Postes de police étrangers dans l'UE : le bruyant silence des gouvernements européens
Depuis l'émergence de rapports sur les antennes du gouvernement chinois mises en place pour surveiller et harceler ses ressortissants sur le territoire de l’UE, de nouvelles données font surface concernant d’autres structures similaires étrangères.
Depuis l’émergence de rapports sur les antennes secrètes du gouvernement chinois ouvertes partout sur le territoire européen pour surveiller et harceler ses ressortissants, de nouvelles données font surface concernant d’autres structures similaires, venant d’autres pays autoritaires. Les gouvernements européens en connaissent souvent l’existence sans jamais se positionner ouvertement contre.
En septembre, Safeguard Defenders, une ONG de défense des droits de l’homme, a publié un rapport sur ce qu’elle appelle les « postes de police étrangers ».
Le nombre de personnes concernées dans le monde est considérable. Selon les auteurs, Pékin a affirmé que 230 000 de ses concitoyens, suspects de fraude, ont été « incités à retourner » en Chine entre avril 2021 et juillet 2022.
L’enquête a révélé que 14 des 27 États membres de l’UE disposaient d’au moins un de ces postes de police à l’étranger. Au total, 32 de ces bureaux ont été identifiés comme opérant dans l’UE, dont neuf en Espagne — le plus grand nombre au sein de l’Union. Bien qu’il n’y ait pas de données disponibles pour les autres États, cela ne signifie pas pour autant que ces postes n’existent pas.
Compte tenu de l’attention médiatique suscitée par ces postes, d’autres postes de police étrangers ont commencé à être signalés.
« De toute évidence, le gouvernement chinois n’est pas le seul à le faire », a déclaré Laura Harth, directrice de campagne de Safeguard Defenders, à EURACTIV. La Russie, l’Iran et l’Arabie saoudite font partie de ceux qui mènent des activités similaires, a-t-elle ajouté. Cependant, ces pays ne gèrent pas une activité à aussi grande échelle que le Parti communiste chinois, a précisé Mme Harth.
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Garder un œil sur les activités étrangères
En République tchèque, les services de renseignement sur la sécurité (BIS) reconnaissent, outre la Chine, l’existence d’autres États tiers, dont la Chine, la Russie et les pays du Moyen-Orient, menant des activités « pour tenter de prendre le contrôle de leur propre diaspora », a déclaré Ladislav Šticha, porte-parole de la BIS, à EURACTIV République tchèque.
Pour le moment, les autorités tchèques affirment ne pas avoir d’informations selon lesquelles ces activités auraient eu « un impact sur la sécurité de l’État ».
Toutefois, si la pression des pays tiers était trop forte, par exemple en cas de tentative de « détournement » de citoyens de pays tiers, les autorités tchèques pourraient intervenir.
Parallèlement, le gouvernement français renforce les moyens des « services spécialisés » pour surveiller les « actions des services étrangers ou des structures étatiques » qui pourraient aller à l’encontre des lois du pays et être prêt à réagir « immédiatement » si tel est le cas, rapporte Le Monde.
Le ministère français des Affaires étrangères a déclaré à EURACTIV France qu’il attendait de ces entités qu’elles respectent « la jouissance des libertés individuelles et la garantie des droits fondamentaux des personnes présentes sur son territoire. »
Bien qu’il n’existe aucune preuve documentée de la présence de postes de police non officiels de la Chine ou de tout autre pays tiers en Finlande, le Service de sécurité et de renseignement (SIS) du pays a indiqué que leurs homologues de certains pays autoritaires surveillent, contrôlent et harcèlent leurs citoyens vivant dans le pays nordique.
Ces types d’opérations d’espionnage des réfugiés ciblent généralement les personnes perçues comme des opposants politiques dans leur pays d’origine ou appartenant à une minorité ethnique particulière, a indiqué le SIS finlandais à EURACTIV.
Le gouvernement suédois a également confirmé qu’un certain nombre de pays mènent des « activités de menace pour la sécurité » contre la Suède et sur son territoire. C’est notamment le cas de la Russie, de l’Iran et de la Chine, a confirmé le Service de sécurité suédois, Säpo, au quotidien Aftonbladet.
D’autres se montrent plus évasifs
Mme Harth de Safeguard Defenders estime que certains États membres de l’UE, ainsi que d’autres pays, restent muets sur la question.
En Allemagne, l’existence de ces infrastructures est connue du gouvernement depuis un certain temps et les autorités chargées de la sécurité se sont déjà penchées sur la question, selon les reportages de NDR et WDR. Aucun suivi de la situation n’a encore été annoncé.
En Grèce, les représentants du ministère des Affaires étrangères n’étaient « pas disponibles » pour émettre des commentaires.
La réponse des Pays-Bas a été similaire, le Service général de renseignement et de sécurité (AIVD) et le ministère des Affaires étrangères ayant déclaré ne pouvoir faire trop de commentaires sur certains États ou activités spécifiques.
La porte-parole du ministre des Affaires étrangères, Bo de Koning, a toutefois déclaré à EURACTIV que « les organisations compétentes travaillent en permanence sur tous les signalements qu’elles reçoivent à cet égard. »
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Une approche plus coordonnée est nécessaire
Mme Harth estime qu’il ne s’agit pas seulement d’une question de politique étrangère, mais aussi d’une menace intérieure.
Selon elle, les gouvernements devraient mettre en place des stratégies au sein des ministères de l’Intérieur, de la Justice, des forces de l’ordre, des universités, et partout où des réseaux portant atteinte aux droits des personnes pourraient être actifs.
Les gouvernements devraient enquêter sur ces antennes, mettre en place des mécanismes de protection et former les forces de l’ordre et les tribunaux locaux, a poursuivi Mme Harth.
« Nous aimerions vraiment voir une approche plus coordonnée de la part des nations démocratiques de l’alliance transatlantique », a déclaré Mme Harth. Elle a également indiqué qu’imposer des restrictions sur les visas et des sanctions coordonnées aux agents publics responsables ou complices de ce type d’activités serait un début.