Poisson végétal : les eurodéputés demandent plus de transparence sur ces nouveaux produits

Réunis en commission de la pêche au Parlement européen mercredi 29 novembre, les eurodéputés ont demandé à la Commission européenne de légiférer sur les alternatives végétales aux produits de la pêche, accusées d'induire en erreur les consommateurs.

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Selon une étude américaine de la Food Industry Association, 54 % des consommateurs ont une idée précise de ce qu'ils achètent, et 46 % d'entre eux se trouvent en difficulté.  [FenlioQ / Shutterstock]

Réunis en commission de la pêche au Parlement européen mercredi 29 novembre, les eurodéputés ont demandé à la Commission européenne de légiférer sur les alternatives végétales aux produits de la pêche, accusées d’induire en erreur les consommateurs.

Les eurodéputés de la commission de la pêche (PECH) enjoignent la Commission européenne à assurer plus de transparence concernant les produits végétaux imitant les produits de la mer.

« Ces produits de plus en plus consommés ne sont pas présentés de façon correcte aux consommateurs, et alimentent un mythe. Non, le poisson n’est pas un végétal ! », interpelle l’eurodéputée Izaskun Bilbao Barandica (Renew), à l’origine d’une réunion publique au Parlement européen mercredi 29 novembre.

Les alternatives végétales aux produits animaux s’installent sur le marché depuis quelques années à la faveur d’une demande croissante de protéines de substitution de la part des consommateurs, que ce soit pour des raisons éthiques, nutritionnelles ou environnementales.

Si le « steak végétal », et autres « saucisses vegan » garnissent déjà les rayons des supermarchés, les poissons et autres fruits de mer végétaux se font encore assez rares.

Mais la prise de conscience des problématiques de surpêche et la reconnaissance progressive de la souffrance des animaux marins génèrent une nouvelle demande.

Pour Rafael Pinto, de l’Union végétarienne européenne, ONG de soutien au végétarisme, ce marché encore balbutiant a connu une croissance une croissance de 326 % en Europe entre 2020 et 2022 et une croissance de 10 700 % en Espagne.

« Il y a une explosion de ces produits, notamment aux États-Unis. Or, les consommateurs n’y voient pas clair, la plupart ont du mal à s’y retrouver dans l’étiquetage », prévient Yobana Bermudez, Présidente de la Fédération européenne des organisations nationales d’importateurs et d’exportateurs de poisson (CEP).

Selon une étude américaine de la Food Industry Association, 54 % des consommateurs ont une idée précise de ce qu’ils achètent, et 46 % d’entre eux font face à des difficultés.

Cadre juridique flou

La France et l’Espagne tentent d’imposer des lois interdisant aux denrées alimentaires végétales d’utiliser une dénomination employée usuellement pour désigner des produits animaux.

En témoigne la bataille judiciaire que mène la France pour interdire la commercialisation du « steak végétal », ceci ayant été acté par décret en 2022 avant d’être suspendu par le Conseil d’État. La plus haute juridiction a même saisi cet été la Cour de Justice de l’Union européenne (CJUE) pour interpréter la réglementation européenne en matière d’étiquetage.

La même CJUE a rendu une décision en 2017 rendant illégal le lait végétal – ainsi que le beurre et les yaourts – et selon laquelle seuls les produits contenant du « vrai » lait pouvaient être commercialisés.

Malgré tout, selon Yobana Bermudez, « il y a un vide juridique » concernant les étiquetages et les dénominations de ce type de denrées. « Les produits transformés jouissent de nombreux avantages par rapport à d’autres produits soumis à des normes », poursuit-elle.

C’est encore plus vrai pour les produits issus de la mer.

Le règlement européen concernant l’information sur les denrées alimentaires impose d’afficher le nom de l’aliment sur l’étiquette, et le texte sur l’Organisation commune des marchés (OCM) interdit les dénominations trompeuses pour le consommateur.

Or, comme l’a rappelé le représentant de la Commission, Frangiscos Nikolian (DG MARE), les produits d’origine végétale ne sont pas du ressort de l’OCM, mis à part ceux à base l’algue.

Étiquetage, emplacement

« On trompe le consommateur », explique l’eurodéputée Rosanna Conte (ID), prenant pour exemple le produit phare du groupe Nestlé, un «  thon » 100 % végétal. Si le « Vuna » (en référence à tuna) affiche une photo de thon préparé et annonce un « goût similaire au thon » , l’entreprise joue sur l’association par l’image.

«  Les produits animaux ont une valeur nutritionnelle spécifique, le thon ne peut pas désigner une préparation végétale », poursuit l’eurodéputée italienne, demandant comme nombre de ses collègues un étiquetage plus clair pour qu’aucune confusion ne soit faite.

«  Je n’ai rien contre les produits végétaux, mais il faut que les consommateurs soient conscients de leur choix, et soient informés précisément de ce qu’ils achètent », ajoute Isabel Carvalhais (S&D).

Les eurodéputés ont également évoqué la nécessité de ne pas présenter ces produits dans les mêmes rayons que les produits d’imitation.

Plus globalement, les élus craignent que le «poisson » végétal fasse concurrence au secteur de la pêche et érode la confiance des consommateurs dans « l’authenticité des produits de la mer ». Cela pourrait, selon eux, menacer la durabilité économique et environnementale du secteur de la pêche.

Produit durable ?

Pour Isabel Carvalhais, cela soulève un autre problème : « le consommateur se dit souvent qu’un produit végan sera plus durable et plus sain. L’industrie a perçu cette nouvelle tendance, a compris le filon depuis quelques années. Alors que ces produits sont très transformés et ne réduisent pas l’empreinte carbone ».

Des arguments que conteste Rafael Pinto, de l’Union végétarienne européenne, mentionnant une étude du WWF en Suisse qui montre que l’empreinte carbone d’un bâtonnet de poisson est 3,6 fois supérieure à sa copie végétale. De même que ces derniers seraient plus sains d’un point de vue nutritionnel.

« Le facteur clé est en effet de ne pas tromper le consommateur, mais il est capable de faire la différence. Il faut simplement que l’on sache que c’est 100 % végétal ou vegan », explique-t-il. Selon lui, la législation est suffisante et la modifier entraînerait encore plus de confusion.

La commission de la pêche a insisté à plusieurs reprises sur l’importance de la sécurité alimentaire. Or, ces produits sont une chance pour Rafael Pinto, ils donnent l’occasion de diversifier le secteur et de créer des « emplois verts ».

Le représentant de la Commission européenne, Frangiscos Nikolian, a admis à son tour qu’il y avait un manque d’étiquetage clair et qu’il fallait réorienter la publicité De la ferme à la fourchette – encourageant les protéines végétales – pour sensibiliser les consommateurs.

Alors que les spécialistes et eurodéputés ont pointé la nécessité d’une législation particulière, la Commission rétorque que « l’étiquetage des produits d’origine végétale n’est pas spécifique à ces produits, il faut trouver une solution plus globale ».

« Nous soutenons les ambitions végétales De la ferme à la table, mais nous soutenons aussi le poisson. Chaque produit à ses propres avantages », a-t-il conclu, promettant de travailler sur le sujet avant une éventuelle proposition de la Commission européenne sur le sujet.