Pour Emmanuel Macron et Élisabeth Borne, le casse-tête de l’élargissement de la majorité
Dans la crise politique provoquée par la réforme des retraites, des voix se lèvent pour qu’un pacte de gouvernement soit scellé entre la majorité présidentielle et Les Républicains. La perspective d’un accord entre partis n’a jamais paru aussi lointaine, mais le président espère des débauchages individuels.
Dans la crise politique provoquée par la réforme des retraites, des voix se lèvent pour qu’un pacte de gouvernement soit scellé entre la majorité présidentielle et Les Républicains. La perspective d’un accord entre partis n’a jamais paru aussi lointaine, mais le président espère des débauchages individuels.
Le débat sur la réforme des retraites l’a montré : la majorité relative — 250 députés sur les 289 nécessaires pour une majorité absolue — ne suffit pas pour gouverner sereinement et oblige au compromis avec les oppositions au cas par cas. Une crise politique a suivi, après l’activation de l’article 49.3 de la Constitution et le rejet des motions de censure, le texte étant accusé par les oppositions et les manifestants d’être ainsi entaché d’un défaut de légitimité démocratique.
Face à ce constat, certains cadres de la droite (Les Républicains, LR) et de la majorité présidentielle ont suggéré qu’un contrat de gouvernement soit scellé, de manière officielle, entre les deux familles politiques, autour d’un projet concret.
Rachida Dati, maire du 7e arrondissement de Paris, ancienne ministre de la Justice et membre du conseil stratégique de LR, appelait la droite à « prendre ses responsabilités », sur France Culture samedi dernier.
Selon elle, LR devrait chercher à bâtir les conditions d’« un accord politique pour redresser, transformer et réformer ce pays ». Convaincu qu’une telle alliance est nécessaire, l’ancien chef du parti Jean-François Copé la propose depuis les élections législatives et l’a réitérée mardi (21 mars), lors d’une réunion du conseil stratégique du parti.
Dans la majorité aussi des voix appellent à la formalisation d’un contrat de coalition, à l’image du député Renaissance et président de la commission des Affaires économiques Guillaume Kasbarian, qui expliquait cette nécessité à EURACTIV.
Edouard Philippe, ancien Premier ministre et président du parti Horizons, partenaire de la majorité présidentielle, juge aussi « qu’il faut une coalition autour de priorités, afin d’élargir notre base politique au-delà de la majorité actuelle […] même si j’en vois les difficultés ». Dans un régime parlementaire comme la France « quand on n’a pas une majorité absolue, on doit en construire une », détaille-t-il dans un entretien accordé au Figaro mardi.
La crise politique se poursuit malgré le maintien du gouvernement
Les deux motions de censure déposées pour renverser le gouvernement d’Elisabeth Borne ont été rejetées,…
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Les difficultés d’un accord entre partis
Or l’alliance avec le parti en tant que tel, donc avec l’ensemble du groupe parlementaire, paraît impossible, en particulier depuis le vote sur les motions de censure, la question se pose de la fiabilité des élus LR. Avec 19 députés sur 61 qui ont voté pour la la chute du gouvernement, le groupe LR est divisé.
Pour EURACTIV, le député Renaissance Sylvain Maillard explique que le camp présidentiel a « cherché à élargir la majorité relative depuis le début de la législature ». Ce à quoi les Républicains ont opposé une fin de non-recevoir — attitude renforcée par l’élection d’Éric Ciotti à la tête du parti, qui a en partie fait campagne sur son opposition au président Emmanuel Macron, rappelle un autre élu Renaissance.
Une partie de la majorité ne souhaite pas que le barycentre se déplace davantage vers la droite. Un accord en tant que tel aboutirait probablement à la nomination d’une personnalité de droite au poste de Premier ministre. Assez pour rebuter l’aile gauche de la majorité, et peut-être la perdre ? « C’est une question qui se pose », accordait Guillaume Kasbarian.
Des accords avec des personnalités plutôt qu’avec le parti sont bel et bien sur la table. Ils sont même souhaités au plus haut niveau. Le chef de l’État a déclaré, dans son interview de mercredi (22 mars), avoir chargé Elisabeth Borne d’« élargir la majorité » avec des « individualités politiques qui, avec leurs convictions, sont prêtes à travailler avec la majorité » autour d’un programme de gouvernement.
Comme d’autres ténors de la majorité, Edouard Philippe souhaite que cet élargissement, outre que vers la droite, s’ouvre aussi en direction d’élus de gauche déçus par la NUPES.
À ce stade, l’entourage de la Première ministre indique à l’AFP qu’elle « conduira des consultations des forces politiques » pour « définir le calendrier parlementaire des prochains mois et identifier des majorités texte par texte ».
En revanche, rien ne semble exclu. À droite du moins, un député — qui n’est pas un pro-Macron — assure à EURACTIV qu’« il faut prendre le temps de réfléchir, sans décréter d’avance » un maintien à l’opposition ou un soutien à un projet de gouvernement.
« Nous ne n’avons pas de culture politique de la coalition comme chez les Allemands », constate le député, mais « on ne tiendra pas en avançant texte par texte et nous avons encore 4 ans à tenir », veut-il croire, peu séduit par l’idée d’une dissolution.