Pétrole : la ministre de l'écologie évincée, la France sous le feu des critiques

Le nouveau gouvernement socialiste français a été accusé de céder aux lobbies des grandes entreprises et de l'énergie. La ministre de l'écologie a été démise de ses fonctions après avoir ordonné le gel des opérations internationales d'exploration pétrolière au large des côtes de la Guyane française.

EURACTIV.fr
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Le nouveau gouvernement socialiste français a été accusé de céder aux lobbies des grandes entreprises et de l'énergie. La ministre de l'écologie a été démise de ses fonctions après avoir ordonné le gel des opérations internationales d'exploration pétrolière au large des côtes de la Guyane française.

Le géant européen du pétrole Shell et ses partenaires, dont Total, ont reçu le feu vert pour commencer les forages dans quatre sites au large de la Guyane française, un département d'outre-mer situé sur la côte nord-est de l'Amérique du Sud.

Leurs projets de longue date ont pourtant failli tomber à l'eau au début du mois, lorsque Nicole Bricq, fraîchement élue ministre française de l'écologie, avait annoncé la suspension des permis de forage. Selon Mme Bricq, le projet de Shell ne tenait pas assez compte des problèmes environnementaux. Dans un communiqué conjoint avec Arnaud Montebourg, le ministre français du redressement productif, elle a déclaré : « On est très attachés à la protection de la faune marine et de l'environnement, et nous n'avons aucune garantie quant à ça. »

Mme Bricq avait alors indiqué que le nouveau gouvernement de François Hollande souhaitait réformer le code minier hérité de la période napoléonienne et qui gouverne les questions de forage pétrolier. Elle mettait en avant le fait que les réformes précédentes ne prenaient pas vraiment en considération l'aspect environnemental.

La décision de Mme Bricq de suspendre les permis de forage a reçu le soutien des organisations de défense de l'environnement, mais elle a pris par surprise les compagnies pétrolières qui devaient commencer leurs activités d'exploration cette semaine. Certains fonctionnaires guyanais ont également fustigé cette suspension, expliquant que les revenus tirés de cette opération pourraient permettre de lutter contre la pauvreté dans cette région mise à mal par un taux de chômage élevé et des infrastructures insuffisantes.

Mme Bricq, qui a participé au Sommet de la Terre de Rio+20, a été démise de ses fonctions la semaine dernière lors du remaniement du gouvernement. Elle prendra finalement la tête du ministère du commerce extérieur. Le gouvernement est ensuite revenu sur la décision de suspendre les permis de forage et a donné son feu vert à l'exploration pétrolière en Guyane.

Nathalie Kosciusko-Morizet, membre du parti de droite de l'UMP et ancienne ministre de l'écologie sous Nicolas Sarkozy, a déclaré que le gouvernement socialiste avait « cédé à la pression des pétroliers ». Dans le même temps, le quotidien Le Monde a publié en couverture un article expliquant que cette situation remettait en cause l'engagement de M. Hollande vis-à-vis de l'environnement et prouvait qu'il accordait plus d'importance à la relance de l'industrie française, à l'emploi et au sauvetage de l'euro qu'à l'environnement.

Le parti vert français, EELV, qui doit ses bons résultats aux élections législatives à un accord passé avec les socialistes, a été surpris par l'éviction de Mme Bricq. Le nouveau dirigeant du parti, Pascal Durand, a déclaré ce week-end : « Je ne sais pas si [Mme Bricq] est vraiment partie à cause du forage en Guyane. Si c'est le cas, c'est très grave, c'est un très mauvais signal que ce gouvernement enverrait à l'écologie et même en général à la société ».

Cécile Duflot, ancien chef de file des Verts, est l'un des deux ministres verts du gouvernement de M. Hollande. Elle a tenté de minimiser cette affaire en déclarant ce week-end que Nicole Bricq avait affirmé qu'elle considérait sa mutation comme une promotion. Il n'y a aucun lien entre l'affaire des forages et le changement de poste de Mme Bricq, a estimé Mme Duflot.