Pourquoi le poste de commissaire à l’Élargissement pourrait être le plus convoité de la prochaine Commission
Le poste de commissaire à l’Élargissement et à la Politique européenne de voisinage devrait être l’un des plus prisés au moment de la répartition des portefeuilles au sein de la Commission européenne entre les États membres.
Le poste de commissaire à l’Élargissement et à la Politique européenne de voisinage devrait être l’un des plus prisés au moment de la répartition des portefeuilles au sein de la Commission européenne entre les États membres.
Parmi les tâches de cette fonction, on retrouve le renforcement des relations avec les voisins de l’UE, la mise en place d’une perspective d’adhésion crédible au bloc et le soutien aux réformes dans les neuf pays candidats à l’adhésion.
La guerre en Ukraine et l’évolution du paysage géopolitique de l’Union ont fait prendre conscience que l’intérêt stratégique que revêt un voisinage proche stable et sûr devrait surpasser la question de l’identité du prochain pays à rejoindre l’UE.
En début d’année, de hauts responsables de l’UE ont déclaré qu’il fallait donner un coup d’accélérateur à l’élargissement, le processus ayant été suspendu sous la Commission Juncker, ce qui a résulté en presque dix ans de stagnation.
Un portefeuille en expansion
Au cours des deux dernières années, les Vingt-Sept ont autorisé l’Ukraine, la Moldavie, la Géorgie et la Bosnie-Herzégovine à entamer les prochaines étapes de leur processus d’intégration au sein de l’Union, ce qui a nécessité un important travail technique et juridique de part et d’autre.
« Soyons réalistes, la tâche principale de ce dossier pour le prochain mandat sera de finaliser le dossier ukrainien et [d’encourager] les autres à continuer leurs réformes, ce qui sera une tâche monumentale », a expliqué à Euractiv un diplomate de l’UE s’exprimant sous couvert d’anonymat. Une position reprise par beaucoup d’autres.
Dans cette optique, le groupe de soutien à l’Ukraine de la Commission européenne a récemment pris une toute nouvelle direction axée sur la reconstruction du pays et son adhésion au bloc.
Les fonds alloués à la région ont également été augmentés, notamment grâce au nouveau plan de croissance pour les Balkans occidentaux, qui prévoit un financement conditionnel supplémentaire de 6 milliards d’euros.
De plus, la direction générale du voisinage et des négociations d’élargissement (DG NEAR), qui gère la majorité de l’assistance financière et technique de l’UE aux candidats à l’adhésion et aux pays voisins, a également intensifié ses activités.
Le volet « voisinage » du portefeuille a pris de l’importance depuis que l’actuelle présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, s’est efforcée de conclure des accords de migration avec plusieurs pays du voisinage méridional de l’UE.
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Les candidats en lice pour le poste
Selon nos informations, plusieurs États membres, dont l’Autriche, la Suède et la Grèce, seraient intéressés par ce portefeuille.
La Hongrie souhaiterait que le poste reste entre les mains de son candidat, l’actuel commissaire à l’Élargissement, Olivér Várhelyi, afin de garder une certaine influence sur les négociations d’adhésion de l’Ukraine et des Balkans occidentaux.
Toutefois, plusieurs États membres ont exprimé des réserves concernant l’attribution de ce poste à un commissaire hongrois, en particulier après les tentatives du Premier ministre Viktor Orbán de bloquer l’aide à Kiev et les menaces de retarder les négociations d’adhésion du pays.
D’après les fonctionnaires de l’UE, il serait également surprenant qu’un pays conserve à deux reprises le même portefeuille.
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Une revalorisation du poste ?
Sept diplomates, fonctionnaires et représentants des gouvernements nationaux de l’UE ont indiqué à Euractiv qu’ils espéraient que le portefeuille serait central durant la prochaine législature (2024-2029), la plupart d’entre eux souhaitant une révision du dossier.
« Étant donné la quantité de coordination qui doit être faite avec les dossiers d’autres commissaires », il serait judicieux de faire du commissaire à l’Élargissement l’un des vice-présidents de l’exécutif européen, a affirmé un fonctionnaire de l’UE.
Cela est d’autant plus vrai que l’élargissement devrait avoir des conséquences significatives sur une série de domaines politiques, dont l’agriculture et la politique de cohésion, ainsi que sur le budget de l’UE et les discussions sur les réformes.
« Au-delà de la discussion sur le raisonnement politique derrière l’élargissement, il serait logique de créer un groupe de travail au sein de la nouvelle Commission pour synchroniser les domaines politiques », a affirmé un second fonctionnaire européen.
Dans le même temps, plusieurs fonctionnaires et diplomates de l’UE ont récemment exprimé leurs inquiétudes concernant la dispersion du portefeuille sur une zone géographique trop vaste.
Une solution pourrait être la création d’une direction générale avec un mandat géographique plus restreint, divisant le mandat entre les pays candidats à l’adhésion susceptibles de rejoindre l’Union et ceux considérés comme « proches voisins », tels que ceux d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.
« Un commissaire qui doit constamment partager son temps entre des régions complètement différentes ne sera pas en mesure d’accorder l’attention approfondie nécessaire à l’agenda politique et de réforme exigeant », a expliqué un diplomate de l’UE.
« Il serait peut-être préférable d’envisager sérieusement la restructuration du dossier à l’avenir, se concentrer sur les pays candidats à l’adhésion à l’UE et les voisins immédiats, confier à quelqu’un d’autre les accords de migration avec voisins d’Afrique du Nord ou du Moyen-Orient », a noté un autre diplomate.
La politique d’élargissement devrait également être étroitement liée aux futures discussions sur les réformes à prendre et sur la manière de rendre l’Union viable pour une Europe élargie à 36 pays, lui conférant ainsi une dimension politique inédite.
En juin, les dirigeants de l’UE devraient reconnaître l’importance de l’élargissement et la nécessité de mener des réformes internes en parallèle lors de la décision de l’agenda stratégique de l’Union pour la prochaine législature, si l’on en croit un document interne consulté par Euractiv.
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Pas de politisation
Les diplomates interrogés ont souligné que la principale inquiétude serait le risque de politisation du dossier.
Dans ce contexte, les diplomates de l’UE ont désigné la Suède comme une potentielle négociatrice en raison de ses antécédents en tant que co-fondatrice du Partenariat oriental et du travail effectué en matière d’élargissement durant sa présidence du Conseil de l’UE l’année dernière.
Le choix d’un commissaire provenant d’un pays d’Europe centrale ou orientale pourrait également être intéressant, celui-ci pouvant se baser sur l’expérience d’adhésion à l’UE de son propre pays.
Toutefois, certains diplomates craignent que les conflits de voisinage, comme celui entre la Grèce et l’Albanie et la Macédoine du Nord, ou un programme ouvertement politique à l’égard d’un ou plusieurs candidats, comme la pression de l’Autriche en faveur de la Bosnie-Herzégovine ou les différends de la Pologne avec l’Ukraine, n’influencent négativement le dossier.
« Nous souhaitons tous qu’un pays raisonnable soit en charge du dossier, un pays qui ne ferait pas passer l’intérêt national avant le travail qui doit être effectué de bonne foi au niveau technique », a souligné un quatrième diplomate de l’UE.
« Si vous mettez là un clown qui ne comprend pas l’aspect technique des choses et les sensibilités des pays candidats à l’UE et des États membres, alors nous avons un problème », a-t-il ajouté.
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]