Plan loup : Paris rejoint Bruxelles sur la nécessité de faciliter les tirs
Le nouveau plan national (PNA) loup 2024-2029 présenté lundi (18 septembre) se range du côté des éleveurs en favorisant les tirs de protections, et s’aligne sur la volonté de la Commission européenne de revoir le statut de protection du loup.
Le nouveau plan national (PNA) loup 2024-2029 présenté lundi (18 septembre) se range du côté des éleveurs en favorisant les tirs de protections, et s’aligne sur la volonté de la Commission européenne de revoir le statut de protection du loup.
Le plan national loup a été annoncé officiellement lundi (18 septembre) lors d’une réunion à huis clos avec les parties prenantes à Lyon. Ce 5ème plan qui s’étendra de 2024 à 2029 fait de la protection des éleveurs contre la prédation du loup une priorité, alors que les attaques ont augmenté de 20 % en un an en France.
Facilitation des tirs
Si l’animal est strictement protégé internationalement par la convention de Berne, et au niveau européen par la directive Habitats, des tirs défensifs sont tout de même autorisés, par dérogations, en cas d’extrême urgence.
Dans sa nouvelle stratégie, le gouvernement mettra en place « des procédures d’autorisation plus simples et plus rapides » pour se défendre en cas d’attaque, ont expliqué les ministères compétents (Agriculture et Transition écologique) dans un point presse en amont de l’annonce. Il formera plus spécifiquement les « louvetiers », les seuls à pouvoir procéder aux tirs de protection.
Le taux de prélèvement lui, ne changera pas, restant à 19 % (jusqu’à 20 ou 21 %). Selon les derniers chiffres officiels, 1104 loups évoluent sur le territoire français, dans 55 départements. 209 animaux pourront ainsi être abattus en 2023 dans le cadre de la réglementation.
Un budget spécifique de 2,5 millions d’euros sera également alloué sur les cinq ans afin de renforcer la recherche sur les méthodes de protections des troupeaux : efficacité des tirs, adaptation des moyens de protection aux contextes d’élevage et de prédation, etc.
En complément des indemnisations en cas de dommages, le nouveau plan proposera un accompagnement psychologique pour les éleveurs victimes de prédations.
Les ministères insistent enfin sur le caractère « plastique » du plan, qui sera réévalué régulièrement en fonction de « l’évolution démographique du loup et au nombre d’attaques ». Dans une « approche européenne », il s’appuiera sur les données de l’ensemble de l’UE.
Le plan doit dès 2024 entrer dans une phase « d’expérimentation » : « Notre boussole c’est la science », insiste-t-on.
Alignement sur la Commission européenne
Le gouvernement s’aligne ainsi sur la Commission européenne qui a proposé début septembre la possibilité d’une révision du statut du loup en cas d’évolution positive de l’animal.
La semaine dernière, en plénière du Parlement européen, le représentant de l’exécutif européen a confirmé cette possibilité, précisant qu’une proposition allait être faite avant la fin de l’année, à partir des données de chaque pays.
« Si la science dit que le loup est dans un bon état conservation, il n’y a pas de tabou à changer le statut de l’espèce », reconnaît-on à Paris. Le loup passerait ainsi d’un statut d’espèce « strictement protégée » à « protégée » au niveau international et européen, afin de passer d’une logique de « réaction » à une logique de « gestion ».
« Cela ne signifie pas qu’il ne serait plus protégé », précisent les ministères, en admettant qu’il sera tout de même « un peu plus facile de tirer ».
Pour mettre fin aux querelles de chiffres – les éleveurs les trouvent sous-évalués – le nouveau plan prévoit une réforme du mode de comptage, avec une volonté d’harmonisation européenne des méthodes afin de « restaurer la confiance dans les chiffres de la population ».
Réactions
« Il est intolérable d’appuyer le déclassement d’une espèce protégée dans un plan national d’actions dédiée à […] une espèce protégée ! », a réagi l’association de défense des grands prédateurs Ferus, qui annonce avoir quitté la salle avant la fin lors de la présentation du plan avec d’autres associations.
Pour le député européen Jérémy Decerles (Renew) en revanche, éleveur et défenseur de la position française et européenne, « cela ne va pas dans le mauvais sens ».
« Nous nous attendions toutefois à davantage de souplesses, à plus de marge pour tirer. Or nous restons à 19 %. Pourquoi ? Cela met des barrières. Mais cela pourrait être facilité par la décision de la Commission européenne de faire évoluer le statut de protection », admet l’éleveur, engagé dans la lutte contre la prédation au Parlement européen.
De son côté la FNSEA se montre plus sévère à l’endroit du gouvernement, jugeant que le plan ne répond pas aux attentes des agriculteurs :
« La viabilité du loup est assurée en France avec 500 individus et la population actuelle est estimée par l’OFB à 1104 individus. Aussi la profession agricole demande de simplifier les tirs de défense et leur mise en œuvre, de supprimer le plafond de destruction de 19 % et de permettre aux éleveurs et aux chasseurs formés de disposer d’armes équipées de lunettes à visée nocturne », explique le syndicat majoritaire.
Prochaine étape, donc : le statut de l’espèce au niveau européen, où « la France sera force de proposition et sera au soutien de la Commission européenne », annonce Marc Fesneau sur X (ex Twitter).