Pas de remède miracle contre l'abominable crise, selon des analystes
Après des mois de tergiversation sur la manière d'enrayer la crise de la dette dans la zone euro, les dirigeants européens devront ressortir du sommet de cette semaine avec une vision à long terme, mais aussi des actions à court terme pour soulager la monnaie unique, affirment des analystes interviewés par EURACTIV.
Après des mois de tergiversation sur la manière d'enrayer la crise de la dette dans la zone euro, les dirigeants européens devront ressortir du sommet de cette semaine avec une vision à long terme, mais aussi des actions à court terme pour soulager la monnaie unique, affirment des analystes interviewés par EURACTIV.
Les dirigeants européens sont confrontés à une crise abominable qui s'est amplifiée, même si les leader français et allemand se sont accordés sur une série de mesures qui devrait préparer le terrain pour le sommet du 8 et 9 décembre à Bruxelles.
L'annonce de cet accord franco-allemand a été éclipsée par des signaux indiquant que les premières économies de la zone euro pourraient voir leur notation de crédit abaissée.
La conclusion d'un accord sur le renforcement de la discipline budgétaire en Europe représenterait un pas en avant, mais serait sans doute insuffisante. « La solution reposerait sur l'annonce d'un fonds de sauvetage bien plus important », a déclaré Uri Dadush, ancien directeur du commerce extérieur à la Banque mondiale, et actuellement à la tête du Carnegie International Economics Programme à Washington.
Il a recommandé aux dirigeants de l'UE de renforcer le Fonds monétaire international et le fonds de sauvetage de la zone euro, le Fonds européen de stabilité financière (FESF), à hauteur de 1500 milliards d'euros afin de créer un « pare-feu » pour protéger les finances chancelantes de l'Italie et de l'Espagne. Le fonds de sauvetage initial s'élevait à 440 milliards d'euros.
« Nous courons un grand risque », a déclaré à EURACTIV M. Dadush. « Cela s'explique en partie par le fait que ce n’est pas seulement une question de volonté politique. Je crois que l'on insiste trop sur l'aspect politique. Il est important, bien sûr, mais la crise est d'abord économique, et les sommes d'argent en jeu sont tellement énormes que même avec une volonté politique forte, résoudre cette crise demandera des efforts exceptionnels de la part l'UE et du FMI. »
« Cette crise est abominable, et elle le serait même avec une politique commune », a affirmé l'économiste français.
L'alliance franco-allemande
Le projet des leaders français et allemand de renforcer la coordination budgétaire et de sanctionner les pays qui enfreindraient les règles sur le budget devrait dominer les débats lors du sommet de l'UE. Cette réunion se déroulera presque sept semaines après les rencontres répétées des dirigeants européens, réunis pour définir une « solution globale » dans un contexte de crise financière et politique en Grèce et en Italie.
Le plan franco-allemand reflète les inquiétudes de l'Allemagne quant à l'augmentation du pouvoir de la Banque centrale européenne, ainsi que la position commune des deux pays contre l'émission d'euro-obligations qui mettraient à contribution la solvabilité de l'Allemagne et de quelques autres pays stables pour assister les économies en difficulté au sein de la zone euro.
Selon Benedicta Marzinotto, membre du groupe de réflexion bruxellois Bruegel, les dirigeants européens des pays forts devraient surmonter leurs différends et envoyer un « message clair » à l'issue de ce sommet.
« Ils devraient élaborer un plan clair et concis pour l'union budgétaire, et parvenir à un consensus sur l'assistance possible de la BCE dans ce processus de transition jusqu'à ce qu'un système de mutualisation de la dette soit décidé », a-t-elle déclaré.
D'autres acteurs européens souhaitent pourtant voir le rôle de la Banque centrale renforcé.
Simon Tilford, l'économiste en chef du Centre pour la réforme européenne à Londres, a écrit que la décision de l'Allemagne de mettre la BCE à l'écart portait préjudice à la reprise économique. Il pense qu'en échange de normes budgétaires plus strictes et de sanctions contre les pays qui ne les respecteraient pas (les décisions au cœur de l'accord franco-allemand), « l'Allemagne devrait cesser de s'opposer au rôle de prêteur en dernier ressort de la BCE, et consentir à une évolution progressive vers la mutualisation de la dette ».
Le prix Nobel d'économie Christopher Sims a déclaré à Reuters que la zone euro avait besoin de ses propres obligations émises conjointement, ainsi que d'une taxe commune pour soutenir ces obligations.
« L'intégration budgétaire doit impliquer plus qu'une simple discipline budgétaire. Laisser l'autorité centrale dire aux pays qu'ils doivent progresser, augmenter les impôts et diminuer les dépenses n'est pas suffisant », a affirmé le professeur de l'université de Princeton, apportant relayant ainsi l'avis des spécialistes en marchés financiers.
Angela Merkel est sous pression
Dans le même temps, mécontents de la façon dont Angela Merkel gère la crise de la zone euro, l'opposition sociale démocrate a adopté une résolution réclamant une « alliance du renouveau européen », favorable à « une Europe sociale plus forte », et proposant des solutions pour la zone euro, a rapporté EURACTIV Allemagne.
Un manifeste de trois groupes de réflexion bruxellois (le Français Confrontations Europe, l'Allemand Bertelsmann Stiftung et l'Italien Fondazione Astrid) exhorte les dirigeants européens à prendre en compte les besoins des citoyens en créant une Europe forte et intégrée, selon un article d'EURACTIV France.
Même si les dirigeants européens s'accordent sur des révisions du traité en faveur d'une discipline budgétaire plus stricte et d'une union budgétaire plus étroite pour les pays de la zone euro, la crise ne sera pas réglée à court terme.
« Je pense qu'en fin de compte, ils devront augmenter la puissance de feu du [FESF] et du FMI, c'est une question ouverte », a déclaré M. Dadush. « Et sur le long terme, il faudra progresser sur la voie de l'union budgétaire et des euro-obligations. »
Selon lui, l'Allemagne finira par accepter le renforcement du fonds de sauvetage et les émissions d'euro-obligations. « Il est très peu probable que l'Allemagne choisisse ces options pour l'instant. Cependant, même si les Allemands ont montré une volonté de fer, nous finirons par trouver des compromis. »