Pourrait-on financer un troisième confinement ?
Les deux confinements de 2020 ont coûté 193 milliards à l’État. Une nouvelle restriction sanitaire renchérirait la note de vingt milliards par mois. Un conseil de défense sanitaire a lieu ce mercredi 3 février.
Les deux confinements de 2020 ont coûté 193 milliards à l’État. Une nouvelle restriction sanitaire renchérirait la note de vingt milliards par mois. Heureusement, les taux d’emprunt sont bas.
Les deux confinements nous ont coûté très cher : Vrai
Pour calculer la note, il faut scruter « le déficit public », celui de l’État, de la Sécu et des collectivités locales. Chaque année, leurs ressources sont insuffisantes pour faire face aux dépenses. D’où le déficit public.
Avant la crise, il était estimé à 55 milliards d’euros en 2020. Finalement, il approche 248 milliards. Le Covid a donc creusé le fossé de 193 milliards. À la clé, des dépenses supplémentaires (chômage partiel, fonds de solidarité) et surtout des pertes de recettes (TVA, impôt sur les sociétés).
Si on ajoute ces 193 milliards aux déficits engrangés depuis quarante ans, on parvient à une « dette publique » (dette de la France) d’au moins 2 579 milliards. Soit 116 % de la richesse produite par la France en une année. En douze mois, ce taux a bondi de 18 points.
On paie de plus en plus d’intérêts : Faux
C’est ce qui nous sauve. En dépit de l’explosion de la dette, « la charge d’intérêts a baissé de 14 milliards en dix ans », calcule François Écalle, fondateur du site Fipeco. L’an dernier, on a payé « à peine » 36 milliards. Cette prouesse s’explique par l’action de la Banque centrale européenne.
Le bon génie des dix-neuf pays qui ont adopté l’euro a le pouvoir de créer massivement de l’argent. Cela lui permet de racheter les dettes des États. De quoi diminuer les taux. Car la hantise, c’est de les voir flamber, au risque de ne plus pouvoir rembourser. C’est ce qui a failli arriver à l’Espagne ou à l’Italie en 2011.
La France n’est pas dans cette situation. L’an dernier, elle a emprunté 332 milliards (117 milliards de plus que ce qui était prévu avant la crise). Pour la première fois de son histoire, son taux moyen a été négatif. Autrement dit, des investisseurs perdent de l’argent pour nous en prêter…
La France n’a pas de réserve pour le troisième confinement : Faux
Vingt milliards, votés l’an dernier par le Parlement, n’ont pas été dépensés. De quoi tenir quelques semaines. « Le couvre-feu à 18 h coûte environ dix milliards par mois à l’État », indique Laurent Saint-Martin, le rapporteur LREM du Budget à l’Assemblée.
Et un confinement total ? « Il coûterait neuf milliards de plus », précise Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, sur RTL. Bref, le matelas risque de se dégonfler très vite.
La France devra emprunter davantage : Vrai
« Si la crise sanitaire perdure, il faudra envisager une loi de finances rectificative d’ici l’été », note Laurent Saint-Martin. Ça veut dire de nouveaux emprunts. « Le soutien à l’économie se poursuivra tant que dureront les restrictions sanitaires », confirme Bruno Le Maire.
Mais en a-t-on les moyens ? « Oui », répond l’OFCE, un centre de recherche de Sciences Po, qui estime à cent milliards supplémentaires notre capacité d’emprunt. L’ancien magistrat à la Cour des comptes François Écalle est plus prudent. « Ce qui nous préserve, c’est notre appartenance à la zone euro. Elle repose sur l’Allemagne, qui inspire confiance aux marchés. Seule, la France serait fragile. »