Projet de loi immigration : il faut « faire le choix » des travailleurs immigrés, avance le Medef

Avec 800 000 postes à pourvoir d’ici 2030 et « d’énormes tensions de recrutement » partout sur le territoire, il est temps pour la France de faire le choix d’une « immigration économique, choisie et raisonnée », affirmait mardi le président du Medef, Patrick Martin.

Euractiv France
Social conference with trade unions and employers in France
« Ce qui nous frustre dans le débat actuel, c’est qu’on ne s’est pas interrogés sur l’essentiel : aura-t-on besoin de main-d’œuvre immigrée, bien sûr légale [dans les prochaines décennies pour répondre aux besoins des entreprises] ? » souligne M. Martin. [MIGUEL MEDINA/EPA-EFE]

Avec 800 000 postes à pourvoir d’ici 2030 et « d’énormes tensions de recrutement » partout sur le territoire, il est temps pour la France de faire le choix d’une « immigration économique, choisie et raisonnée », a affirmé mardi (19 décembre) le président du Medef, Patrick Martin.

Alors que députés et sénateurs se font face au sein d’une commission mixte paritaire (CMP) exceptionnelle depuis lundi (18 décembre) pour arrêter les contours d’une nouvelle « loi immigration », le « patron des patrons » a déploré mardi sur Radio Classique « un volet économique […] occulté, ‘surfocalisé’ sur la question de la régularisation des sans-papiers, sujet sensible mais mineur ».

L’article 3 du texte initial visait à créer une carte de séjour « travail dans des métiers en tension » d’une durée d’un an pour tout travailleur irrégulier. La régularisation devait être automatique, afin de répondre à la crise de recrutement à laquelle les entreprises françaises et européennes font face.

Mais le sujet est vite devenu explosif, notamment chez Les Républicains (LR) et le Rassemblement national (RN), pour qui une régularisation même temporaire des travailleurs irréguliers créerait un « appel d’air », principe largement rejeté par les chercheurs et spécialistes selon lequel les migrants choisiraient leur pays d’arrivée en fonction des prestations sociales octroyées.

Selon les dernières informations de l’Agence France-Presse (AFP), la CMP se serait mise d’accord sur un nouveau dispositif qui donne aux préfets un pouvoir discrétionnaire de régularisation des demandeurs d’asile dans des secteurs rencontrant des difficultés de recrutement.

« Il faut appeler un chat un chat »

« Ce qui nous frustre dans le débat actuel, c’est qu’on ne s’est pas interrogés sur l’essentiel : aura-t-on besoin de main-d’œuvre immigrée, bien sûr légale [dans les prochaines décennies pour répondre aux besoins des entreprises] ? » souligne M. Martin.

Se tourner vers des travailleurs immigrés s’impose comme une évidence, selon lui : « Bien sûr qu’il faut [intégrer dans le marché du travail] des gens déjà sur le territoire national. Mais, enfin, 800 000 postes à pourvoir d’ici 2030… […]. Il faut appeler un chat un chat, et faire ce choix [d’une main-d’œuvre immigrée] ».

Les pénuries de main-d’œuvre sont nombreuses partout dans l’UE et concernent un spectre large de secteurs économiques. Selon un rapport de la Commission européenne publié en juillet 2023, elles « persisteront aussi bien dans les professions hautement qualifiées que dans les professions peu qualifiées ; elles seront accentuées par la création de nouveaux emplois [dans le cadre de la transition verte] et par la nécessité de remplacer les travailleurs partant à la retraite ».

Contrairement à la théorie de « l’appel d’air », de nombreux travaux de recherche font état d’un effet positif économique net de la régularisation des travailleurs. « Sur le plan fiscal, cette régularisation pourrait se traduire par des retombées positives, le travail déclaré générant principalement des revenus pour les caisses de l’Etat », précisait Pierre Cahuc, professeur d’économie à Sciences Po, dans une tribune dans Les Echos en septembre.

Selon d’autres études académiques, les gains fiscaux sont de manière générale positifs pour tous les pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Le besoin d’un débat sur une « immigration économique, choisie et raisonnée » s’impose de toute urgence, estime donc Patrick Martin : « Ce ne sont pas les patrons qui demandent massivement de la main-d’œuvre, c’est l’économie ».