Pologne : le ministre de la Culture annonce la liquidation des médias publics

Le ministre polonais de la Culture a décidé mercredi (27 décembre) de mettre en liquidation la télévision, la radio et l’agence de presse publique pour faciliter la « restructuration » du paysage médiatique du pays.

EURACTIV.com avec Reuters
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L’annonce de mercredi fait suite à la décision du président Andrzej Duda, un allié du PiS, d’opposer son veto aux propositions de dépenses du nouveau gouvernement pour le financement des médias publics. [Shutterstock/Marek Szandurski]

Le ministre polonais de la Culture a décidé mercredi (27 décembre) de mettre en liquidation la télévision, la radio et l’agence de presse publiques pour faciliter la « restructuration » du paysage médiatique du pays.

La coalition pro-UE dirigée par Donald Tusk, qui a pris le pouvoir en Pologne plus tôt ce mois-ci, a commencé à remanier les institutions médiatiques publiques, qui étaient devenues, selon certains, des organes de propagande du précédent gouvernement dirigé par le parti nationaliste Droit et Justice (PiS), au pouvoir durant huit années.

Ces changements ont suscité une forte opposition de la part du PiS, qui affirme que le nouveau gouvernement a contourné la procédure parlementaire ordinaire pour les mettre en œuvre.

Le président Andrzej Duda, considéré comme un allié du PiS, avait également critiqué les changements. Il avait par ailleurs prévenu samedi (24 décembre) qu’il opposait son veto à un projet de loi qui prévoyait un financement de 3 milliards de zlotys (660 millions de dollars) pour les médias publics, à la lumière des mesures récemment prises par le gouvernement.

En réaction à cette annonce, le gouvernement a décidé de procéder à une liquidation des médias publics.

« En raison de la décision du président […] de suspendre le financement des médias publics, j’ai décidé de mettre en liquidation les sociétés Telewizja Polska SA [TVP], Polskie Radio SA et Polska Agencja Prasowa SA [PAP] », a déclaré Bartlomiej Sienkiewicz, ministre polonais de la Culture dans un communiqué publié sur X.

Cette décision permettra « d’assurer la poursuite des activités et la restructuration » de la radio, de la télévision et de l’agence polonaise de presse publiques et « d’éviter le licenciement des employés » de ces sociétés, a-t-il expliqué.

Il a ajouté que l’état de liquidation pouvait être levé à tout moment par le propriétaire de l’entreprise, c’est-à-dire l’État.

Plus tôt, le nouveau gouvernement avait mis hors service la chaîne d’information publique TVP et licencié des cadres des médias publics dans le but de rétablir l’impartialité de ces derniers.

Les experts du secteur des médias et les militants de la liberté d’expression affirment que sous le règne du PiS, la TVP et les autres médias publics n’ont pas agi de manière neutre, mais comme un relais du gouvernement.

Le PiS affirme que les changements apportés par le nouveau gouvernement nuisent au pluralisme des médias en supprimant la voix conservatrice et que la manière dont les changements ont été mis en œuvre sans qu’un projet de loi ne soit soumis au parlement était illégale. Le gouvernement de M. Tusk rejette pour sa part ces affirmations.

Joanna Lichocka, législatrice du PiS, a déclaré sur X que le gouvernement de Donald Tusk était « en train de détruire les médias polonais ». « Il s’agit d’un acte qui porte atteinte à l’État », a-t-elle ajouté.

Mercredi, le chef du bureau du président Duda a accusé l’actuel ministre de la Culture de se comporter comme « un agresseur ».

« C’est la preuve de l’impuissance totale des autorités, qui n’ont trouvé aucun moyen légal de changer les autorités de ces entreprises », a écrit Marcin Mastalerek, membre du parlement polonais, sur X.

Ces évènements viennent s’ajouter à d’autres dans le cadre du bras de fer entre le PiS et la nouvelle administration, menée par Donald Tusk, au sujet des médias publics.

Mardi (26 décembre), le PiS avait également désigné un nouveau directeur général du groupe de télévision publique polonaise TVP, bien que le gouvernement Tusk avait déjà nommé quelqu’un d’autre à ce poste.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]