Philippe Vigier : «Ne pas mettre à sac les exploitations céréalières»

Au lendemain d’un débat à l’Assemblée nationale sur le bilan de santé de la Politique agricole commune, le député Nouveau Centre d’Eure-et-Loire fustige les décisions de Michel Barnier prises, selon lui, trop loin du terrain.

Au lendemain d’un débat à l’Assemblée nationale sur le bilan de santé de la Politique agricole commune, le député Nouveau Centre d’Eure-et-Loire fustige les décisions de Michel Barnier prises, selon lui, trop loin du terrain.

Lors du débat à l’Assemblée nationale, vous avez estimé que la mise en œuvre du bilan de santé de la PAC telle qu’elle a été annoncée par le ministre de l’Agriculture, Michel Barnier, allait «fragiliser l’emploi et l’économie». Pourquoi?

Lorsque l’on fait un bilan de santé, il faut procéder à un certain rééquilibrage. Il faut notamment penser à des secteurs très fragilisés comme l’agriculture de montagne. Mais rééquilibrer ne signifie pas qu’il faut déshabiller Pierre pour habiller Paul. Il ne s’agit pas non plus de mettre à sac les exploitations céréalières. Un rééquilibrage doit être modéré. Si on rééquilibre à hauteur de 15%, c’est tout à fait acceptable. Mais les mesures annoncées aboutissent à la réorientation d’aides directes de 22% au minimum, voire de 33%. Ce n’est pas acceptable.

C’est la raison pour laquelle j’estime que Michel Barnier a une mauvaise connaissance des comptes d’exploitation des domaines agricoles. S’il fait ce qu’il a annoncé dès 2010, sans mesure de progressivité, ni accompagnement spécifiques des agriculteurs, on va à la catastrophe.

Mais l’un des arguments du ministre est de dire que si les agriculteurs ne consentent pas à un effort important, la PAC sera fragilisée et mise en danger…

Je ne suis pas d’accord avec cette vision des choses. Connaissez-vous une seule profession qui accepte que l’on ampute de 17, voire 20% des aides qu’on peut lui apporter? Il n’y en a pas! C’est déjà un effort considérable.

Pour mon seul département, cet effort représente 40 millions d’euros sur les 160 millions d’euros qui y sont attribués. Cela veut dire que dans l’économie locale, ce sont 40 millions d’euros qui manqueront, avec d’importants impacts sur les emplois et les entreprises… Les industries agricoles et agro-alimentaires sont les seuls secteurs qui fonctionnent encore bien dans mon département. Cela veut dire que si le bilan de la PAC est mis en œuvre comme prévu il y aura de très nombreux dépôts de bilan dans les deux ans qui viennent.

Enfin, l’agriculture passe par l’installation des jeunes. Or depuis le 1er janvier 2009, nous n’avons vu aucune installation dans mon département.

Pour vous, quelle est la solution?

La solution, c’est l’équilibre. Michel Barnier est un homme d’équilibre et capable de comprendre cela. Avec des responsables agricoles et des collègues parlementaires du département, nous l’avons d’ailleurs rencontré à plusieurs reprises. Nous y sommes allés avec des bilans d’exploitation. Pour comprendre l’impact d’une telle mesure, il faut aller dans le détail, et ne pas parler des choses de façon macroscopique.

Malheureusement, une fois de plus, ces décisions ont été préparées par des gens qui sont trop loin du terrain. Quand on baisse de 30 ou 40% les aides dans un secteur, ça veut dire qu’il n’y a plus rien pour vivre. Ou alors, il faut faire en sorte que demain, les exploitations céréalières, où qu’elles soient en France, s’étendront toutes sur 200 hectares. Dans ce cas, il faut se demander comment on peut accompagner cette transition.