Pologne : entre allégeance au PiS et indépendance, le nouveau président doit trancher
Karol Nawrocki, le conservateur qui a remporté la présidentielle, devrait annoncer son cabinet présidentiel dans les prochains jours. Ses choix pourraient donner une indication sur son intention : rester fidèle au PiS qui l’a soutenu durant sa campagne, ou être plus indépendant ?
Karol Nawrocki, le candidat conservateur indépendant qui a remporté la présidentielle polonaise début juin, devrait annoncer la composition de son cabinet présidentiel dans les prochains jours. Ses choix pourraient donner une indication sur son intention : rester fidèle au parti Droit et Justice (PiS) qui l’a soutenu durant sa campagne, ou suivre une ligne plus indépendante ?
Selon les premières informations relayées par les médias, Karol Nawrocki aurait décliné la proposition du leader du PiS, Jarosław Kaczyński, de nommer Marek Kuchciński, ancien président du parlement, à un poste clé. Un geste perçu comme une prise de distance. Toutefois, d’autres personnalités du parti devraient être intégrées à son équipe.
Le magazine Newsweek Polska affirme que Przemysław Czarnek, ancien ministre de l’Éducation et figure controversée du PiS, serait pressenti pour devenir chef de cabinet. Przemysław Czarnek avait mené plusieurs réformes controversées opérées dans le domaine de l’éducation sous le précédent gouvernement de Mateusz Morawiecki. Il avait également été considéré comme un possible candidat du PiS à la présidentielle, mais le parti avait finalement choisi de soutenir Karol Nawrocki.
Autre nom cité : Paweł Szefernaker, responsable de campagne de Karol Nawrocki, également issu des rangs du PiS.
« Le président Nawrocki choisira lui-même ses plus proches collaborateurs », sans aucune pression de la part du parti, a déclaré Marcin Przydacz, député du PiS.
Toutefois, ses décisions pourraient déterminer l’avenir de sa relation avec le PiS.
« Il sera intéressant de voir comment évoluera la relation entre Nawrocki et Jarosław Kaczyński », a expliqué Andrzej Rychard, directeur de l’Institut de philosophie et de sociologie de l’Académie polonaise des sciences, à Euractiv Pologne.
Si le gouvernement centriste pro-UE de Donald Tusk se prépare à une collaboration difficile avec le nouveau président, Andrzej Rychard a ajouté qu’il était difficile de dire si le PiS était prêts à affronter un président qui s’annonce plus difficile à gérer que le président sortant Andrzej Duda.
Mirosław Oczkoś, politologue de l’École d’économie de Varsovie, va plus loin, estimant que Karol Nawrocki pourrait devenir le fondateur d’une nouvelle force politique à droite.
« Andrzej Duda n’était pas le genre de responsable politique capable de construire un parti, mais Karol Nawrocki l’est peut-être », a-t-il affirmé.
Selon les résultats officiels du scrutin de dimanche 1er juin, Karol Nawrocki (indépendant) a obtenu 50,89 % des suffrages, contre 49,11 % pour son adversaire, Rafał Trzaskowski (Coalition civique, KO). Ces résultats marquent un revers majeur pour le gouvernement centriste et pro-UE de Donald Tusk.
En Pologne, le président détient un droit de veto sur les lois, qui ne peut être outrepassé que par une majorité des trois cinquièmes au parlement.
Plusieurs réformes prévues par Donald Tusk et son gouvernement pro-UE arrivé au pouvoir en 2023 ont été bloquées par Andrzej Duda — ancien membre du PiS resté proche du parti.
Si la victoire de Rafał Trzaskowski aurait permis de débloquer la situation, sa défaite constitue un obstacle majeur pour Donald Tusk, dont le gouvernement ne dispose pas d’une majorité suffisante au parlement pour annuler les vetos présidentiels.
Et dans les cercles gouvernementaux, certains redoutent que Karol Nawrocki se montre encore plus inflexible qu’Andrej Duda.
Face aux résultats de la présidentielle, Donald Tusk avait choisi de demander la confiance du parlement, qui a été accordée à son gouvernement mercredi 11 juin.
Le gouvernement polonais remporte la confiance du parlement
Donald Tusk a remporté mercredi 11 juin un vote de confiance au parlement, écartant ainsi…
2 minutes
[Édité par Anne-Sophie Gayet]