Pharma : Ursula von der Leyen critiquée par sa famille politique pour s’être engagée à investir aux États-Unis

Des eurodéputés de tous bords accusent la présidente de la Commission d’avoir cédé aux intérêts américains et d’avoir outrepassé son mandat dans le cadre de l’accord commercial récemment conclu avec Donald Trump, notamment dans le domaine pharmaceutique.

EURACTIV.com
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Les eurodéputés PPE Tomislav Sokol et Laurent Castillo. [Parlement européen 2025]

Le président américain Donald Trump avait indiqué dimanche 27 juillet que les produits pharmaceutiques, jusqu’ici exemptés de droits de douane grâce à un accord de 1994 de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), ne bénéficieront pas de traitement particulier dans le cadre du nouvel accord commercial conclu entre Bruxelles et Washington.

De son côté, Ursula von der Leyen avait semé la confusion en déclarant que les produits européens étaient inclus dans l’accord, laissant entendre qu’ils seraient soumis à des droits de douane de 15 %

Suite à ces déclarations, la Commission européenne a précisé lundi 28 juillet que les produits pharmaceutiques ne seraient pas soumis à des droits de douane pour l’instant, mais qu’un taux maximal de 15 % pourrait être appliqué si les résultats de l’enquête américaine sur la dépendance vis-à-vis des importations pharmaceutiques de l’UE recommandaient l’application de droits de douane.

Mais ces annonces ne parviennent pas à convaincre tout le monde, et même des députés européens du groupe politique d’Ursula von der Leyen, le Parti populaire européen (PPE, centre-droit), se montrent sceptiques.

« Pour être honnête, je ne vois pas en quoi cela constitue un accord. Pour qu’il y ait véritable accord, les deux parties doivent y gagner quelque chose, or ici, ce n’est le cas que d’une seule », déplore le législateur de centre-droit Tomislav Sokol.

S’adressant à Euractiv, il explique que l’approche d’Ursula von der Leyen pourrait encourager Donald Trump « à ne pas s’arrêter là ».

Son collègue français Laurent Castillo s’est montré encore plus critique, qualifiant l’accord de « véritable capitulation ». « Une fois de plus, Bruxelles négocie à genoux et affaiblit les nations européennes », fustige-t-il.

Le Français demande à la Commission de publier l’intégralité des annexes de l’accord relatives aux produits de santé afin que le Parlement européen puisse procéder à une analyse d’impact.

L’eurodéputé PPE grec Dimitris Tsiodras appelle lui aussi à plus de transparence sur « le contenu exact et la mise en œuvre de l’accord » et reprend l’appel de Laurent Castillo en faveur d’une analyse d’impact détaillée.

« Les déclarations divergentes des présidents von der Leyen et Trump concernant l’imposition de droits de douane de 15 % sur certains médicaments, ainsi que l’absence de calendrier concret, soulèvent naturellement des questions », affirme Dimitris Tsiodras à Euractiv.

Au-delà des droits de douane, la Commission est également sous le feu des critiques pour sa promesse d’investir 600 milliards d’euros de l’UE aux Etats-Unis, annoncé dans le cadre de l’accord.

« Je ne vois pas ce que ces investissements sont censés représenter, puisque la Commission n’a pas pour mandat de parler au nom des entreprises privées ni d’influencer leurs décisions d’investissement », note Tomislav Sokol.

Laurent Castillo partage cette préoccupation, avertissant que l’accord « soulève de sérieuses inquiétudes pour notre santé et notre souveraineté industrielle ».

Les critiques ne se limitent pas aux seules rangs du PPE. Des députés des groupes libéraux Renew et du groupe des Socialistes et Démocrates européens (S&D) ont également fait part de leurs préoccupations.

« Cela semble déséquilibré et ne donne pas l’impression que nous avons obtenu ce que nous voulions », déclare la législatrice Renew Stine Bosse, qui espérait plus de clarté pour l’industrie, compte tenu notamment des signaux contradictoires envoyés par le président américain ces derniers mois sur le secteur pharmaceutique.

Certains socialistes ont adopté une position plus modérée. Des membres du groupe S&D font notamment remarquer que si un droit de douane de 15 % est imposé, il serait toujours « inférieur aux 50 % » précédemment brandis par Washington.

L’eurodéputé S&D grec Nikos Papandreou voit quant à lui la victoire des États-Unis sur le volet des investissements comme une défaite politique pour l’UE, même si « économiquement, c’est mieux que ce qui aurait pu arriver » sans accord.

Les produits pharmaceutiques sont les produits les plus exportés depuis l’Europe vers les États-Unis, pour près de 120 milliards d’euros en 2024 (22,5 % du total des biens exportés), selon les données d’Eurostat.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]