Prague incitée à inviter le dictateur biélorusse à un sommet [FR]

La présidence tchèque de l’UE devrait convier le président biélorusse, Alexander Loukachenko, dernier dictateur d’Europe, à un sommet consacré au partenariat oriental, qui aura lieu à Prague, le 7 mai, ont confié à EURACTIV des représentants d’un think tank d'opposition. Mais ils ont indiqué clairement que l’UE ne devait rien lui promettre.

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La présidence tchèque de l’UE devrait convier le président biélorusse, Alexander Loukachenko, dernier dictateur d’Europe, à un sommet consacré au partenariat oriental, qui aura lieu à Prague, le 7 mai, ont confié à EURACTIV des représentants d’un think tank d’opposition. Mais ils ont indiqué clairement que l’UE ne devait rien lui promettre.

La différence entre la Biélorussie et les autres pays est la suivante : les autres pays ont des problèmes, alors que la Biélorussie est le problème, a déclaré Tatiana Poshevalova du Belarus Centre for Social Innovation.

Mme Poshevalova a pris la parole aux côtés d’autres personnalités d’ONG biélorusses, qui ont tenu réunion avec des responsables politiques et des think tank bruxellois mardi (3 mars). 

Mme Poshevalova a expliqué que son pays était un cas unique et a rejeté les suggestions selon lesquelles les expériences des anciens pays soviétiques sont également applicables à la Biélorussie. Elle a souligné à quel point le régime était doué à la simulation, admettant qu’il a parfaitement réussi à diffuser une bonne image de lui-même à l’étranger, tout en gardant la mainmise sur le pays.

Elle a déclaré que, sans aucun doute possible, le régime ne voulait pas être démocratisé.

Ulad Vialichka, directeur de l’ONG Education Center Post, a critiqué tout particulièrement la servilité de la société civile, que le régime encourage par le biais de la création d’organisations non-gouvernementales favorables au régime (les « GoNGO »). Il a indiqué que le régime procède à des changements rituels, symboliques, comme autoriser la diffusion de deux journaux indépendants, mais en fait, il suit un agenda caché pour se rapprocher de l’UE sans réaliser de changement substantiel. 

Selon Mme Poshevalova, ce ne sont pas que les GoNGO, mais également les DoNGO – soit les ONG orientées vers les donateurs occidentaux – qui devraient être accusées de substituer la société civile par des fantômes. Elle justifie cela en attirant l’attention sur le fait que les DoNGO tombent souvent dans le piège et perdent leur indépendance en suivant la politique des donateurs. Elle a indiqué que des sites web spécifiques, tels que eurobelarus.info, constituaient des outils utiles pour juger de la réputation des ONG. 

L’une des principales forces du régime, ont indiqué des analystes, est le fait qu’en Biélorussie, la protection de la propriété n’existe pas. Ainsi, la capacité du régime à sévir contre quelqu’un est absolue, ont-ils souligné. Ils ont en outre averti que les investisseurs occidentaux étaient exposés à la même menace de voir leur propriété confisquée à tout moment. 

Andrei Yahorau, analyste à l’Humanitarian Techniques Agency, une autre ONG biélorusse, s’est joint aux appels de ses collègues à une société civile associée plus étroitement à l’initiative européenne du partenariat oriental. Toutefois, reste à savoir comment ce partenariat sera mis en oeuvre, dans la mesure où M. Loukachenko a récemment fait part au chef de la politique étrangère de l’UE, Javier Solana, qu’il ne voulait pas d’intermédiaires (i.e. l’opposition) dans ses relations avec Bruxelles.

La Biélorussie a gagné de la crédibilité politique à Bruxelles en reconnaissant les régions séparatistes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud à la suite du conflit d’août 2008. Lors de la réunion, il a été demandé aux représentants de la Biélorussie s’ils s’attendaient à ce que M. Loukachenko campe sur ses positions. Ils ont répondu qu’ils ne s’attendaient pas à ce que le régime adopte une position officielle pour le moment, mais ont souligné que n’importe quelle décision était possible selon les circonstances. 

EURACTIV a demandé à Mme Poshevalova si, compte tenu de la sinistre situation en Biélorussie, l’UE devait inviter M. Loukachenko au sommet sur le partenariat oriental qui aura lieu à Prague le 7 mai. Elle n’a pas hésité à répondre : « Oui, invitez M. Loukachenko. Mais ne lui promettez rien ».