Pas de "pilote automatique" pour l'adhésion de la Turquie [FR]

Alors que les principaux pays européens plaident pour des alternatives à une adhésion pleine et entière de la Turquie, le commissaire à l’Elargissement Olli Rehn a dit la semaine dernière au premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan qu’Ankara devrait accélérer ses réformes pendant son processus d’adhésion, au lieu d’entretenir des attentes irréalistes.

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Alors que les principaux pays européens plaident pour des alternatives à une adhésion pleine et entière de la Turquie, le commissaire à l’Elargissement Olli Rehn a dit la semaine dernière au premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan qu’Ankara devrait accélérer ses réformes pendant son processus d’adhésion, au lieu d’entretenir des attentes irréalistes.

Personne ne devrait se faire d’illusion : il n’y a pas de pilote automatique dans les négociations d’adhésion, a déclaré M. Rehn. Chaque pas en avant implique un travail laborieux et d’intenses préparations pour les candidats à l’adhésion européenne, a déclaré M. Rehn, s’exprimant lors d’un forum organisé à Bruxelles vendredi (26 juin).

Le commissaire à l’Elargissement a reconnu les progrès réalisés par la Turquie dans le processus d’adhésion, mais il a souligné que, depuis six mois, de telles avancées n’avaient pas été visibles.

Il a souligné le besoin pressant de réformer le cadre constitutionnel et juridique gouvernant la liquidation des partis politiques, ainsi que la garantie de la liberté d’expression et l’indépendance et le pluralisme des médias.

De récents rapports de la Commission européenne et du Parlement mettent en garde contre un ralentissement continu du rythme des réformes en Turquie (EURACTIV 12/02/09).

Cependant, M. Erdogan a rejeté l’idée selon laquelle son pays n’avait pas fait assez d’efforts pour respecter les critères d’adhésion, considérant plutôt que l’UE maintenait des doubles standards pour son pays comparé aux autres candidats. Il a qualifié la situation d’anormale et a critiqué vertement la rhétorique anti-turque lors des débats des élections européennes.

Certains responsables politiques à l’esprit étriqué se sont servis de la Turquie comme d’une cible lors des élections européennes. Cela est injuste et très populiste, a-t-il déclaré, s’exprimant à la presse via un traducteur.

M. Erdogan a également rejeté avec force les ébauches d’alternatives possibles à l’adhésion de son pays à l’UE. Il n’y a pas de partenariat privilégié de ce type. Notre objectif est une adhésion pleine et entière, a-t-il encore expliqué.

Jusqu’au-bout sur Chypre

Dans son discours, M. Rehn a appelé à s’inspirer du 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin pour mettre un terme à la division de Chypre : une autre opportunité historique.

Mais le premier ministre turc a déclaré que la vision européenne d’un rendez-vous final en 2009 pour faire aboutir les discussions était erronée. Il a clairement exprimé le fait que son pays n’endosserait pas la responsabilité de l’impasse chypriote, et il a appelé à un engagement plus fort de l’UE dans les pourparlers actuels de réunification, sous la surveillance d’Alexander Downer, conseiller spécial sur Chypre de l’ONU et ancien ministre des Affaires étrangères australien.

Un optimisme tempéré sur Nabucco

M. Erdogan a expliqué être optimiste concernant une cérémonie de signature du projet phare de pipeline européen en juillet, censé réduire la dépendance de l’UE au gaz russe. Récemment, Ankara a signalé qu’elle aiderait à mettre en avant Nabucco au détriment du projet rival russe South Stream (EURACTIV 29/05/09).

Cependant, il a averti que certaines questions restaient en suspens au regard du projet, alors que plusieurs étapes importantes n’ont pas été prises et que le gaz prévu n’était selon lui pas suffisant – 15 milliards de mètres cubes, moins de la moitié de la capacité totale de 31 Mmc. Il a ajouté qu’il espérait que la cérémonie de signature de juillet proposerait au moins une feuille de route pour le commencement de la construction.