Pénurie d’antibiotiques : pas de quoi s’alarmer, selon la Commission européenne

La pénurie actuelle d’antibiotiques est très alarmante pour l’UE, mais ne nécessite pas de mesures spéciales car les États membres disposent d’alternatives pour y faire face, explique la « numéro deux » de la politique de santé de la Commission.

Euractiv.com
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Selon la directrice générale des services de santé de la Commission européenne (DG SANTE), Sandra Gallina, la situation en Europe n’est pas dramatique. [<a href="https://multimedia.europarl.europa.eu/en/photo/covi-special-committee-lessons-learned-and-recommendations-forthe-future-exchange-of-views-with-sandra-gallina-director-general-for-health-and-food-safety-european-commission_20220830_EP-135430A_EGO_164" target="_blank" rel="noopener">[European Parliament]</a>]

La pénurie actuelle d’antibiotiques reste très alarmante pour l’UE, mais ne nécessite pas de mesures spéciales car les États membres disposent d’alternatives pour y faire face, explique la « numéro deux » de la politique de santé de la Commission.

Les pénuries de certains médicaments, et en particulier d’antibiotiques à usage pédiatrique, causent de sérieux maux de tête aux gouvernements de l’UE et à leurs organismes de règlementation.

Récemment, la demande d’amoxicilline, un antibiotique utilisé pour traiter les infections bactériennes, a nettement augmenté en raison d’une recrudescence des cas de virus respiratoires combinés à la persistance des infections à la Covid-19.

Toutefois, selon la directrice générale des services de santé de la Commission européenne (DG SANTE), Sandra Gallina, la situation en Europe n’est pas dramatique, contrairement aux informations souvent relayées.

« Permettez-moi de démystifier un peu l’idée qu’il y a une énorme pénurie », a-t-elle déclaré aux eurodéputés de la commission de l’environnement et de la santé du Parlement européen (ENVI), lundi soir (23 janvier).

Elle a ajouté qu’il est encore possible, au stade actuel de la pénurie, de pallier le manque de certains médicaments en recourant à d’autres options. Elle a souligné que l’Agence européenne des médicaments (EMA) et la Commission offrent une flexibilité règlementaire aux États membres afin de permettre l’utilisation de différentes préparations pour remplacer les médicaments en rupture de stock.

« Nous devons le dire pour que les gens ne soient pas complètement désemparés », a-t-elle poursuivi. Elle a toutefois reconnu que pour les patients, il est déjà « très angoissant de ne pas trouver le médicament qu’on s’attend à trouver ».

Cependant, certains eurodéputés ont critiqué la nouvelle approche de la Commission en la matière. « Je ne pense pas que nous devrions donner l’impression que tout va bien. Les gens se battent pour avoir accès aux médicaments, et il n’y a pas d’alternatives en place », a répondu l’eurodéputé socialiste allemand Tiemo Wölken.

De même, le démocrate-chrétien allemand Peter Liese a évoqué sa propre expérience en pédiatrie avant de devenir député européen, affirmant que l’hôpital dans lequel il travaillait avait récemment tiré la sonnette d’alarme concernant le manque d’antibiotiques disponibles.

« Ils m’ont dit que c’était le Noël le plus horrible qu’ils aient jamais eu. Et ce n’était pas dû à la Covid-19 : c’était dû au VRS [virus respiratoire syncytial] », a-t-il déclaré.

Des options coûteuses

Dans un communiqué publié vendredi (20 janvier), l’EMA a déclaré que les pénuries de médicaments constituent un problème de santé publique permanent et que la situation dans l’UE a été exacerbée par des événements ou tendances géopolitiques tels que la guerre en Ukraine, la crise énergétique et les taux d’inflation élevés.

En particulier, certaines préparations médicales pédiatriques ne sont plus disponibles en Europe en raison d’une explosion des infections respiratoires chez les enfants en très bas âge, probablement liée à la réduction de la circulation des virus respiratoires au cours des trois dernières années, conséquence des confinements liés à la pandémie.

Pour Mme Gallina, la cause première est « un mauvais calcul de la demande » de la part des entreprises pharmaceutiques, qui n’ont pas anticipé une augmentation simultanée des infections respiratoires en Europe, aux États-Unis et en Amérique latine.

« La production d’antibiotiques ne se fait pas en claquant des doigts, il faut au moins 45 jours », a-t-elle expliqué, ajoutant qu’il est important de prendre conscience que cette crise de la demande d’amoxicilline est également liée à des décisions prises par les industries.

Au cours de l’audition, certains eurodéputés ont suggéré à la Commission d’envisager d’activer le mécanisme de réponse commune aux crises d’approvisionnement en médicaments de l’UE, dont les règles ont été récemment améliorées en vue d’une meilleure sécurité d’approvisionnement.

Mme Gallina a répondu que cela reste une solution, mais qu’elle n’est pas optimale puisque la pénurie a déjà commencé.

« Il aurait fallu procéder à des achats communs bien avant, car maintenant vous allez acheter au prix le plus élevé », a-t-elle déclaré, ajoutant que le caractère abordable des médicaments est également un élément important des questions d’approvisionnement.

D’autres eurodéputés ont évoqué la possibilité de recourir au mandat récemment étendu de l’EMA, qui peut être activé en cas d’« événements majeurs » liés à des pénuries.

Mais même cette possibilité ne semble pas viable pour la directrice générale de la DG SANTE. « S’il existe des alternatives — et dans ce cas, il y en a, nous ne pouvons pas nous rabattre sur un événement majeur, car cela déclenche toute une série d’éléments, y compris l’augmentation des prix », a-t-elle conclu.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]