Passe d’armes entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen sur le choix du futur commissaire français à Bruxelles
La leader du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, a répété vendredi matin (28 juin) qu'il revenait à son parti de choisir le futur commissaire européen français, montrant ainsi les muscles face au président de la République, soucieux de reconduire Thierry Breton.
La leader du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, a répété vendredi matin (28 juin) qu’il revenait à son parti de choisir le futur commissaire européen français, montrant ainsi les muscles face au président de la République, soucieux de reconduire Thierry Breton.
« C’est mon souhait et je pense qu’il a l’expérience et les qualités pour », a déclaré vendredi matin le président français, qui souhaite que Thierry Breton soit reconduit comme commissaire français à Bruxelles.
Invitée à commenter les propos d’Emmanuel Macron tenus à la sortie du Conseil européen qui se tient les 27 et 28 juin, Marine Le Pen semble décidée à en découdre avec le chef de l’État.
« Emmanuel Macron se projette dans une victoire qu’il ne peut pas obtenir, donc il ne pourra pas nommer monsieur Breton », a-t-elle déclaré vendredi matin sur le plateau de Cnews.
Selon elle, si le président du RN, Jordan Bardella, devient Premier ministre à l’issue des élections législatives des 30 juin et 7 juillet, ce dernier aura son mot à dire pour la nomination du commissaire français.
Pratique constitutionnelle
« Il est de la prérogative du Premier ministre de nommer le commissaire européen », avance Marine Le Pen, qui semble méconnaître les pratiques constitutionnelles en la matière.
« La pratique veut que cela soit le président de la République qui décide. Dans certains pays, il y a une validation parlementaire », explique Sébastien Maillard, politologue et ancien directeur de l’Institut Jacques Delors, dans les colonnes de Public Sénat.
En d’autres termes, la Constitution française n’est pas catégorique, mais sous la Ve République, le président s’est toujours arrogé le pouvoir de représenter le pays sur la scène internationale, incluant le bloc européen.
La France ne s’est cependant jamais retrouvée à devoir nommer un seul commissaire en période de cohabitation. En 1999, les autorités françaises avaient eu à désigner deux commissaires. Le président et le Premier ministre de l’époque, feu Jacques Chirac et Lionel Jospin, avaient donc coché un nom chacun.
Fabrice Leggeri se propose
Jordan Bardella a expliqué lundi (24 juin) que le RN réfléchissait à « différents profils », sans être plus précis, sauf à évoquer la nécessité de défendre les intérêts français, notamment en matière d’énergie.
Le RN lorgne-t-il alors sur un poste de commissaire aux questions énergétiques ? Thierry Breton est pour l’heure commissaire au Marché intérieur, un poste important en matière d’industrie et de numérique, et hautement stratégique pour la prochaine mandature.
Fabrice Leggeri, fraîchement élu sous les couleurs du parti à la flamme, se sent de son côté en mesure de représenter la France au sein du collège européen.
« Je pense que j’ai une expérience et des qualifications qui dépassent celles d’un haut fonctionnaire ou d’un homme politique moyen », a déclaré jeudi (26 juin) à Politico l’ancien directeur de l’agence des garde-côtes et gardes-frontières européens (Frontex).
Le choix des parlementaires
Entre pratiques constitutionnelles et équilibres politiques, le choix du futur commissaire français pourrait tourner au combat de boxe.
« La France proposera un nom de commissaire à la présidente de la Commission en temps voulu », a expliqué le président de la République.
Jeudi soir (27 juin), les États membres ont désigné Ursula von der Leyen pour prendre la tête de la Commission européenne. L’actuelle présidente doit encore recueillir le vote des députés européens le 19 juillet prochain.
Ensuite seulement pourra-t-elle constituer son collège de 27 commissaires.
Emmanuel Macron « pourra faire valoir qu’un candidat macroniste aurait à la fois plus de chance de se voir attribuer un portefeuille d’envergure par Ursula von der Leyen, et plus de chance de passer le filtre du Parlement [européen]. Ou bien, de manière plus politicienne, il pourrait choisir de laisser le candidat du [futur] Premier ministre s’y brûler les ailes », s’essaye Sébastien Maillard.
Les commissaires devront ensuite se présenter devant des auditions, et ces dernières pourraient s’étaler jusqu’à la fin de l’année. Un examen qui est loin d’être une formalité : en 2019, l’ancienne ministre des Armées Sylvie Goulard, avait reçu un avis défavorable, obligeant la France à se rabattre sur Thierry Breton.