Présidentielle : l’avenir du nucléaire et d’EDF suspendu au vote des électeurs

S’il y a bien un point de convergence entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, c’est la volonté de relancer le nucléaire. Mais chaque candidat a sa propre ambition, stratégie, modus operandi. Et sa vision pour l’avenir d’EDF, l’opérateur historique français.

Euractiv France
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EDF est aujourd’hui dans une situation financière préoccupante ; or, les programmes énergétiques d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen, pro-nucléaires, risquent de pressuriser encore plus les comptes de l’entreprise. [olrat / Shutterstock]

S’il y a bien un point de convergence entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, tous deux qualifiés pour le second tour de l’élection présidentielle, c’est la volonté de relancer le nucléaire. Mais la comparaison s’arrête là. Chaque candidat a sa propre ambition, sa propre stratégie, son propre modus operandi. Et sa vision pour l’avenir d’EDF, l’opérateur historique français. 

Producteur et fournisseur d’électricité, EDF a diversifié récemment ses activités pour se lancer dans les énergies renouvelables. L’entreprise concentre néanmoins le cœur de son activité sur le nucléaire dans un contexte délicat. Depuis quelques mois, EDF rencontre en effet une série de difficultés, comme l’arrêt de réacteurs pour effectuer des réparations ou l’obligation de baisser ses prix, exigée par l’Etat.

EDF est aujourd’hui dans une situation financière préoccupante ; or, les programmes énergétiques d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen, pro-nucléaires, risquent de pressuriser encore plus les comptes de l’entreprise, à grands coûts d’investissement pour la maintenance et la création de réacteurs.

Deux pro-nucléaires

Dans son discours de Belfort du 10 février dernier, le président Emmanuel Macron a esquissé les lignes de son programme électoral, fondé notamment sur la création de 6 nouveaux réacteurs nucléaires de type EPR 2, l’étude de 8 autres créations, et la prolongation de centrales existantes. « Je demande à EDF d’étudier les conditions de prolongation au-delà de 50 ans, en lien avec l’autorité de sûreté nucléaire » avait alors déclaré le chef de l’Etat.

Il avait également précisé, à cette occasion, la mise en place d’une « direction de programme interministérielle dédiée au nouveau nucléaire » afin d’ « assurer le pilotage, coordonner les procédures administratives, s’assurer du respect des coûts et des délais des chantiers ».

Enfin, Emmanuel Macron avait annoncé une nouvelle régulation de l’électricité nucléaire, en remplacement de l’ARENH (Accès Régulé à l’Electricité Nucléaire Historique). Ce dispositif, qui permet à tous les fournisseurs d’énergie de s’approvisionner en électricité auprès d’EDF dans des conditions fixées par l’Etat, arrive à échéance en 2025.

Selon Nicolas Goldberg, expert Energie à Terra Nova sollicité par EURACTIV, l’approche d’Emmanuel Macron « c‘est un peu la méthode du bon élève ». Il explique : « le candidat a été président pendant cinq ans, il a commandé une étude à différents groupes d’expertise, il y a un audit, des devis et des calendriers qui ont été faits », de sorte que la proposition d’Emmanuel Macron sur le nucléaire est crédible. 

Du côté de Marine Le Pen, on affiche aussi de larges ambitions nucléaires. Dans son plan baptisé Marie Curie, la candidate a annoncé vouloir prolonger la durée de vie des centrales existantes jusqu’à 60 ans, rouvrir la centrale de Fessenheim (fermée en 2020), et construire 5 paires d’EPR d’ici 2031 et 5 paires d’EPR 2 d’ici 2036.

Des projections pas forcément plausibles selon Nicolas Goldberg. Dans une note publiée par le think tank Terra Nova le 11 avril, il souligne que les annonces de Marine Le Pen « sont totalement contraires à ce que prône la filière nucléaire : selon les audits indépendants réalisés pour le compte de l’Etat, décider aujourd’hui d’une relance du nucléaire ferait qu’au mieux une première paire d’EPR pourrait être disponible entre 2035 et 2037 (…). Il faut également rappeler que la filière industrielle a elle-même émis quelques doutes sur sa capacité à produire plus de 14 EPR d’ici 2050 ».

Mais qu’importe. Avec un tel programme, Marine Le Pen affiche son ambition et pointe les contradictions de son rival ; notamment qu’avant son discours pro-nucléaire, Emmanuel Macron a fermé la centrale de Fessenheim – il est toutefois à noter qu’Emmanuel Macron n’est pas responsable de cette décision, puisque c’est sous le mandat de François Hollande que le décret autorisant la fermeture de la centrale est paru, en 2017.

« Elle veut ainsi montrer que les véritables pro-nucléaires, c’est eux, le Rassemblement National » souligne Nicolas Goldberg ; et cela, même si les 20 EPR annoncés par la candidate ne sont qu’« une incantation politique », une proposition « infaisable ».

Vers une nationalisation d’EDF ?

Pour mettre en œuvre leurs projets nucléaires, Emmanuel Macron et Marine Le Pen pourront s’appuyer sur EDF. Actuellement détenue à 84 % par l’État, l’entreprise attend de savoir de quoi son avenir sera fait. Et en fonction du prochain président de la République, une nationalisation est plus ou moins envisageable. 

« L’État prendra ses responsabilités pour sécuriser la situation financière d’EDF et sa capacité de financement à court et à moyen terme, autant que pour lui permettre de poursuivre sa stratégie de développement rentable dans le cadre de la transition énergétique » avait annoncé en février Emmanuel Macron, lors du discours de Belfort. 

Certains ont entendu ce discours comme une porte ouverte à la nationalisation. « Emmanuel Macron sait très bien que pour avoir un nucléaire pas cher, il faudra des financements publics » remarque, pour sa part, Nicolas Goldberg. En nationalisant, les taux d’emprunts d’EDF ne seront pas les mêmes ; le partage des risques non plus.

Le 18 février, le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, avait néanmoins précisé sur la radio RTL qu’ « EDF [allait] émettre de nouvelles actions et l’Etat, qui détient 83,9% d’EDF pour être très précis, [allait] participer à hauteur de ces près de 84% à cette recapitalisation. (…). Ça n’a rien à voir avec une nationalisation ». 

Toutefois, le 17 mars lors d’une conférence de presse, Emmanuel Macron avait laissé planer le doute quant à une nationalisation d’EDF. « Sur une partie des activités les plus régaliennes, il faut considérer que l’Etat doit reprendre du capital, ce qui va d’ailleurs avec une réforme plus large du premier électricien français ».

« Pour Emmanuel Macron, je pressens que c’est compliqué » lâche Nicolas Goldberg. « Il y a, dans le même temps, la volonté de garder un groupe intégré, de donner des financements publics pour le nucléaire, et de rester dans les marchés européens ». La nationalisation est incertaine dans le camp Macron, et elle pourrait n’être que partielle. 

En revanche, la nationalisation est plus certainement envisagée par Marine Le Pen, selon Nicolas Goldberg. « C‘est une nationalisation quoi qu’il en coûte » estime l’expert. La candidate n’a cependant pas donné de précision à ce sujet dans son programme. Sollicité par EURACTIV, son équipe de campagne n’a pas répondu à nos demandes de précisions. 

Qu’Emmanuel Macron ou Marine Le Pen remporte l’élection présidentielle, deux choses sont certaines : le nucléaire va connaître une accélération et EDF va être, quoi qu’il arrive, au centre de l’attention.