Pomme de terre OGM : des députés auditionnent BASF
En mars, l’autorisation d’une variété de pomme de terre génétiquement modifiée par la Commission européenne avait suscité de très vives réactions.
En mars, l’autorisation d’une variété de pomme de terre génétiquement modifiée par la Commission européenne avait suscité de très vives réactions.
Un peu plus d’un mois après le feu vert de la Commission européenne pour la commercialisation de la pomme de terre Amflora, fabriquée par BASF, des députés français ont auditionné, mercredi 7 avril, deux représentants de l’entreprise allemande. Les chimistes sont parvenus à manipuler génétiquement cette variété de pomme de terre afin d’en augmenter la teneur en amidon.
«On se sert de l’Amflora pour obtenir un épaississant stable et de qualité. C’est un progrès plutôt technique, mais qui a de l’intérêt pour l’industrie», a expliqué Stéphane Biéri, directeur de laboratoire chez BASF.
Répondant à une question du député Jacques Rémiller (UMP), le directeur de l’environnement de l’entreprise allemande, Jean-Marc Pétat, a réfuté l’argument selon lequel cette pomme de terre pourrait entraîner une surmortalité des abeilles. «Nous travaillons avec une centaine d’apiculteurs en France, a-t-il dit. Les abeilles ne peuvent pas butiner les fleurs de pommes de terre, très profondes. Leur trompe n’est pas assez grande pour cela.»
Il a également évoqué le temps des procédures d’autorisations des OGM. En moyenne, l’UE met en effet quatre ans pour se prononcer sur la culture d’un OGM, et trois ans concernant l’import d’un tel produit. Le Japon prend également trois ans, les États-Unis deux ans et le Brésil un an et demi, selon l’industriel.
En France, l’annonce de la décision de la Commission européenne avait provoqué de très vives réactions, y compris dans les rangs du gouvernement. «La France et l’ensemble des pays européens, à l’unanimité, avaient demandé, en décembre 2008, à la Commission, de changer de procédure. Elle ne l’a pas fait. Sur le fond, on ne reconnaît pas cette expertise», avait alors expliqué la secrétaire d’État chargée de l’Ecologie Chantal Jouanno. «Il aurait été intéressant d’avoir un rapprochement avec les services de Mme Jouanno pour qu’elle ait une connaissance complète du dossier», a réagi laconiquement Jean-Marc Pétat. «La déclaration de Mme Jouanno est fondée sur une position idéologique, sans égard des faits scientifiques», s’est emporté Claude Gatignol (UMP), membre du Haut comité pour les biotechnologies.
Kanamycine
La question la plus controversée reste celle de la présence d’un gène de résistance à un antibiotique, la kanamycine. Ce gène sert à repérer et à isoler, dans la préparation, les plans porteurs de la manipalution génétique de ceux qui n’ont pas pris. Les détracteurs de cette méthode craignent que l’usage de telles gènes ne contribue au développement de pathogènes résistants aux antibiotiques dans les organismes humains et animaux.
«C’est un gène naturel que l’on trouve dans le sol», a répondu Stéfane Biéri. Le chercheur affirme qu’il y a «infiniment plus de chances de trouver une bactérie déjà résistante à la kanamycine qu’une bactérie ne devienne résistante à l’origine de ce transfert.»
De son côté, Jean Launay (PS) a émis des «doutes» au sujet des prises de position pro-OGM de certains de ses collègues. «Les propos de la ministre comme les miens ne sont pas de l’idéologie mais du débat», a-t-il affirmé. Par ailleurs, il a estimé que «la durée de l’autorisation n’est en rien un gage de sûreté ».
Si l’Amflora est cultivée aux Pays-Bas, en République Tchèque ou en Allemagne, BASF n’envisage pas, pour l’instant, d’investir en France. La faute au contexte «franco-français», pointe Jean-Marc Pétat.
En attendant, le débat sur les OGM n’est pas prêt de s’achever. Fin mars, deux parlementaires, Bérangère Poletti (UMP) et Yves Cochet (GDR), ont chacun introduit une question écrite sur le sujet. La première pointe les «interrogations» suscitées par la «validité scientifique» de la décision européenne. Le second estime que l’usage de cette pomme de terre «risquerait de rendre l’antibiotique kanamycine inopérant à terme». Tous deux demandent des éclaircissements sur la position officielle du gouvernement. Ils n’ont, à ce jour, obtenu aucune réponse.