Présidentielle : vers un ministère de plein exercice du Numérique ?

Alors que chaque élection présidentielle donne lieu à une recomposition gouvernementale et à une restructuration des portefeuilles ministériels, EURACTIV a interrogé les principaux candidats pour savoir quelle place occuperait le numérique dans leur gouvernement.

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EURACTIV France vous propose de regarder de plus près le volet numérique du programme des candidats à l'élection présidentielle. [Esther Snippe/EURACTIV/Shutterstock]

Alors que chaque élection présidentielle donne lieu à une recomposition gouvernementale et à une restructuration des portefeuilles ministériels, EURACTIV a interrogé les principaux candidats pour savoir quelle place occuperait le numérique dans leur gouvernement.

Le prochain gouvernement français se verra-t-il doter d’un ministre ou d’un secrétaire d’État au Numérique ? Si, selon toutes vraisemblances, il ne devrait pas s’agir de Cédric O, qui a récemment confirmé qu’il souhaitait retourner dans le privé à la fin de son mandat, les réponses varient d’un candidat à l’autre.

Il existe trois catégories de ministres au sein d’un gouvernement français : les ministres de plein exercice, qui peuvent parfois bénéficier du titre honorifique de « ministre d’État » afin de marquer une volonté politique, les ministres délégués et les secrétaires d’État qui sont chargés d’un sujet en particulier et officient sous la supervision et avec les moyens de leur ministre de tutelle.

En dépit de leurs similitudes, les secrétaires d’État sont moins bien rémunérés que les ministres (9 623 € contre 10 135 € brut mensuels) et ne siègent au Conseil des ministres que lorsque l’ordre du jour concerne leur portefeuille. Le numérique, pour l’heure, bénéficie d’un secrétariat d’État au sein du gouvernement de Jean Castex.

Mais pour les candidates Anne Hidalgo et Valérie Pécresse, le temps d’un « simple » secrétariat pour un sujet aussi transversal que le numérique est révolu.

« Nos services gouvernementaux souffrent actuellement d’un manque de coordination quant à la gestion du numérique. Nous créerons donc un ministère du Numérique, autonome puisque détaché du ministère de la Cohésion territoriale, et puissant. Par son caractère transversal, il permettra d’accorder l’action interministérielle », écrit l’actuelle maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo, dans son manifeste du numérique.

« Ce qui est sûr, c’est que ça ne peut pas être un secrétariat d’État rattaché à Bercy, ce qui en ferait un sous sujet de l’économie », assure Nelly Garnier, conseillère régionale d’Île-de-France et spécialiste des enjeux numériques pour la campagne de Valérie Pécresse (Les Républicains). « C’est un enjeu de souveraineté et un enjeu régalien. C’est donc logique que ça soit un ministère plein rattaché au Premier ministre », explique-t-elle à EURACTIV.

Pour Jean-Luc Mélenchon, il ne s’agit pas en revanche d’une décision capitale. « C’est assez anecdotique sur des sujets qui sont quand même extrêmement transversaux », confie la responsable du volet numérique de la campagne du candidat insoumis, Jill-Maud Royer, à EURACTIV. Et de noter par ailleurs que la volonté du candidat est globalement de réduire le nombre de ministères.

Du côté du président sortant Macron, à ce jour donné vainqueur à sa réélection, la question ne se pose pas non plus dans ces termes.

« Je pense que l’écosystème surestime la question institutionnelle. Si j’avais été ministre, je ne suis pas certain que j’aurais pu faire plus que ce qui a été fait », a fait savoir l’actuel secrétaire d’État au Numérique Cédric O, notant qu’Emmanuel Macron avait été lui-même « le premier ministre du Numérique » en raison de son engagement sur ces questions.

Si M. O reconnaît l’« importance symbolique » que revêtirait un ministère de plein exercice du Numérique, il appelle de ses vœux que son successeur puisse garder un lien étroit avec les services du ministère de l’Économie et des Finances.

« Si je devais avoir un souhait, ce serait de faire en sorte qu’il y ait un grand ministère de l’Économie et de la Technologie qui ait l’ensemble des pouvoirs sur ces éléments et qui ait la puissance de l’administration de Bercy », a-t-il déclaré.

« L’écosystème du numérique n’est pas le seul à demander » un ministère de plein exercice, rappelle le député macroniste Eric Bothorel à EURACTIV, citant l’exemple des agriculteurs, partagés entre le ministère de l’Agriculture et celui de l’Environnement.

Il note que peu importe où le portefeuille du numérique se retrouve, « ça dépend surtout de l’homme ou de la femme » et qu’il n’y a pas de recette miracle pour coller à « l’extrême transversalité du numérique ».

Le responsable de la campagne numérique d’Eric Zemmour a, quant à lui, indiqué que la question n’était pas encore tranchée.

Ni Marine Le Pen ni Eric Jadot, ou leurs conseillers, n’ont répondu aux sollicitations d’EURACTIV.