Présidence suédoise de l’UE : soulagement à Bruxelles [FR]

La République tchèque passe le relais de la présidence de l’UE à la Suède cette semaine, au grand soulagement des capitales européennes et de l’establishment bruxellois. Les prises de bec internes qui ont mené à la chute du cabinet tchèque au milieu de son mandat, un président obsédé par le torpillage du traité de Lisbonne et plusieurs évènements farfelus sont destinés à laisser leur marque sur l’Histoire, révèle un bilan du réseau EURACTIV.

La République tchèque passe le relais de la présidence de l’UE à la Suède cette semaine, au grand soulagement des capitales européennes et de l’establishment bruxellois. Les prises de bec internes qui ont mené à la chute du cabinet tchèque au milieu de son mandat, un président obsédé par le torpillage du traité de Lisbonne et plusieurs évènements farfelus sont destinés à laisser leur marque sur l’Histoire, révèle un bilan du réseau EURACTIV.

Faillite politique, succès organisationnel

Des officiels tchèques ont déclaré à EURACTIV.cz que la présidence n’avait pas réussi à mettre en avant ses succès partiels. Ils ont affirmé que d’un point de vue technique, elle avait été bien organisée, et que les experts stationnés à Bruxelles méritaient d’être félicités pour leur travail. Les représentants de Prague sont largement d’accord pour dire que la présidence avait relativement bien manœuvré lors de certains évènements sensibles comme la crise gazière russo-ukrainienne, la récession économique mondiale ou le conflit israélo-palestinien.    

Du point de vue officiel tchèque, la faute revient au président français Nicolas Sarkozy pour ses efforts dits subversifs de résoudre les problèmes, et notamment une visite dans le Moyen Orient qui a perturbé les efforts parallèles de médiation de la présidence tchèque de l’UE. Avant que Prague n’hérite de la présidence, le président du pays, Václav Klaus, avait directement accusé la France de vouloir la siphonner (EURACTIV 27/10/09).

Toutefois, vu de France, c’était la faiblesse des diplomates tchèques qui a incité le président français à s’y rendre et à rencontrer la ministre israélienne des Affaires étrangères de l’époque, Tzipi Livni, le 1er janvier, tout en conduisant d’autres initiatives dans la région.

Des officiels français n’ont pas cherché à cacher leurs difficultés à travailler avec les Tchèques. S’exprimant au Parlement français en amont du sommet de juin, le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner a déclaré que le président de la Commission José Manuel Barroso avait été extrêmement efficace sous une présidence française efficace, mais qu’il l’avait moins été sous une présidence tchèque moins efficace.

M. Sarkozy lui-même a formulé des critiques voilées à l’encontre de l’ancien premier ministre Mirek Topolánek et le début mouvementé de la présidence tchèque. S’adressant à des journalistes lors du sommet de juin, M. Sarkozy avait affirmé que le premier ministre tchèque de transition actuel Jan Fischer avait bien fait son travail de président de l’UE. Il avait ajouté qu’il ne se rappelait pas bien tout ce qui s’était passé avant, concluant en disant qu’au final, la présidence tchèque se terminait bien.

Selon l’ancien ministre des Affaires étrangères Alexandr Vondra, les Tchèques ont réussi à amener les Russes et les Ukrainiens à la table des négociations lors de la crise gazière de janvier. Il croit que le gouvernement tchèque a aidé à prévenir une catastrophe qui aurait pu conduire à une panne de courant à l’échelle européenne.

Cependant, Zden?k Kavan de l’Université du Sussex au Royaume-Uni a minimisé le succès du déblocage de la crise du gaz, soulignant que la solution trouvée n’était que temporaire et qu’aucun progrès n’avait été fait en terme d’amélioration de la sécurité énergétique.

Ces épisodes furent pour une grande partie éclipsés par la chute du gouvernement dirigé par l’ODS (Parti civique démocratique) au printemps 2009. Plusieurs représentants de haut niveau, y compris M. Vondra, l’actuel ministre des Affaires étrangères Jan Kohout et l’actuelle représentante permanente de la république tchèque auprès de l’UE Milena Vicenová, ont admis que la chute du cabinet a nui à la présidence, décrivant cet épisode comme le pire de tous.

Incompréhensions

Jan Kohout a ajouté qu’Entropia, l’œuvre d’art controversée de David ?erný, exposée pendant plusieurs semaines dans le hall d’entrée du bâtiment Justus Lipsius du Conseil comme symbole de la présidence tchèque, ainsi que la devise ambiguë « ‘Evrop? to osladíme » (‘Nous allons radoucir l’Europe’, ce qui peut aussi être interprétée comme signifiant ‘nous allons rendre les choses plus difficiles’) ont encore plus porté atteinte à la crédibilité de la présidence.

La Bulgarie a réagi à un niveau officiel à Entropa, qui dépeignait le pays comme une toilette turque, et a demandé à Prague d’enlever la sculpture (EURACTIV 15/01/09). Finalement, les toilettes de la discorde furent recouvertes d’un voile noir.

Le professeur Zden?k Kavan du département des relations internationales à Sussex a déclaré qu’on se rappellera des Tchèques comme étant ceux qui ont fait des blagues plutôt que d’essayer de résoudre la crise économique.

Toutefois, l’autre devise (officielle), l’Europe sans barrières, ne fut pas un simple slogan. Selon Martin Tlapa, assistant du ministre tchèque au Commerce, l’Union des 27 a atteint, sous présidence tchèque, un consensus pas gagné d’avance sur le besoin de mener à bien la libéralisation du commerce international, d’augmenter le financement des exportations et d’exclure à tout prix les mesures protectionnistes (en particulier celles annoncées par la France).

En février dernier, le premier ministre d’alors, M. Topolánek, avait averti que si des grands pays de l’Union comme la France ou l’Allemagne devait se comporter de manière protectionniste, le résultat pourrait être similaire au crash de 1929 qui avait précédé la Grande dépression (EURACTIV 10/02/09).

Les Tchèques contre l’aboutissement de Lisbonne

Ce ne fut pas la seule fois où M. Topolánek fit une déclaration que ses assistants regrettèrent. Présentant les priorités de la présidence tchèque devant le Parlement européen le 14 janvier, M. Topolánek a soulevé une vague d’indignation lorsqu’il a suggéré que le traité actuel de Nice était meilleur que celui de Lisbonne, alors que les dirigeants de l’Union bataillent pour sa mise en œuvre (EURACTIV 15/01/09).

Le traité de Lisbonne est moyen, a-t-il dit. Il est un peu plus mauvais que le traité de Nice et un peu meilleur que le prochain traité, a déclaré M. Topolánek.

Les eurodéputés avaient mal réagi à cette déclaration, mais M. Topolánek avait expliqué par la suite que ses mots reprenaient un proverbe tchèque qui dit : « Cette année sera une année moyenne, un peu plus mauvaise que la précédente et un peu meilleure que la prochaine ».

Il avait alors insisté sur le fait que cela était censé être une blague, ajoutant que le traité de Lisbonne n’était pas un slogan.
 
Cependant, des mois plus tard, son parti, l’ODS, a rejoint un groupement anti-Lisbonne au nouveau Parlement européen.

En amont d’une visite à Prague du président américain nouvellement élu Barack Obama, M. Topolánek a fait référence à la politique américaine de relance comme étant la voie vers l’enfer (EURACTIV 26/03/09). Ses assistants ont démenti ces propos, mais M. Topolánek lui-même a affirmé avoir utilisé cette expression, expliquant qu’il était sous l’influence du groupe de rock AC/DC après avoir assisté à leur concert. AC/DC a une chanson intitulée « Highway to hell ».

Instantanés d’Europe centrale

La Pologne, le plus gros pays européen d’Europe de l’est, a indiqué de manière répétée ses inquiétudes sur la manière dont Prague menait la présidence, craignant pour l’image de l’Europe centrale et orientale.

Maintenant que la présidence arrive à son terme, Varsovie préfèrerait voir le verre à moitié plein. Du point de vue polonais, Prague a fait du bon boulot sur au moins deux points très importants : le Partenariat oriental et les projets sur l’énergie.

Anciennement incluse dans la Tchécoslovaquie, la Slovaquie avait un intérêt particulier à garder des contacts étroits avec ses voisins pendant la présidence. La Slovaquie a adopté le Partenariat oriental et a soutenu les avancées de Prague dans le domaine de la sécurité énergétique. La présidence tchèque a soutenu la Slovaquie pour surmonter les réserves relatives au plan de relance de la Commission européenne, que Bratislava considérait au départ comme ne reflétant pas suffisamment les besoins des pays d’Europe centrale (EURACTIV 09/03/09). 

Eduard Kukan, un ex-ministre des Affaires étrangères slovaque, maintenant eurodéputé, a déclaré qu’il était vraiment peu satisfait de la présidence tchèque. Il s’agit d’une profonde déception de voir que les politiciens tchèques n’ont pas pu repousser la résolution de leurs problèmes de quelques mois, a-t-il déclaré. Je pense qu’ils ont agi de manière irresponsable envers leurs pays, a-t-il dit, faisant référence à la chute à mi-mandat du gouvernement de Prague.

La Hongrie a été un fervent supporter de la présidence tchèque de l’UE. Budapest s’est abstenu de critiquer Prague lors de l’effondrement du gouvernement. On peut penser qu’ils ont préféré garder profil bas, puisque le nouveau Premier ministre hongrois était désigné le même jour que Jan Fischer (EURACTIV.hu 06/04/09).

Néanmoins, Budapest a avancé des idées embarrassantes qui ont pu déranger l’agenda de la présidence. Lors d’un sommet extraordinaire de l’UE, le 1er mars, la Hongrie a appelé à l’établissement d’un fonds à hauteur de 160 à 190 milliards d’euros pour procurer des liquidités et reprogrammer la dette des Etats d’Europe de l’Est (EURACTIV 01/03/09). La proposition a fait l’objet d’un refus catégorique.
De plus, en organisant un sommet Nabucco, la Hongrie a semblé vouloir faire concurrence au sommet Corridor du Sud mené par la présidence (EURACTIV 27/01/09).

Personne en Allemagne ne s’est montré heureux de la situation chaotique en République tchèque. Mais au regard des circonstances extraordinaires, Berlin a proposé une lecture équilibrée du mandat tchèque.

En visite récemment à Berlin, le nouveau premier ministre tchèque Jan Fischer a souligné que l’Allemagne était pour lui un endroit privilégié pour organiser des consultations – avant Paris, Londres et Stockholm. L’Allemagne et la République tchèque ont néanmoins maintenu une étroite coopération dans les derniers mois, en dépit de leurs différends.

L’intervenant le plus déçu en Allemagne semble finalement être l’ambassadeur tchèque à Berlin lui-même. M. Rudolf Jindrák a admis avoir été personnellement très affecté et déçu par la chute du gouvernement.

J’ai bien peur que, malheureusement, cet évènement reste pour toujours dans l’histoire européenne, a-t-il déclaré. Mais néanmoins nous avons maîtrisé assez bien notre agenda, a-t-il ajouté.