Pologne, Roumanie et Portugal : trois élections test pour l’ancrage européen

L'UE est confrontée à un moment politique crucial dimanche 18 mai, avec des élections majeures en Pologne, en Roumanie et au Portugal.

EURACTIV.com
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Bien que ces scrutins ne devraient pas provoquer de bouleversements immédiats à Bruxelles, ils pourraient offrir un aperçu de la montée des partis populistes et d'extrême droite sur la scène politique européenne. [Image créée avec l’IA]

L’Union européenne est confrontée à un moment politique crucial ce dimanche 18 mai, avec des élections majeures en Pologne, en Roumanie et au Portugal.

Bien que ces scrutins ne devraient pas provoquer de bouleversements immédiats à Bruxelles, ils pourraient offrir un aperçu de la montée des partis populistes et d’extrême droite sur la scène politique européenne.

Pologne : vers la fin du blocage des réformes de Donald Tusk ?

Le premier tour de l’élection présidentielle polonaise se tient ce dimanche, marquant la fin des deux mandats du président sortant Andrzej Duda, proche du parti conservateur Droit et Justice (PiS).

Le maire de Varsovie, Rafał Trzaskowski, représentant de la Coalition civique pro-européenne, est en tête des sondages avec environ 32 % des intentions de vote. Son principal adversaire, Karol Nawrocki du PiS, a vu sa campagne entachée par un scandale immobilier, réduisant son soutien à environ 22 %.

Une victoire de Rafał Trzaskowski pourrait lever les blocages institutionnels qui ont entravé les réformes de l’actuel Premier ministre pro-UE Donald Tusk, Andrzej Duda ayant opposé son véto à nombre d’entre elles.

« [Rafał] Trzaskowski et [Donald] Tusk réaligneront la Pologne sur l’UE », estime Piotr Tosiek, professeur associé à l’Université de Varsovie.

Cependant, il explique qu’une victoire de Rafał Trzaskowski pourrait inciter le PiS à se rapprocher du parti d’extrême droite Confédération, avec une possible alliance pour les élections législatives de 2027.

Parallèlement, le candidat à la présidentielle Sławomir Mentzen, leader du parti d’extrême droite Confédération, gagne en popularité, notamment auprès des jeunes, grâce à sa présence sur les réseaux sociaux. Bien qu’il soit peu probable qu’il atteigne le second tour du scrutin, ses électeurs pourraient jouer un rôle décisif en soutenant Karol Nawrocki pour contrer une victoire libérale à la présidentielle.

Si Karol Nawrocki devait devenir président, cela consoliderait l’impasse politique observée aujourd’hui dans le pays, a prévenu Piotr Tosiek, et la présidence pourrait continuer à entraver les tentatives du gouvernement d’opérer ses réformes en faveur de l’État de droit.

La Roumanie vote à nouveau après un faux départ

La Roumanie organise ce dimanche le second tour de son élection présidentielle, après l’annulation du scrutin de décembre 2024 en raison d’allégations d’ingérence russe en faveur du candidat d’extrême droite Călin Georgescu.

Le duel oppose George Simion, leader nationaliste de l’Alliance pour l’unité des Roumains (AUR), qui a obtenu 40,96 % au premier tour, à Nicușor Dan, maire centriste de Bucarest, crédité de 20,99 %.

George Simion, qui critique ouvertement Bruxelles et s’oppose fermement à la poursuite de l’aide à l’Ukraine, menace de faire basculer la Roumanie dans le camp des populistes, de plus en plus nombreux dans l’UE. Il prône une Roumanie souveraine et critique l’aide à l’Ukraine.

À ce stade, il reste difficile de mesurer jusqu’où George Simion pourrait appliquer ses idées anti-européennes s’il devenait président. Selon Radu Magdin, expert en affaires européennes, le véritable défi pour George Simion ne sera pas uniquement politique, mais aussi lié à son image — autrement dit, la manière dont il se présente, à la fois aux électeurs roumains et aux dirigeants européens.

Ainsi, George Simion devrait se montrer « stratégique, en paraissant fort pour le public roumain, tout en étant constructif, et non absurde, à Bruxelles », explique Radu Magdin.

Nicușor Dan, mathématicien de formation et ancien activiste anticorruption, défend l’intégration européenne et les valeurs démocratiques. Le résultat de cette élection pourrait redéfinir l’orientation géopolitique de la Roumanie.

Portugal : la troisième fois sera la bonne

Enfin, le Portugal se rendra aux urnes dimanche pour sa troisième élection en trois ans.

Le dernier scrutin avait été déclenché par l’effondrement du gouvernement minoritaire du Premier ministre Luís Montenegro, mis à mal par un scandale de conflits d’intérêts qui a renforcé la méfiance de la population à l’égard des partis traditionnels et a conduit à la montée du parti d’extrême-droite Chega.

L’Alliance Démocratique (AD), parti de centre-droit de Montenegro, est en tête des sondages avec 32 %, suivie des socialistes à 27 %, tandis que Chega atteint un record de 19 %.

Pour l’instant, Luís Montenegro s’abstient de toute coopération formelle avec l’extrême droite. Il a exclu toute alliance avec Chega et a fait part de son intention de gouverner comme il l’a fait après les élections de mars 2024, c’est-à-dire en formant un gouvernement minoritaire et en recherchant des soutiens au cas par cas pour faire passer des textes de loi.

Selon Marina Costa Lobo, directrice de l’Institut des sciences sociales de l’Université de Lisbonne, le système politique portugais dispose encore d’un cordon sanitaire fonctionnel pour isoler l’extrême droite. Elle ajoute qu’il faudra « plus que Chega » pour faire tomber le prochain gouvernement.

Business as usual au Conseil européen

Alors que l’extrême droite pourrait faire des gains significatifs lors des élections de dimanche, l’équilibre des pouvoirs au sein du Conseil européen devrait rester stable.

À Bucarest, beaucoup, y compris l’analyste Radu Magdin, s’attendent à ce que l’ultranationaliste roumain George Simion modère sa rhétorique anti-UE s’il accède au pouvoir, à l’instar de la Première ministre italienne Giorgia Meloni.

En tant que pays vulnérable avec de graves déficits fiscaux, la Roumanie ne peut se permettre de lancer un bras de fer avec Bruxelles, estime l’analyste. S’il devait être élu, George Simion devrait « négocier intelligemment et non par la force ».

Radu Magdin a tout de même prévenu que l’admiration de George Simion pour le président américain Donald Trump pourrait l’amener à s’aligner sur les intérêts américains en vue d’« affaiblir le projet européen ».

En Pologne, bien que le candidat du PiS Karol Nawrocki soit idéologiquement plus proche du Hongrois Viktor Orbán et du Slovaque Robert Fico, l’orientation pro-européenne du pays prévaudra toujours au Conseil. En effet, en vertu de la constitution polonaise, la politique étrangère relève de la responsabilité du gouvernement — dirigé par les pro-européens — et non du président.

D’après Marina Costa Lobo, le Portugal devrait également rester « fermement ancré » dans une ligne pro-européenne. Le centre-droit et les socialistes devraient trouver un terrain d’entente au niveau de l’UE, en particulier en matière de défense et de sécurité. De son côté, la Chega reste opposée à un renforcement de la coopération européenne dans ces domaines, au nom de la souveraineté nationale.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]