Présidentielle au Monténégro après des mois de blocage
Les Monténégrins désigneront dimanche (2 avril) leur prochain chef de l'Etat au second tour d'une présidentielle qui mettra aux prises le novice Jakov Milatovic et le sortant Milo Djukanovic, vétéran de la scène politique du minuscule pays des Balkans.
Les Monténégrins désigneront dimanche (2 avril) leur prochain chef de l’Etat au second tour d’une présidentielle qui mettra aux prises le novice Jakov Milatovic et le sortant Milo Djukanovic, vétéran de la scène politique du minuscule pays des Balkans.
Le résultat du scrutin sera déterminant pour l’équilibre des pouvoirs dans ce pays riverain de l’Adriatique à l’approche de législatives anticipées convoquées pour le 11 juin.
Cela fait des mois que le pays est bloqué après le renversement en août dernier du gouvernement, qui gère toutefois depuis les affaires courantes.
Au premier tour, voici deux semaines, Milo Djukanovic, qui domine le pays depuis trois décennies, avait recueilli 35,4% des voix contre 28,9% pour Jakov Milatovic.
Il n’existe pas de sondages au Monténégro mais les analystes estiment que l’économiste de 36 ans a des chances de l’emporter car il dispose selon eux d’une plus grande réserve de voix que son adversaire.
Il peut aussi compter sur les électeurs avides de changement et qui ne veulent plus de Milo Djukanovic, 61 ans, et de sa formation, le Parti démocratique des socialistes (DPS).
« La chute de Djukanovic signifierait probablement la chute du DPS tel qu’on le connaît », a déclaré à l’AFP Predrag Zenovic, analyste à Podgorica.
Le DPS a déjà connu un revers, avec une défaite historique aux législatives de 2020. Depuis lors, l’ancienne République yougoslave va de crise politique en crise politique et a subi la chute de deux cabinets.
« Dernière chance »
Milo Djukanovic, qui soutenait alors l’ancien homme fort de Belgrade Slobodan Milosevic, devint Premier ministre alors qu’il n’avait que 29 ans.
Mais à mesure que la Serbie devenait un paria sur la scène internationale il a su prendre ses distances. Il s’est rapproché de l’Occident, a rompu avec Belgrade et a obtenu l’indépendance du Monténégro lors d’un référendum en 2006.
Sous l’égide de Milo Djukanovic et de son parti, le Monténégro a rejoint l’Otan, est devenu candidat à l’Union européenne et est sorti de la sphère d’influence russe.
Ses contempteurs l’accusent néanmoins de corruption généralisée et de liens avec le crime organisé, ce que l’intéressé dément avec force.
« On a un homme au pouvoir ici depuis 30 ans, qui est l’incarnation même de la dictature, de l’abus de pouvoir, qui a rendu la corruption possible, qui a permis à la criminalité de s’épanouir », déclare à l’AFP Mladen Vukovic, médecin à Podgorica.
Pour lui, le scrutin présidentiel est la « dernière chance pour se débarrasser d’un tel personnage et permettre à quelqu’un de nouveau d’arriver ».
Milo Djukanovic a mené campagne en mettant en doute la sincérité de l’ancrage européen de son rival et de son mouvement « l’Europe maintenant » tout en l’accusant d’être vulnérable à l’ingérence serbe.
« Je ne peux pas soutenir Milatovic et son mouvement car j’ai peur d’une trop grande influence de la Serbie », dit à l’AFP Zorica, une économiste de 39 ans qui ne souhaite pas révéler son nom de famille. « Il est trop ambitieux, trop jeune et je ne pense pas qu’il ait l’habilité politique pour résister à l’influence de Belgrade et de l’Eglise orthodoxe serbe (SPC) ».
Clientélisme
Depuis des années, Milo Djukanovic cherche à limiter l’influence de Belgrade et de la SPC et à consolider une identité nationale séparée du Monténégro. Une tâche peu aisée dans un pays où un tiers des 620.000 habitants s’identifient comme serbes.
Jakov Milatovic, un ancien de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), est entré en politique en devenant ministre du Développement économique dans le premier gouvernement formé après les législatives de 2020.
Qualifié de populiste par certains, ce père de trois enfants s’est fait particulièrement apprécier en imposant un programme économique controversé qui a quasiment doublé le salaire minimum.
Pour Milena Sekulic, habitante de Podgorica de 31 ans, l’élection doit déboucher sur de meilleures conditions économiques au Monténégro, qui subit, comme le reste des Balkans, l’exode de sa jeunesse.
Même augmenté, le salaire minimum n’est que de 450 euros dans le pays très dépendant du tourisme, avec ses montagnes qui plongent dans la mer.
« Pour obtenir un emploi, l’affiliation politique est plus importante que le professionnalisme », soupire-t-elle.
En tout état de cause, le président a essentiellement un rôle de représentation au Monténégro et le Premier ministre détient les principaux leviers du pouvoir.