l’Europe à Strasbourg, samedi 17 avril, des représentants d’entreprises, de syndicats, ou de think tank ont formulé différentes propositions pour structurer la politique industrielle de l’UE.

EURACTIV.fr

Lors d’une rencontre organisée par le think tank Confrontations Europe, à l’occasion des États généraux de l’Europe à Strasbourg, samedi 17 avril, des représentants d’entreprises, de syndicats, ou de think tank ont formulé différentes propositions pour structurer la politique industrielle de l’UE.

Alors que l’UE semblait se diriger vers une économie de services, la crise a rendu plus que jamais cruciale le développement de sa politique industrielle. “Il n’y a pas d’économie prospère sans industrie. Mais c’est une évidence qui n’a pas toujours été le cas”, a déclaré Franck Huiban, conseiller du président directeur général, d’EADS. Selon lui, la crise a été un réveil brutal pour l’Europe qui se tournait vers le monde des services. Aujourd’hui, l’UE représente 15% de la production industrielle mondiale, contre 20% en 2000. En France, l’industrie ne fournit plus que 16% du PIB – tout comme en Grande-Bretagne -, contre 22% en 2000. En Allemagne, l’industrie résiste mieux : elle présente encore 30% de la valeur ajoutée. Mais ces chiffres n’ont rien à voir avec les pays émergents, qui produisent 52% de l’industrie mondiale.  

Si, à la fin des années 1990, l’UE avait pensé déplacer hors de ses frontières la production de son industrie pour ne conserver en Europe que la recherche et développement (R&D) et le marketing, elle semble, au moins en théorie, avoir changé de vision. La stratégie Europe 2020, actuellement en préparation, pourrait contenir un volet sur la politique industrielle (voir contexte). Même si d’aucuns doutent de la pertinence de cette stratégie qui veut décréter la croissance au lieu de créer les conditions de son émergence. “Lisbonne est mort. Mais on fait la stratégie UE 2020 en adoptant la même approche. Je vous le promets, dans 10 ans, on sera là pour dire que cela n’a à nouveau pas marché”, a estimé Rolf Kroker, directeur d’un think tank allemand situé à Cologne, l’Institut der deutschen Wirtschaft.
 
Pour créer les conditions d’une politique industrielle à l’échelle européenne, la place des pouvoirs publics est cependant cruciale, a indiqué le représentant d’EADS qui a rappelé que 15 à 20% des dépenses en R&D aux États-Unis étaient financées par des fonds publics. 
 
De son côté, Jean-Marc Barki, Gérant de Sealock, membre du bureau de la commission Europe du MEDEF, a déclaré que le développement de R&D était vital en insistant sur la nécessité de rapprocher les petites et les grandes entreprises pour que les PME puissent bénéficier des savoir faire des grandes structures. “Nous avons besoin de nos aînés pour savoir comment grandir’, a-t-il déclaré. 
 
M. Kroker a également insisté sur la nécessité de développer une fiscalité favorable à la recherche. Même s’il estime que les États ne doivent pas devenir eux-mêmes des acteurs de cette politique.
 
Du point de vue des salariés, Dominique Olivier, secrétaire confédéral de la CFDT a rappelé l’importance de créer les “conditions de coopérations entre les hommes les femmes au travail”. En France, il y a un obstacle, un rejet non motivé de l’innovation, a-t-il expliqué. Il semble enfin que le manque de formation soit un frein à l’innovation en Europe. A titre d’exemple, l’Europe ne dispose pas de suffisamment d’ingénieurs chaque année. Une situation qui oblige l’entreprise à aller recruter des personnels qualifiés ailleurs. 
 
Reste enfin la question de la réciprocité et de l’équité des échanges. Certaines réglementations mises en place par l’UE suscitent quelques craintes du côté des entreprises. Le règlement REACH sur les produits chimiques ou le paquet énergie climat en sont quelques exemples. Si l’Europe peut servir d’exemple aux pays émergents où aux États-Unis, c’est encore loin d’être toujours le cas. “REACH a handicapé les petites entreprises et les autres continuent à avancer sans avoir cette variable”, a expliqué Jean-Marc Barki, Gérant de Sealock, membre du bureau de la commission Europe du MEDEF.
 
Selon le représentant d’EADS, la situation de l’euro constitue un obstacle à la mise en place d’une politique industrielle compétitive. A ce titre, il a appelé l’UE à appuyer un new deal monétaire au G20.