Partie de campagne 1/6 : Yannick Jadot, ou l’influence de l’Europe dans la vie quotidienne
Cette semaine débute notre série «Partie de campagne». Reportages ou entretiens : EURACTIV.fr a suivi six têtes de listes de différents partis français présents aux élections européennes. Yannick Jadot (Europe écologie) ouvre le bal.
Cette semaine débute notre série «Partie de campagne». Reportages ou entretiens : EURACTIV.fr a suivi six têtes de listes de différents partis français présents aux élections européennes. Yannick Jadot (Europe écologie) ouvre le bal.
Posté devant un projet de panneaux photovoltaïques. L’ancien directeur des campagnes de Greenpeace-France, tête de liste dans l’ouest d’Europe Ecologie, Yannick Jadot, entame ainsi sa journée de campagne à Poitiers, vendredi 17 avril. Saisissant l’occasion de la présentation de ce projet solaire, notamment financé par l’UE, il détaille l’importance de l’Europe dans les politiques énergétiques. «Nous voulons créer une communauté européenne de l’énergie renouvelable et de l’efficacité énergétique», explique-t-il en reprenant l’une des phrases-clés du programme de son parti.
Cinq jours par semaine depuis le 22 janvier, le candidat découvre l’euro-région Ouest. Avec, autour de lui, une équipe de trois personnes chargées de l’emmener sur des sites « litigieux ». En clair, des lieux qui lui permettent de montrer l’importance de l’échelon européen dans le débat.
Après une interview matinale sur France 3 Poitou-Charentes, les visites de terrain ont donc commencé, avec une installation de panneaux photovoltaïques. Financé à hauteur d’un tiers par le Fonds européen de développement régional (FEDER), ce projet de la région permet de fournir l’équivalent de la consommation annuelle en énergie de six familles.
« Mais personne ne sait que l’Europe finance ces projets. Tout le monde pense que c’est une initiative régionale », commente Robert Rochaud, adjoint au maire de Poitiers et coordinateur de la campagne d’Europe Ecologie. «Le lien entre les initiatives locales et l’échelon européen n’est pas facile à faire, notamment parce que le député européen est attaché à une circonscription trop grande pour pouvoir être proche des citoyens», renchérit Yannick Jadot pourtant totalement opposé au cumul des mandats locaux et européens. Il compte d’ailleurs bien être député européen à plein temps, s’il est élu.
Entré en politique non pas «juste pour gérer le système européen tel qu’il est mais faire changer les choses», Yannick Jadot, a largement contribué à créer Europe écologie. Après la mise en place de l’Alliance pour la planète, à l’occasion de la présidentielle de 2007 et le Grenelle de l’environnement, dont l’idée vient à l’origine des ONG de protection de l’environnement, il décide avec Jean-Paul Besset (proche de Nicolas Hulot) et Sandrine Bélier (ex-France Nature Environnement) de se lancer en politique «parce que le maillon faible en matière d’environnement est la prise de décision politique. Et puis une partie de l’électorat avait du mal à se retrouver dans le vote vert, donc il fallait trouver une dynamique à l’écologie.»
Parachuté
Yannick Jadot s’est ainsi retrouvé tête de liste dans le Grand Ouest, un territoire avec lequel il n’a pourtant aucune attache. Un détail qu’il n’aime d’ailleurs pas trop qu’on lui rappelle. Les huit euro-régions «dont tout le monde convient qu’elles sont ridicules» ont été créées par la loi Raffarin en 2004 pour «limiter la représentation des petits partis», lance-t-il en guise de réponse. Au Parlement européen, il veut «continuer à faire évoluer les politiques publiques dans le sens de l’intérêt général» au sein du groupe Verts au Parlement européen.
C’est avec une association qui milite contre l’installation d’un élevage intensif de porc sur la commune de Chauvigny (Vienne) que le candidat a rendez-vous en fin de matinée. Une cinquantaine de sympathisants de l’association citoyenne pour la protection de l’environnement (ACIPE) attendent Yannick Jadot sur les lieux de la future porcherie.
Leur combat : obliger le maire (UMP) de leur commune à empêcher l’installation de 18 500 cochons sur le site de Chantagey, labellisé « zone vulnérable aux nitrates ». Cette porcherie irait surtout «à l’encontre d’une vision de l’agriculture respectueuse de l’environnement et du bien être animal», selon les termes utilisés par les représentants de l’association.
Yannick Jadot n’a appris le problème de cette association que le matin même. Il trouve pourtant le ton pour apparaître concerné par leurs revendications. « J’ai dit sur France 3 qu’il fallait que le maire de Chauvigny revienne à la raison », explique-t-il avec des accents d’élu local habitué au discours politique. Militant pour la régulation des échanges agricoles et la lutte contre le productivisme, il associe l’installation de cette porcherie à la réforme de la politique agricole commune pour l’après-2013.
«Il faut faire en sorte que la réforme de la politique agricole commune n’incite plus à avoir des projets aussi malsains», lance-t-il, vêtu de son tee-shirt de l’ACIPE, remis par l’association un peu plus tôt.
Nouveau-né en politique, même s’il a appris à affronter des rapports de force dans ses précédentes fonctions, Yannick Jadot à tout sauf l’air d’un novice. «Vous voulez une réponse politique ou de vraies réponses ?», nous a-t-il lancé, goguenard, plusieurs fois dans la journée. Quand on lui demande dans quelle commission parlementaire il souhaiterait se retrouver il répond d’ailleurs : «Je ne me projette pas plus que ça. Le ratio dans l’Ouest est de 11%, ils ne sont pas là. Mais il est vrai que je me verrai plus porter les questions de conversion des modes de production.» En clair, il veut siéger à la commission Industrie du Parlement européen.
Plus tard dans la journée, le candidat d’Europe Ecologie rencontre des représentants d’associations de protection de l’environnement opposées à un projet de retenue de substitution, communément appelé «bassine», pour l’irrigation de la culture intensive de maïs. Ces projets consistent, pour les agriculteurs, à stocker l’eau en hiver, pour les utiliser en période déficitaire en été.
«Si nous respections la directive cadre sur l’eau…»
Assis autour d’une table dans la salle de classe de la commune de Roches-Prémarie (Vienne), élus et associations plaident pour une meilleure adéquation au sol de la culture du maïs, soulignent la fragilité des ressources en eau et la nécessité de ne pas réaliser ces retenues d’eau par pompage dans les nappes profondes. Ils dénoncent également l’absurdité de l’utilisation de l’argent public pour financer ces bassines, «qui ne concerneront que deux exploitations agricoles».
«Si nous respections la directive cadre sur l’eau (DCE), cette initiative ne verrait pas le jour.» Transposée en 2005 avec deux ans de retard, la DCE impose notamment aux États d’atteindre d’ici 2015 un bon état général tant pour les eaux souterraines que pour les eaux superficielles. Mais la France «n’atteindra pas ses objectifs», estime Yannick Jadot. Avant d’ajouter : «Si je suis élu, je ferai en sorte que la France applique la directive.» Pourtant, la mise en œuvre de la directive-cadre sur l’eau est aujourd’hui un problème national. Le rôle du député européen dans ce domaine ne peut donc être que limité.
« Très peu de gens font la différence entre l’UE, le Parlement européen, la Commission européenne, le Conseil », concède Yannick Jadot. De là à faire le lien avec les politiques adoptées par l’UE et appliquées en France et à comprendre les programmes des partis pour les européennes…
S’il dit trouver la campagne parfois difficile quand il s’agit de «répéter» ses idées avec la même conviction toute la journée, Yannick Jadot a la même verve quand il s’agit de condamner «l’indécence» du Parti socialiste qui pense à la présidentielle de 2012 ou de l’UMP qui « ne fait pas campagne parce que cela coûte trop cher ». «L’Europe, c’est la solution maintenant, pas à 10 ou 20 ans. Elle est l’échelon pertinent pour sortir des crises mais aussi pour changer nos vies.»
Mercredi 13 mai, retrouvez le deuxième volet de notre série «Partie de campagne» avec une interview de Christophe Béchu (UMP).