Prison : plus de la moitié des détenus français souffrent de problèmes de santé mentale
Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), les troubles mentaux sont largement répandus dans les prisons en Europe, touchant un tiers des détenus. En France, cela concerne plus de deux tiers des personnes incarcérées.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les troubles mentaux sont largement répandus dans les prisons en Europe, touchant un tiers des détenus. En France, cela concerne plus de deux tiers des personnes incarcérées.
Anxiété, dépression, troubles bipolaires, addictions… En prison, les détenus sont confrontés à de nombreux troubles de la santé mentale. La France elle est au dessus de la moyenne européenne.
« Plus des deux tiers des personnes incarcérées en France souffrent de problèmes de santé mentale, que cela soit des troubles mineurs comme de l’anxiété ou des troubles psychiatriques plus importants », déclare à Euractiv Christophe Michon, membre du conseil d’administration de l’Observatoire International des Prisons (OIP) pour la France.
A l’échelle européenne, 32,8 % de la population carcérale fait face à des problèmes de santé mentale, selon les chiffres du dernier rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publié mercredi (15 février) sur la santé en prison.
A noter cependant que la moyenne européenne est sous-estimée car « la plupart des maladies non transmissibles sont mal enregistrées et moins de la moitié des pays étudiés ont fourni des données », précise le rapport.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer les troubles de la santé mentale dont souffrent les détenus, à commencer par la surpopulation carcérale. En Europe, 1 pays sur 5 a signalé une surpopulation carcérale dans ses prisons, selon le rapport de l’OMS qui juge ce chiffre inquiétant.
Au 1er janvier 2023, 56 prisons françaises étaient occupées à 150% de leur capacité, selon les données de l’OIP.
A contrario, l’Espagne, (74 %) la Finlande (80 %) et l’Allemagne (82 %) font figure de bons élèves, selon les données du Comité pour la prévention de la torture (CPT), un organe du Conseil de l’Europe.
« Nous avons besoin de mesures politiques, judiciaires et pénitentiaires pour arrêter de surincarcérer. Il faut en finir avec la logique du tout carcéral », alerte M. Michon.
« D’autre part, on pourrait avoir des conditions de détention qui soient moins pathogènes même s’il n’est pas possible de chiffrer ce caractère pathogène de la surpopulation de façon précise », ajoute-t-il.
La surpopulation carcérale peut engendrer de la violence, des problèmes de santé mentale, favoriser la transmission de maladies, mais aussi créer un manque d’accès aux soins, confirme l’OMS.
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« Le suicide en prison est l’expression d’une détresse. La prévention du suicide doit être entreprise autrement que la manière dont l’entreprend l’administration pénitentiaire actuellement », avance Christophe Michon.
Néanmoins, près de 90 % des États membres affirment avoir mis en place des protocoles pour identifier et soutenir les personnes présentant un risque de suicide.
« Cela suggère que ces protocoles sont peut-être insuffisants et que des pratiques plus efficaces pour prévenir le suicide sont nécessaires dans les prisons », peut-on lire dans le rapport de l’OMS.
En effet, dans les prisons le personnel soignant manque et l’accès aux soins ne peut être garanti à toutes les personnes incarcérées.
« Cela concerne notamment les psychiatres, compte tenu de la forte demande de services de santé mentale au sein de la population carcérale », indique l’OMS.
L’addiction aux drogues, à l’alcool et au tabac est aussi un autre problème auquel doivent faire face les détenus et le personnel soignant.
Par exemple, en France la dépendance aux drogues concernerait 18,4 % des personnes détenues et la dépendance à l’alcool 27,9 %, selon des chiffres publiés en 2019 par l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT).
« Les addictions amènent également des gens en prison. A l’intérieur des prisons, ces addictions peuvent s’amplifier pour certains, voire être initiées pour d’autres », décrypte M. Michon.
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L’OMS appelle à des investissements plus importants pour assurer l’équité des normes de soins, par exemple en augmentant le ratio de psychiatres par rapport aux personnes en prison.
De son côté, pour lutter contre la surpopulation carcérale, le CPT suggère de « fixer une limite supérieure absolue » au nombre de détenus dans toutes les prisons, en respectant un « espace de vie minimum » de 4 m² dans les cellules collectives et 6 m² dans les cellules individuelles.
« L’incarcération ne devrait jamais devenir une condamnation à une mauvaise santé. Tous les citoyens ont droit à des soins de santé de bonne qualité, quel que soit leur statut juridique », souligne le Dr Hans Kluge, directeur du Bureau de l’OMS pour l’Europe dans le rapport.
Mais la surpopulation carcérale et la prévalence des troubles mentaux posent une question : les personnes toxicomanes et/ou souffrant de troubles psychiatriques ne devraient-elles pas être prises en charge dans des établissements spécialisés au lieu d’être en prison ?
L’OIP et d’autres associations enquêtent pour savoir pourquoi il y a si peu de suspensions de peine pour raison psychiatrique accordées.
« La prison, même si les structures et moyens dédiés à la psychiatrie y ont été très développés depuis 20 ans, n’est pas un lieu de soins », conclut Christophe Michon.