Pas de réel dispositif européen contre la sécheresse

Nous ne sommes qu’au printemps, mais déjà les réserves d’eau sont au plus bas dans une vingtaine de départements français. Si la situation perdure, que pourra faire l’Union européenne ?

EURACTIV.fr
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Nous ne sommes qu’au printemps, mais déjà les réserves d’eau sont au plus bas dans une vingtaine de départements français. Si la situation perdure, que pourra faire l’Union européenne ?

L’agriculture est la politique la plus intégrée au niveau européen. Rien ne se décide sans de longues négociations entre l’UE et les gouvernements des 27. La prochaine réforme de la politique agricole commune (PAC) ou les manifestations d’agriculteurs directement à Bruxelles en sont de bons exemples. 

Si la sécheresse se confirme, il faudra bien prendre des mesures pour venir en aide aux éleveurs et céréaliers.  

La Commission attentive 

Interrogée par Euractiv.fr, la Commission européenne a déclaré « suivre la situation de près », même si encore rien de concret n’a été décidé. « Nous ne disposons pas d’outils nous permettant d’intervenir directement. Notre principale arme, c’est la flexibilité que nous pouvons accorder aux gouvernements nationaux » en validant certaines dérogations aux règles de la PAC. 

Le ministre de l’Agriculture français, Bruno Le Maire l’a bien compris et a déjà autorisé les agriculteurs de l’Hexagone à utiliser leur jachère pour l’affouragement des animaux. C’est normalement est interdit sauf circonstances exceptionnelles.

La Commission ne s’est pas opposée : « Nous considérons cette décision comme bonne. Les autorités françaises n’ont eu qu’à nous envoyer une notification de leur décision que nous avons avalisée ». 

Nouvel ordre du jour

Bruno Le Maire ne compte pas en rester là. Jeudi 12 mai, il a demandé que la présidence hongroise de l’UE rajoute un débat sur la situation actuelle à l’ordre du jour de la réunion des ministres européens de l’agriculture, prévue le 16 mai à Bruxelles.

Parmi ses requêtes, le versement anticipé de certaines primes et l’assouplissement de contraintes agro-environnementales imposées par l’UE. Une fois ces mesures approuvées, les États interviennent directement et de façon autonome.  Ces leviers avaient été utilisés lors de la sécheresse en 2003. 

Agir avec prudence 

A l’époque la Commission européenne avait été jusqu’à autoriser le versement d’aides nationales pour financer le transport de fourrage. Le stade ultime en cas de crise agricole au niveau européen serait la mise en place d’un plan exceptionnel d’aides.

« Nous en sommes encore loin précise Thierry Fellmann, sous directeur de l’Assemblée Permanente des Chambres d’Agriculture (ACPA), même si la dimension européenne de la pénurie d’eau est réelle, touchant l’ensemble de l’Europe du Nord-Ouest ». 

Les décisions ne doivent toutefois pas être prises dans la précipitation. « A l’heure actuelle, c’est la situation est délicate car si les responsables politiques doivent prendre les devants, il ne faut pas non plus favoriser la spéculation sur une pénurie possible à venir. En 2003, l’aide au fourrage avait provoqué une envolée des prix »commente Thierry Fellmann.

Pour suivre la situation au plus près, la France s’est dotée d’un « comité sécheresse » qui se réunira toutes les semaines.

Voir plus loin 

Les sécheresses démontrent l’importance de l’approvisionnement en eau dans toute politique agricole. La thématique est pourtant largement absente des discussions actuelles autour de la réforme de la PAC.

« Les débats ne traitent que des sujets à la mode comme le verdissement. Mais rien sur des questions existentielles comme l’approvisionnement en eau, » considère Nicolas-Jean Bréhon, économiste auprès de la Fondation Schuman. 

« Le ministre roumain de l’Agriculture a bien essayé, mais sans réellement réussir à attirer l’attention de ses partenaires alors que tout le sud de l’Europe est concerné. Depuis plusieurs années, nous nous sommes concentrés sur l’aide aux revenus des agriculteurs, en négligeant la production. Si rien ne change, cette réforme se profile comme un loupé à venir ». 

Si la situation continue de se dégrader, elle pourrait ainsi infléchir le débat sur l’avenir sur la PAC, qui pour le moment, se limite à des considérations budgétaires