Pologne : le candidat du PiS à l'élection présidentielle fait volte-face et appelle à rompre avec la Russie

Après des semaines de critiques à l'encontre du président ukrainien Volodymyr Zelensky, le candidat du PiS à l'élection présidentielle adopte désormais une position dure à l'égard de la Russie, appelant à rompre les liens diplomatiques.

EURACTIV Pologne
Presidential Candidate Karol Nawrocki At The Programme Conference
Karol Nawrocki, candidat à la présidence de la Pologne soutenu par le parti Droit et Justice, lors de la conférence de programme à Varsovie, Pologne, le 2 mars 2025. [[Andrzej Iwanczuk/NurPhoto via Getty Images]]

VARSOVIE – Après des semaines de critiques acerbes à l’encontre du président ukrainien Volodymyr Zelensky, le candidat du PiS à l’élection présidentielle, Karol Nawrocki, adopte désormais une position dure à l’égard de la Russie, appelant même à rompre les liens diplomatiques avec Moscou.

Dans une récente interview accordée à Wirtualna Polska, Karol Nawrocki a expliqué qu’il s’assiérait à la table des négociations avec Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky et qu’il serrerait même la main de Vladimir Poutine si c’était dans l’intérêt de la Pologne.

« Donald Trump, Volodymyr Zelensky, Vladimir Poutine et moi-même serions à la table pour discuter de la question de savoir si l’Ukraine sera un tampon stable entre la Fédération de Russie et la Pologne », a-t-il déclaré.

Questionné sur les ondes de Radio ZET lundi au sujet de la nécessité pour la Pologne de rompre ses relations diplomatiques avec la Russie, Karol Nawrocki a répondu par l’affirmative. « Ma position est que le maintien de relations diplomatiques avec un État barbare n’est pas bon pour la Pologne », a-t-il soutenu.

Puis, interrogé par la chaîne Polsat News mardi sur l’apparente contradiction de sa position à l’égard de la Russie, le candidat du PiS à l’élection présidentielle a justifié : « Dans un monde idéal, des États comme la Russie — post-soviétique, néo-impériale, cruelle et barbare — ne devraient pas entretenir de relations diplomatiques et devraient être isolés ».

La position de Karol Nawrocki est d’autant plus contradictoire qu’il a simultanément critiqué le président ukrainien ces dernières semaines. Dans la même interview accordée à Radio ZET, il a en effet déclaré que Volodymyr Zelensky « se comporte de manière indécente envers ses alliés, y compris la Pologne ».

« Il a affirmé que l’Ukraine avait été laissée seule au début de la guerre, ce qui montre qu’il n’a pas reconnu les efforts importants du peuple polonais et du président polonais », a rappelé le candidat du PiS.

Jeu d’accusation avec Donald Tusk

Lors du Congrès des gouvernements locaux à Mikołajki, dans le nord de la Pologne, mardi, Karol Nawrocki a assuré qu’il pensait que Donald Trump assurerait la sécurité de l’Europe centrale, y compris celle de la Pologne.

Concernant la dispute de vendredi dernier à la Maison-Blanche entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky, le candidat du PiS a estimé que le président ukrainien ne peut pas se permettre de « succomber à la pression de la rébellion anti-américaine au sein de l’UE, dans laquelle le premier ministre de notre pays, Donald Tusk, est également impliqué. »

« Cher président Zelensky, chers amis ukrainiens, vous n’êtes pas seuls », a écrit le Premier ministre polonais DonaldTusk (PO, PPE) sur X après les événements de vendredi dernier.

Il a également laissé entendre que Karol Nawrocki est le candidat qui vise à « poursuivre les intérêts russes en Pologne, que ce soit par stupidité ou par calcul ».

Le principal rival de Karol Nawrocki aux élections présidentielles, Rafał Trzaskowski de la Plateforme civique (PO, PPE) tout comme Donald Tusk, maintient constamment une position pro-ukrainienne.

Interrogé mardi lors d’un briefing parlementaire sur la suspension de l’aide américaine à l’Ukraine, ce dernier a exprimé l’espoir « qu’il s’agisse d’une sorte de signal ».

« Je regrette qu’une telle décision ait été prise, mais elle doit surtout nous inciter à tirer des conclusions. L’Europe doit faire plus pour aider l’Ukraine », a-t-il insisté.

Le PiS nie avoir remplacé un candidat

Pendant ce temps, un sondage réalisé par SW Research pour l’hebdomadaire Wprost révèle que la plupart des Polonais pensent que le candidat d’extrême droite Sławomir Mentzen (Confédération, ESN/PfE) a une réelle chance d’accéder au second tour aux côtés de Rafal Trzaskowski, au lieu de Karol Nawrocki.

Un autre sondage, réalisé par Opinia24, suggère que l’ancien Premier ministre Mateusz Morawiecki (PiS, ECR) pourrait recueillir plus de soutien que Karol Nawrocki en tant que candidat présidentiel potentiel, en particulier en cas de crise économique en Europe.

Néanmoins, le chef du PiS, Jarosław Kaczyński, a rejeté les affirmations selon lesquelles le parti envisageait de remplacer son candidat. « C’est notre candidat. Nous n’en avons pas d’autre », a-t-il soutenu lors du rassemblement électoral de Karol Nawrocki dimanche.

(sn)