Pour Berlin, l’UE doit adapter ses fonds agricoles aux futurs élargissements

Au cours de la prochaine période de financement, à partir de 2028, l’UE devra préparer sa Politique agricole commune à l’adhésion de l’Ukraine et d’autres pays candidats à l’UE, estime la secrétaire d’État du ministère allemand de l’Agriculture.

EURACTIV Allemagne
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Plus grand pays d’Europe en termes de superficie et important exportateur de céréales, d’oléagineux et, de plus en plus, de viande de volaille, l’Ukraine devrait être l’un des principaux bénéficiaires des financements de la PAC. [[SHUTTERSTOCK]]

Au cours de la prochaine période de financement, à partir de 2028, l’UE devra préparer sa Politique agricole commune (PAC) à l’adhésion de l’Ukraine et d’autres pays candidats à l’UE, estime Silvia Bender, secrétaire d’État du ministère allemand de l’Agriculture.

Huit pays, dont la plupart se trouvent dans les Balkans occidentaux, sont actuellement candidats à l’adhésion à l’UE. Les derniers en date sont l’Ukraine et la Moldavie, qui ont obtenu ce statut en juin 2022, soit quatre mois après le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Plus grand pays d’Europe en termes de superficie et important exportateur de céréales, d’oléagineux et, de plus en plus, de viande de volaille, l’Ukraine devrait être l’un des principaux bénéficiaires des financements de la PAC, en particulier des paiements directs, qui sont calculés par hectare cultivé.

« Bien entendu, reste à savoir si l’adhésion des pays candidats aura réellement lieu au cours de la prochaine période de financement », a déclaré M. Bender lors d’un évènement mardi (21 mars).

Quoi qu’il en soit, l’élargissement futur de l’UE doit être pris en considération lors de l’élaboration de la prochaine PAC, a-t-elle ajouté, soulignant que certains pays ont besoin de « perspectives d’adhésion plus rapides afin d’être stabilisés sur le plan national ».

Tant en ce qui concerne le développement rural que la structure de base du soutien à partir de 2028, « nous devons réfléchir à la manière dont nous pouvons inclure les pays candidats à l’adhésion et les intégrer dans la politique agricole européenne », a-t-elle déclaré.

Les paiements directs ne sont plus viables

Selon Mme Bender, l’élargissement pourrait avoir des conséquences majeures sur la structure de la PAC à l’avenir.

Le financement des paiements directs pour un si grand nombre d’exploitations supplémentaires risque par exemple de poser des défis considérables au programme de subventions qui se chiffre à plusieurs milliards d’euros.

« Si l’Ukraine devait entrer [dans l’UE], le système de paiements directs tel qu’il existe aujourd’hui ne fonctionnerait plus du tout », a déclaré la secrétaire d’État.

Norbert Röder, de l’Institut Thünen, qui conseille le ministère allemand de l’Agriculture, a indiqué lors de l’évènement que si Kiev devenait membre avant le début ou lors de la prochaine période de financement, la politique agricole serait alors « différente ».

Le budget de la PAC n’est pas suffisant pour étendre les paiements à la surface existants à l’Ukraine, a-t-il précisé. « Il faut donc l’évaluer sur la base d’autres critères, ce qui représente un défi. »

Adaptation aux normes de l’UE

Du point de vue de l’Ukraine et des autres pays candidats, l’adaptation aux normes de production de l’UE constitue également un défi.

L’Ukraine, par exemple, s’est jusqu’à présent largement appuyée sur des méthodes de production intensives. Cependant, Bruxelles, dans le cadre de ses engagements au titre du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), impose à l’agriculture des exigences de plus en plus élevées en matière de protection de l’environnement et du climat.

Le ministère allemand prend des mesures pour aider sur place les pays à s’adapter aux exigences de l’UE, a déclaré Mme Bender.

Elle a également souligné les mesures déjà prises pour ouvrir le marché de l’UE aux importations agricoles ukrainiennes, dans le cadre d’une première étape vers l’intégration des producteurs ukrainiens au marché du bloc.

Quelques mois après le début de l’invasion russe, l’UE a décidé de suspendre les droits à l’importation et les quotas sur les produits agricoles en provenance d’Ukraine afin de renforcer l’économie du pays et de faciliter ses exportations de céréales.

Sebastian Lakner, professeur d’économie agricole à l’Université de Rostock, en Allemagne, a également souligné qu’il existe en Ukraine et en Moldavie de nombreuses régions structurellement faibles, dotées de petites exploitations, ce qui doit être pris en compte dans la future répartition des fonds agricoles.

Selon l’expert, une solution pourrait consister à fixer moins de règles à l’échelle de l’UE, tout en laissant aux États membres et aux régions une plus grande liberté pour adapter les mesures aux conditions locales.

« À cet égard, nous devons permettre l’hétérogénéité », a-t-il insisté.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]