Polémique sur la libération des infirmières bulgares

L’accord sur le nucléaire civil conclu entre la France et la Libye continue de provoquer des remous. En France, le PS fustige les justifications fournies par le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner. Toujours très critiques, les Allemands ont toutefois annoncé qu’ils ne bloqueraient pas la mise en œuvre de l’accord.

L’accord sur le nucléaire civil conclu entre la France et la Libye continue de provoquer des remous. En France, le PS fustige les justifications fournies par le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner. Toujours très critiques, les Allemands ont toutefois annoncé qu’ils ne bloqueraient pas la mise en œuvre de l’accord.

En bref  :

  • Rançon et accord sur le nucléaire civil

A la demande du président du groupe socialiste de l’Assemblée, Jean-Marc Ayrault, et de son homologue au Sénat, Jean-Pierre Bell, Bernard Kouchner a tenté d’expliquer, devant la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, le 31 juillet, les conditions de la libération des infirmières bulgares intervenue la semaine dernière. Accusées par la Libye d’avoir délibérément inoculé le virus du sida à des centaines d’enfants libyens, celles-ci étaient détenues depuis huit ans.

Accompagnée du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, la femme du président de la République, Cécilia Sarkozy, s’était rendue elle-même en Libye afin d’aider à la libération de ces femmes et du médecin palestinien qui les accompagnait.

Les socialistes ont reproché au Quai d’Orsay de n’avoir pas joué son rôle dans ce dossier. Bernard Kouchner n’a été que « spectateur » dans cette libération, a dénoncé le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, à l’issue de l’audition.

Mais les critiques ont surtout porté sur la véritable nature de l’accord sur le nucléaire civil passé entre la France et la Libye, à peine deux jours après la libération des infirmières, et sur l’éventuelle rançon versée par la France.

Le ministre était « géné », et ses réponses sur la nature de l’engagement de la France à doter la Libye d’une centrale nucléaire civile ont été « floues et évasives ». Sur la contrepartie financière à la libération des infirmières, l’audition de Bernard Kouchner aurait fait apparaître de « nombreuses confusions ». 

Visiblement très agacé par les réactions des Socialistes, le chef de la diplomatie française ne s’est pas privé de critiquer vertement ses anciens amis. « Tout cela, c’est de la bouffonnerie » a déclaré Bernard Kouchner sur RTL, mercredi 1er août. Il avait justifié la veille le contrat conclu par la France en indiquant que la centrale nucléaire construite en Libye aurait pour but de dessaliniser l’eau de mer et non pas de « faire la guerre ».

De son côté, Nicolas Sarkozy a réaffirmé qu’aucune contrepartie n’avait été accordée à la Libye pour la libération des infirmières et du médecin.

  • Accord d’armement

Le fils du colonel Kadhafi, Mouammar Kadhafi SaÏf al Islam, a indiqué, mercredi 1er août, dans un entretien accordé au journal Le Monde que la Libye était sur le point d’acheter des missiles à la France pour un montant de 100 millions d’euros.

Cette nouvelle n’a pas manqué de provoquer de nouvelles réactions dans l’opposition. « Rien dans les propos de Bernard Kouchner ne formalisait un contrat d’armement » a indiqué François Hollande, faisant allusion à l’audition du ministre de l’intérieur la veille. « Il a parlé d’un contrat commercial et quand je l’ai interrogé sur les contreparties (à la libération des infirmières et du médecin bulgare), outre le flou de sa réponse, il n’a pas fait allusion à un contrat d’armement ».

  • L’Allemagne assouplit sa position

Très critique vis-à-vis de la décision « unilatérale » de la France au sujet de l’accord sur le nucléaire civil, certains députés allemands ne se sont pas privés de comparer les méthodes du président français à celles du président américain lors de la guerre en Irak (Lire EURACTIV 30/07/07).

La diplomatie allemande a cependant mis de l’eau dans son vin ces derniers jours en indiquant qu’elle ne bloquerait pas la vente du nucléaire français en Libye.

L’accord franco-libyen concerne directement les intérêts allemands, le groupe Siemens détenant 34% du capital d’Areva. Le 29 juillet, le secrétaire d’État parlementaire au ministère allemand de l’Environnement, Michael Müller, a mis en garde l’entreprise, par voie de presse, contre toute coopération dans le projet franco-libyen.

Le Porte parole adjoint du gouvernement fédéral, Thomas Steg, a cependant indiqué, lundi 30 juillet, que la Libye était en droit d’utiliser l’énergie nucléaire à des fins pacifiques tant qu’elle respectait les directives internationales.

Thomas Steg a précisé que l’Allemagne avait choisi de ne pas exporter de technologie nucléaire vers la Libye, mais que cette divergence d’opinion entre la France et l’Allemagne ne porterait pas préjudice aux relations bilatérales.

Traditionnellement opposée à l’énergie nucléaire, l’Allemagne cherche aujourd’hui à fermer ses centrales. A l’inverse, la France poursuit une politique nucléaire active.