Points de vue divergents au sommet UE-Russie

Les dirigeants de la Russie et de l’Union européenne semblaient très divisés sur les libertés civiles en Russie et sur les manières de résoudre la crise syrienne au cours d’un sommet de deux jours qui s’est clôturé mardi (4 juin).

EURACTIV.com
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Les dirigeants de la Russie et de l’Union européenne semblaient très divisés sur les libertés civiles en Russie et sur les manières de résoudre la crise syrienne au cours d’un sommet de deux jours qui s’est clôturé mardi (4 juin).

Malgré des déclarations sur un partenariat stratégique et une coopération, le sommet à Iekaterinbourg a connu quelques moments de friction. Le président Vladimir Poutine a mis en évidence l’importance des relations économiques alors que le président du Conseil, Herman Van Rompuy, s'est concentré sur des valeurs communes et les droits de l'Homme, selon le Moscow Times.

Les deux camps ne sont pas parvenus à tomber d'accord sur la question des visas, qui faciliteraient le déplacement de quelque 15 000 fonctionnaires du gouvernement russe vers les États membres de l'UE. Le sommet a également révélé des tensions à propos d'une nouvelle loi russe sur les données relatives aux passagers aériens et de la gestion de la crise en Syrie.

L'opposition au Parlement européen aurait fait échouer l'accord sur les visas : 48 eurodéputés ont signé une lettre contre ce document. Ils ont indiqué qu'il permettrait à des violateurs des droits de l'Homme de se déplacer librement vers l'UE.

La liste Magnitski

Les eurodéputés ont précisé que l'UE devrait d'abord dresser une liste des représentants impliqués dans des violations des droits de l'Homme, semblable à la « liste Magnitski » aux États-Unis. Ce document vise à sanctionner les représentants russes impliqués dans la mort de Sergei Magnitski, un avocat russe décédé en garde à vue en 2009.

La question de Sergei Guriev, un économiste russe de premier plan qui s'est exilé en France le mois dernier, a également été abordée lors du sommet. Cet économiste a quitté la Russie après avoir été interrogé par le comité d'enquête du pays à propos de l'affaire de longue date contre Mikhail Khodorkovski, le magnat du pétrole emprisonné pour fraude en 2005.

Interrogé sur le cas de M. Guriev, Vladimir Poutine a déclaré que l'histoire était exagérée et que l'économiste était invité à revenir en Russie.

« Existe-t-il une raison de l'emprisonner ? Je n'en sais rien. Je n'ai appris son nom que récemment et je ne sais pas s'il a transgressé la loi », a-t-il répondu.

M. Guriev a réagi à cette déclaration dans un échange de courriels avec l'agence de presse Reuters.

« Je pense qu'il est plus sûr pour moi d'être libre et de ne pas revenir », a-t-il écrit, en ajoutant : « [Vladimir Poutine] a dit que j'étais libre de revenir si je le voulais. J'ai entendu qu'il avait dit ça auparavant, mais les travaux [du comité d'enquête] et les menaces ont continué et se sont même intensifiés par la suite. »

La controverse sur les données des passagers

L'UE et la Russie n’ont toujours pas résolu leurs divergences quant à une législation russe qui autorise les autorités à recueillir des données sur les passagers à bord d'un vol en provenance ou à destination de la Russie, ou qui traversent son espace aérien.

Les compagnies aériennes européennes ne sont pas censées partager des données sur les passagers sans un accord international qui détermine les autorités qui peuvent y avoir accès, pour combien de temps et pourquoi. L'UE a conclu des accords de partage d'informations sur les données des passagers avec l'Australie et les États-Unis. En l'absence d'accord, l'UE a demandé un moratoire sur la législation russe qui entre en vigueur le 1er juillet.

Différences sur la Syrie

Le sommet a également mis en évidence les approches différentes de l'UE et de la Russie quant au conflit en Syrie. Vladimir Poutine s'est dit « déçu » de la décision de l'UE de lever son embargo sur les armes dans le but d'armer les rebelles syriens.

Il a toutefois défendu le droit de son pays à vendre des armes au gouvernement syrien. Il a cependant déclaré que Moscou n'avait pas encore livré de systèmes de défense aérienne S-300 à Damas.

Même si les gouvernements occidentaux ont critiqué la Russie, car Moscou prévoit d'envoyer des missiles aux forces du président Bachar al-Assad, M. Poutine a déclaré lors de la conférence de presse que les contrats étaient légaux et ne visaient pas à perturber l'équilibre militaire.

Un avertissement sur la participation des rebelles

Vladimir Poutine a exprimé ses craintes quant à la participation éventuelle de membres de l'opposition syrienne aux négociations de paix soutenues par l'UE et organisées à Genève dans le courant du mois. Le président russe a évoqué une récente vidéo en ligne d'un chef de file des rebelles découpant le cœur d'un soldat du gouvernement décédé et mordant un morceau.

« J'espère que ces participants ne prendront pas part à la conférence "Genève 2", auquel cas il serait difficile pour moi de garantir la sécurité des participants russes. D'ailleurs, il serait difficile de travailler avec ce genre de personnes », a-t-il déclaré.