Pier Luigi Bersani échoue à former un gouvernement

Le chef de file du centre-gauche, Pier Luigi Bersani, n’est pas parvenu à sortir l’Italie de l’impasse politique. Le président Giorgio Napolitano, dont le mandat se termine le 15 mai, doit trouver une autre solution, a indiqué le palais présidentiel hier (28 mars).

EURACTIV.com / Reuters
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Le chef de file du centre-gauche, Pier Luigi Bersani, n’est pas parvenu à sortir l’Italie de l’impasse politique. Le président Giorgio Napolitano, dont le mandat se termine le 15 mai, doit trouver une autre solution, a indiqué le palais présidentiel hier (28 mars).

 

Pier Luigi Bersani a fait un rapport à Giorgio Napolitano jeudi soir, une semaine après avoir reçu un mandat afin de rassembler suffisamment de soutien pour former un gouvernement après les élections peu concluantes de février.

 

Selon le cabinet présidentiel, M. Bersani, qui a obtenu le plus de votes, mais pas de majorité suffisante, a indiqué que ses consultations avec les autres partis s'étaient conclues sans résolution et que le président évaluerait d'autres options « sans délai ».

 

M. Bersani a fait part à M. Napolitano d'« éléments de compréhension positifs et importants » dans les discussions avec les groupes politiques, dont le centre-droit de Silvio Berlusconi et le Mouvement cinq étoiles de l'ancien humoriste Beppe Grillo.

 

« J'ai également expliqué les difficultés qui découlent d'objections ou de conditions que j'estime inacceptables. »

 

Cette conclusion manquée laisse l'Italie dans une impasse politique plus d'un mois après les élections. La crise bancaire à Chypre renforce les craintes de turbulences sur les marchés financiers, ce qui menacerait la stabilité de la zone euro.

 

Selon des responsables, M. Napolitano entamerait de nouvelles consultations avec les partis politiques vendredi, en commençant par le Parti du peuple de la liberté (PDL) de Silvio Berlusconi pour terminer avec le Parti démocrate (PD) de Pier Luigi Bersani.

 

Un porte-parole du PD a indiqué que M. Bersani n'avait pas renoncé à former un gouvernement, mais que le PDL avait dénigré le chef de file du centre-gauche en déclarant qu'il avait perdu un mois dans une tentative infructueuse qui prouvait qu'il ne disposait pas de la majorité pour gouverner.

 

M. Napolitano s'oppose à de nouvelles élections précipitées afin de sortir de l'impasse. Ses options restent toutefois très limitées s'il souhaite éviter un retour aux urnes dans les prochains mois.

 

Le président pourrait nommer un étranger à la tête d'un gouvernement de technocrates semblable à celui du premier ministre sortant, Mario Monti, ou former une coalition politique, tous partis confondus, mais aucun gouvernement ne doit être en mesure de compter sur une majorité au parlement.

 

Jeudi, le principal indicateur de confiance des marchés financiers, l'écart de rendement entre la dette italienne à dix ans et les « Bunds » allemands, s'est élevé à 350 points de base, 30 de plus qu'à la veille des élections des 24 et 25 février. 

 

Face à un mur

 

Pier Luigi Bersani espérait jusqu'à la dernière minute surmonter les difficultés, mais il semble s'être retrouvé face à un mur, surtout lorsqu'il a formulé des propositions à Beppe Grillo. Le mouvement de l'ancien humoriste indique qu'il ne votera pas la confiance à un gouvernement mené par le centre-gauche ou le centre-droit.

 

M. Bersani a quant à lui rejeté les demandes de Silvio Berlusconi de formation d'une grande coalition gauche-droite. Il a indiqué que le magnat des médias entaché de scandales était trop discrédité pour conclure un accord.

 

Conscient du risque d'instabilité, Giorgio Napolitano a insisté pour que M. Bersani obtienne des garanties de soutien solides de la part des autres partis pour un vote de confiance au parlement, avant de lui accorder un mandat ferme en vue de former un gouvernement.

 

M. Bersani a tenté de gagner un certain soutien en faveur d'une liste de réformes qui comprend des mesures sur le conflit d'intérêts en politique et la corruption, entre autres. M. Berlusconi s'y est toutefois opposé et le chef de file du centre-gauche n'a jamais été en mesure de garantir un appui suffisant.

 

Pier Luigi Bersani a souligné en début de semaine l'ampleur de la tâche de M. Napolitano. Il a indiqué qu'il faudrait être « fou » pour vouloir diriger un gouvernement étant donné les problèmes de l'Italie.

 

Les difficultés du chef de file du centre-gauche à atteindre un accord révèlent à quel point il sera difficile, même pour un nouveau gouvernement de technocrates, d'obtenir un appui au sein d'un parlement divisé, ce qui augmente les probabilités d'élections précipitées.

 

Des élections ne peuvent être organisées qu'après la nomination d'un successeur de M. Napolitano, dont le mandat se termine le 15 mai, par le parlement. Les règles constitutionnelles empêchent le président de dissoudre le parlement au cours des derniers mois de son mandat.

 

Même cette tâche est risquée d'un point de vue politique, car Silvio Berlusconi souhaite choisir le nouveau chef d'État, ce que refuse M. Bersani.

 

Un haut fonctionnaire de la Banque d'Italie et le président de l'institut national de statistique (ISTAT) ont mis en évidence les défis du nouveau gouvernement. Ils ont indiqué que les dernières prévisions économiques du gouvernement peuvent encore être trop optimistes, même après une forte revue à la baisse la semaine dernière.

 

Le gouvernement a déclaré la semaine dernière que l'économie, qui connaît la plus longue récession depuis 20 ans, se contracterait de 1,3 % cette année, par rapport à une prévision précédente de 0,2 %.

 

Enrico Giovannini, le président de l'ISTAT, a toutefois déclaré lors d'une audience en commission parlementaire jeudi que les résultats pourraient être pires que ceux sans reprise jusqu'à la fin de l'année ou au début de 2014.