Pour Brice Lalonde, l’UE aura un rôle de leader à Cancun

A une semaine de la conférence internationale de Cancun, l’ambassadeur chargé des négociations internationales sur le changement climatique fait le point sur l’état des négociations.

EURACTIV.fr

A une semaine de la conférence internationale de Cancun, l’ambassadeur chargé des négociations internationales sur le changement climatique fait le point sur l’état des négociations.

Lors de son audition, le mercredi 24 novembre, devant la commission de l’Assemblée nationale sur le développement durable, Brice Lalonde s’est montré relativement mesuré sur les résultats possibles de la conférence de Cancun. « La présidence mexicaine pense que nous pourrons parvenir à un accord minimal, qui pourrait être de façade.

Les négociateurs des Nations unies pensent que la crédibilité de leur institution serait gravement mise en cause s’il y avait un deuxième échec (après Copenhague, ndlr) », a expliqué l’ambassadeur chargé des négociations internationales sur le changement climatique. Les États pourraient parvenir à des compromis sur « des sujets arrivés à maturité » tels que la lutte contre la déforestation, la coopération technique ou encore l’adaptation au changement climatique.

Prolonger le protocole de Kyoto?

« Il devrait y avoir une sorte de marchandage », a expliqué l’ambassadeur. Le cœur de négociations de Cancun sera la prolongation du protocole de Kyoto de 1997, qui se finit en 2012, sur une seconde période. Les discussions porteront aussi sur la convention-cadre de Rio où s’applique l’accord non ratifié des chefs d’États à la Conférence de Copenhague, non contraignant. « Un ensemble de décisions équilibrées est au centre des discussions. C’est quelque chose de très politique. Chacun devra y trouver son compte ».

La conférence mexicaine pourrait surtout être une ébauche pour une réelle avancée, dans un an, en Afrique du Sud. « Ce compromis minimal que nous pouvons esquisser à Cancun ne serait qu’une instruction donnée aux négociateurs de parvenir à un accord plus sérieux, plus complet à Durban et là on pourrait conclure un accord », a précisé M. Lalonde.

Pour lui, ces négociations pourraient aussi se faire « dans la perspective d’une grande unification de ces deux voix (convention-cadre de Rio et protocole, ndlr) en un seul grand traité dont la conclusion serait reportée vers 2020. C’est l’idée générale ».

Inquiétudes sur la position américaine

Une position centrale, composé des pays en voie de développement, de l’UE et de l’Australie, se crée progressivement dans ces négociations. « Ce groupe a vocation à faire pression pour trouver un accord et donc à isoler les extrémistes », a-t-il précisé.

Les États-Unis et la Chine pourraient se satisfaire d’une absence d’accord, selon l’ambassadeur. Cependant, la Chine semble vouloir devenir le leader mondial de l’économie verte, même si elle refuse, comme l’Inde, de s’engager de manière contraignante.

M. Lalonde s’inquiète donc davantage de la position américaine. « Aux États-Unis, le changement climatique semble être de l’ordre de la croyance religieuse. » Les Américains n’accepteront la mise en place de la transparence des informations, principe discuté à Copenhague, que si les mêmes dispositions s’appliquent à la fois aux États-Unis et à la Chine.

Poids de l’UE

Pour l’ambassadeur, « la France a une position forte dans ces négociations. Le gouvernement est tres engagé et la France a un réseau diplomatique extrêmement fort et influent ». La position française s’intègre dans la position européenne.

Si l’UE souhaite arriver avec une position unique à Cancun, des divergences persistent encore. Certains États membres plaident pour que les engagements contraignants des différents pays soient inscrits dans une loi internationale. D’autres pour plus de pragmatisme, se satisfaisant d’une application domestique, dont la France. Les pays européens ne sont pas non plus d’accord sur le passage de 20% à 30% de la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Une autre interrogation tient dans  le poids réel de l’UE dans les négociations. « L’inquiétude à avoir est d’ordre géopolitique. L’Europe est un géant économique mais elle a quelques difficultés à se faire entendre sur le plan politique ». Cependant, pour lui, le problème est surmontable. « L’UE joue un rôle de leadership dans ces négociations par l’exemple. Même si les autres pays dont les superpuissances ne respectent pas l’Europe au sens politique, chacun se tourne vers elle quand il s’agit de faire avancer les négociations. »