Pfizergate : la Commission a laissé disparaître les SMS entre Ursula von der Leyen et Albert Bourla
Dans une lettre au New York Times, la Commission explique avoir laissé disparaître les SMS échangés entre sa présidente, Ursula von der Leyen, et le PDG de Pfizer, Albert Bourla, lors des négociations sur les vaccins contre la Covid.
Ces messages, qui sont au cœur du scandale du « Pfizergate », ont été échangés début 2021 entre la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, et le PDG de Pfizer, Albert Bourla, lors des négociations sur le plus important contrat pour l’achat de vaccins conclu par l’Union européenne.
Le New York Times demande l’accès à ces messages depuis 2022 et a remporté sa bataille juridique contre la Commission, qui refusait de les divulguer. Dans sa réponse au journal, envoyée le 28 juillet, la Commission maintient pourtant son refus de les communiquer.
Selon la lettre envoyée, le chef de cabinet d’Ursula von der Leyen, Björn Seibert, aurait lu les messages « au cours de l’été 2021 » sur le téléphone de la présidente et aurait décidé de ne pas les archiver de sorte qu’ils auraient pu être accessibles au public. Il a estimé que ces messages étaient uniquement destinés à planifier des appels pendant la pandémie.
Cette décision intervient pourtant peu de temps après une première demande formelle d’accès à ces messages, déposée dès mai 2021 par le journaliste Alexander Fanta. La Commission avait alors été invitée à faire preuve de transparence.
Toujours selon la lettre, les SMS auraient disparu depuis au moins juillet 2023. Le téléphone de la présidente a été « remplacé plusieurs fois », sans que les données ne soient sauvegardées. Les anciens appareils ont été réinitialisés et recyclés, rendant toute récupération des messages impossible.
Manque de transparence
Le scandale dépasse la simple question des SMS. C’est l’opacité entourant l’ensemble des négociations entre l’UE et Pfizer qui est en cause. Les détails des conditions financières ou du processus de discussion restent largement inaccessibles au public.
La justice européenne elle-même a critiqué cette opacité. Dans un arrêt rendu en mai 2025, les juges du Tribunal ont souligné que la Commission devait fournir des « explications plausibles permettant de déterminer les raisons d’une telle inexistence ou non-possession » des documents, compte tenu notamment de l’ampleur du contrat.
La Commission n’a pas fait appel de cette décision. Elle semble plutôt chercher à renforcer son argumentaire juridique pour continuer à refuser la publication des messages.
Le New York Times pourrait contester à nouveau la décision de la Commission devant les tribunaux et attendre encore quelques années pour voir si les juges la remettent en cause.
En attendant, les SMS restent introuvables — et, interrogée par Euractiv, la Commission n’a pas souhaité commenter davantage l’affaire.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]