Parlement : report du vote sur M. Barroso [FR]

Le Parlement européen ne va pas voter sur la reconduction de José Manuel Barroso en tant que président de la Commission à la séance plénière de juillet, a-t-on appris hier (1er juillet) ; les libéraux et les socialistes ont convenu d'attendre jusqu’au second référendum irlandais de cet automne sur le traité de Lisbonne.

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Le Parlement européen ne va pas voter sur la reconduction de José Manuel Barroso en tant que président de la Commission à la séance plénière de juillet, a-t-on appris hier (1er juillet) ; les libéraux et les socialistes ont convenu d’attendre jusqu’au second référendum irlandais de cet automne sur le traité de Lisbonne.

Guy Verhofstadt, nouveau dirigeant de l’Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe (ADLE), a déclaré que son groupe s’opposerait à la tenue d’un vote sur la reconduction de M. Barroso lors de la session plénière d’ouverture du Parlement européen le 15 juillet (EURACTIV 25/06/09).

L’ancien premier ministre belge, qui a été élu mardi sans contestation dirigeant de l’ADLE, a affirmé que son groupe n’accepterait aucun calendrier imposé au Parlement, portant un coup au groupe de centre droit PPE et à la présidence suédoise qui poussaient pour une décision rapide concernant le nouveau président de la Commission.

Plus tôt, le groupe de Verts avait annoncé qu’il s’opposerait à un vote sur M. Barroso en juillet, rejoignant en cela les appels des Socialistes du 18 juin.

A moins d’un changement d’avis, il semble donc qu’il n’y aura pas de majorité pour inscrire le vote à l’agenda du Parlement lors de la rencontre des dirigeants des groupes politiques de l’assemblée qui doivent se réunir le 9 juillet pour discuter de cette question.

Les Socialistes crient victoire

Le dirigeant du groupe Martin Schulz a salué l’annonce de M. Verhofstadt, se félicitant d’avoir bloqué la reconduction accélérée du président de la Commission José Manuel Barroso.

Les ministres de l’UE, l’aile droite du Parlement et M. Barroso lui-même ont fait une grave erreur d’appréciation quand ils ont cru que le vote pourrait être expédié ce mois-ci, a déclaré M. Schultz dans un communiqué. Cette victoire montre clairement qu’ils ne peuvent pas prendre des décisions seuls dans ce Parlement. Ils ont besoin de notre soutien et de celui d’autres forces proeuropéennes, a ajouté M. Schultz.

Daniel Cohn-Bendit, le dirigeant du groupe des Verts, n’a rien dit de différent. Les Verts rappellent à la présidence suédoise qu’il n’y a pas de majorité au Parlement européen en faveur d’un vote rapide pour donner à M. Barroso un second mandat de président de la Commission, a-t-il déclaré. Pousser outre mesure pour que cette question soit sur la table en juillet constituerait un mauvais départ pour la présidence suédoise. Il ne doit pas y avoir de vote sur le président de la Commission avant que Lisbonne ne soit ratifié.

Rencontre des dirigeants des groupes politiques

Après la rencontre des dirigeants des groupes politiques le 9 juillet, chaque vote pèsera en fonction du nombre d’eurodéputés dans chaque groupe. Le groupe de centre droit PPE peut compter sur 264 votes, ainsi que sur le soutien du groupe anti-fédéraliste nouvellement formé (EURACTIV 23/06/09), qui réunit 56 membres. Mais ce total de 320 eurodéputés n’atteint pas la majorité simple de 368 eurodéputés nécessaires pour soutenir M. Barroso.

Un nombre record de 52 eurodéputés sur un nombre total de 83 de l’ADLE ont pris la parole durant leur réunion interne qui s’est tenu quelques heures auparavant, a déclaré M. Verhofstadt, ajoutant que cela ne préjugeait pas de la possibilité de parvenir à une position unanime.

Le résultat des courses, a dit M. Verhofstadt, c’est que cela était une position de principe et n’était pas lié à l’habituel marchandage sur les hauts postes qui inclut normalement la présidence du Parlement européen, ou la présidence de commissions importantes. 

Le prédécesseur de M. Verhofstadt, Graham Watson, est le candidat officiel de l’ADLE pour la présidence du Parlement européen (EURACTIV 08/01/09), mais il apparaît très peu probable qu’il soit élu au regard des circonstances actuelles.

Le Parlement roule des mécaniques face aux Etats membres

L’ADLE insiste pour que les chefs d’Etat et de gouvernement appuient officiellement M. Barroso avant qu’un vote au Parlement ne se tienne. Cela enverrait la balle dans le camp de la présidence suédoise, qui devra initier une procédure écrite pour appuyer officiellement le président sortant de la Commission. Mais il est très peu probable que Stockholm procède de la sorte à moins d’être certain de l’issue du vote, ont affirmé à EURACTIV des sources du Parlement.

La manœuvre des Libéraux va certainement soulever l’ire des capitales européennes mais M. Verhofstadt a déclaré qu’il jouerait pleinement son nouveau rôle, puisque le Parlement gagne du poids politique vis-à-vis des Etats membres.

Au plus le Parlement européen est fort, au plus l’UE est démocratique et transparente, ont affirmé les Libéraux dans une déclaration.

Cette posture semble « coller » avec les récentes déclarations du dirigeant du PSE Martin Schulz, qui a insisté pour que le rôle du Parlement ne soit pas celui de chambre d’enregistrement des décisions du Conseil.

M. Verhofstadt a été considéré comme une alternative possible à M. Barroso (EURACTIV 10/06/09). Mais comme l’a dit une personne bien informée à EURACTIV, M. Verhofstadt ne souhaite visiblement pas le boulot de M. Barroso, mais préférait être son patron.

Un été de dur labeur pour M. Barroso

Une autre condition énoncée par les Libéraux est celle de la présentation par M. Barroso de son propre programme pour les cinq prochaines années, notamment en ce qui concerne la crise financière. Le candidat unique pour le plus haut poste de la Commission a été fortement poussé à publier son programme et à tenir une discussion ouverte sur celui-ci.

M. Verhofstadt a explicitement dit que le document plutôt schématique « Ambitions pour les cinq ans à venir », présenté par le président de la Commission aux dirigeants européens au sommet de juin, ne serait pas suffisant pour le Parlement.

Cela obligerait M. Barroso à s’engager dans des négociations, et à prendre en compte les programmes des groupes politiques pour les cinq prochaines années, a déclaré une source parlementaire, ajoutant que le Parlement s’attend à sortir plus fort de cet exercice. Un vote Barroso pourrait alors être tenue en septembre ou octobre, probablement après le nouveau vote irlandais sur le traité de Lisbonne, a ajouté la source.

M. Verhofstadt laisse les antifédéralistes à la porte

Finalement, l’ADLE a dit qu’il chercherait à construire une coalition pro-européenne au Parlement européen, ce qui apparaît comme un changement majeur de positions par rapport à celle de l’ancien leader M. Watson, qui avait fait un appel à une coalition idéologique entre l’ADLE et le PPE dans l’espoir d’obtenir la présidence du Parlement.

Nous n’allons pas créer des majorités rapides et hâtives, uniquement partager les postes, a affirmé M. Verhofstadt. 

En fait, l’ADLE assume une posture politique forte, isolant le plus récent des groupes du Parlement européen, le Groupe des conservateurs et des réformateurs européens (ECR), mené par les conservateurs britanniques. Le chef du PPE, Joseph Daul, a récemment laissé entendre que son groupe comptait sur le soutien de ce groupe pour le vote sur M. Barroso. 

Mais cette hypothèse a été exclue par M. Verhofstadt, qui ne veut pas d’une alliance du PPE avec le groupe eurosceptique, d’après une source du groupe ADLE se confiant à EURACTIV. 

Le soutien des socialistes dans la balance

Les libéraux sont confiants dans le fait que les socialistes ne changeront pas d’avis sur M. Barroso lors des consultations politiques de groupe dans les prochains jours, selon cette source.

On s’attendait à ce que les socialistes concluent un « accord technique » avec le PPE pour se partager la présidence du Parlement lors des cinq prochaines années, en échange du soutien donné à M. Barroso. Mais le chef socialiste Martin Schulz a préféré reporter cette prise de décision jusqu’au second référendum irlandais.

Je dois me demander si vraiment je pourrai mettre en œuvre une meilleure politique sociale-démocrate en imposant certaines conditions à M. Barroso, a-t-il confié lors d’une conférence de presse la semaine dernière. Voter pour lui ? Voilà une question ouverte, a-t-il admis.

M. Verhofstadt a insisté sur le fait que le Parlement devrait réfléchir et proposer une stratégie européenne contre la crise, et il a annoncé qu’il présentera ses propres opinions le 8 juillet. Comme l’avait indiqué Graham Watson, ancien chef du groupe ADLE, on pourrait établir une super-commission qui s’attaquerait à la crise mondiale, et l’ADLE pourrait en demander la présidence, selon une source.