Prix des médicaments : quand la politique de Trump fait peser des risques sur l’accès aux traitements en Europe
Les États-Unis et les grandes entreprises pharmaceutiques renforcent leurs pressions pour obtenir une augmentation des prix des médicaments en Europe, ce qui pourrait restreindre l’accès des patients européens aux nouveaux traitements. Plusieurs industriels brandissent en effet la menace de retarder, voire de limiter, la mise sur le marché de leurs innovations si les prix européens ne sont pas revus à la hausse.
La semaine dernière, le PDG de Novartis, Vas Narasimhan, a averti que le système de santé suisse risquait d’être profondément déstabilisé. « Si les autorités ne modifient pas leurs politiques de prix, les entreprises seront contraintes de lancer de nouveaux traitements exclusivement sur le marché privé », expliquait-il aux investisseurs. Les médias suisses ont souligné que cela signifierait que l’assurance maladie obligatoire ne couvrirait plus ces médicaments.
Cette pression découle directement de la politique américaine dite de la « nation la plus favorisée » (Most Favoured Nation, MFN), instaurée par le président Donald Trump. Ce mécanisme vise à aligner les prix payés aux États-Unis sur les niveaux les plus bas observés en Europe. En mai, Donald Trump a signé le décret exécutif correspondant, arguant que les prix bas en Europe signifient que les États-Unis « subventionnent » la R&D pharmaceutique. Il a explicitement fait pression sur les entreprises et les gouvernements pour qu’ils négocient des prix plus élevés pour les médicaments en Europe.
Début novembre, Washington a dévoilé un projet pilote de cinq ans, le modèle GENEROUS, qui alignera les prix des médicaments aux États-Unis sur le deuxième prix le plus bas parmi huit pays de comparaison : le Danemark, la France, l’Allemagne, l’Italie, la Suisse, le Royaume-Uni, le Canada et le Japon. Cette décision a suscité l’inquiétude à l’étranger.
L’organisme pharmaceutique suisse Interpharma a averti que si la Suisse devenait une référence, les médicaments pourraient « n’être proposés ici qu’à des prix comparables à ceux pratiqués aux États-Unis, ou ne pas arriver du tout sur le marché, ou encore être considérablement retardés ». Les entreprises affirment que les prix bas pratiqués en Europe risquent de devenir des prix de référence à l’échelle mondiale.
Conséquences pour l’Allemagne et la France
Interrogée par Euractiv, l’association professionnelle allemande des médicaments innovants, vfa, met en garde contre les « conséquences pour la sécurité d’approvisionnement, l’innovation et la compétitivité de l’Allemagne en tant que site d’implantation économique » que pourrait avoir ce modèle.
En France, la politique américaine a intensifié les différends de longue date sur la transparence des prix lors des négociations sur le nouveau budget social. L’Assemblée nationale a soutenu un article visant à publier les prix réels des médicaments, mais le Sénat s’y oppose, avertissant que cela « catastrophique pour l’accès aux traitements en France », en particulier compte tenu des changements internationaux en matière de prix.
Le Sénat fait valoir que la France maintient un bon accès aux nouvelles thérapies malgré « certains des prix les plus bas de l’Union européenne » en conservant à la fois un prix public et un prix confidentiel avec remise.
Le député français de gauche Hendrik Davi défend la demande de plus de transparence, qualifiant le système de tarification de « marché absurde » dans une tribune publiée sur Politis.fr. « Alors les industriels et le gouvernement nous disent que le prix réel en France serait un des moins chers en Europe. Qu’en savons-nous finalement ? Seuls les industriels le savent réellement, et en jouent pour mettre les États en concurrence », écrit-il.
Le journal économique suisse Finanz und Wirtschaft compare la menace de Novartis à du « chantage », demandant si la Suisse était prête à payer plus ou à chercher des alternatives dans une guerre des prix imminente. Il a conclu qu’une décision politique fondamentale était désormais inévitable.