Parlement européen : l’inquiétante perte d’influence des Français au sein du groupe Renew
Alors que Renaissance a perdu 10 sièges au Parlement européen après les élections du 9 juin, l’influence de la France au sein du groupe Renew est menacée, tout comme la position de Valérie Hayer, après son appel à expulser ses alliés néerlandais du VVD.
Alors que Renaissance a perdu 10 sièges au Parlement européen après les élections du 9 juin, l’influence de la France au sein du groupe Renew est menacée, tout comme la position de Valérie Hayer, après son appel à expulser ses alliés néerlandais du VVD.
Au sortir des élections européennes, le groupe libéral Renew enregistre au Parlement européen une perte sèche de 23 eurodéputés, passant de 102 sièges à 79, dont 10 sont issus de la délégation française.
Les libéraux devraient cependant rester membres de la grande coalition composée des Socialistes et Démocrates européens (S&D) et des conservateurs du Parti populaire européen (PPE). Leur influence au sein de ce dernier devrait cependant mathématiquement se rétracter.
Des négociations sont en cours pour décider les nouvelles compositions des groupes parlementaires et des doutes émergent quant au poids que parviendra à conserver la France au sein de Renew, un groupe rebaptisé par le président Emmanuel Macron en 2019.
Depuis 2021, Renew a été présidé par Stéphane Séjourné, puis depuis janvier dernier par Valérie Hayer. Le groupe a longtemps été considéré comme un moyen pour Emmanuel Macron d’exercer son influence au sein du Parlement européen.
La France perd son leadership
L’influence de la France est globalement remise en question par la crise politique qui agite le pays, alors que des législatives anticipées doivent se tenir les 30 juin et 7 juillet, et que le parti d’extrême droite du Rassemblement national (RN) est aux portes du pouvoir.
Au niveau européen, le nombre d’eurodéputés de Renaissance a été réduit de 23 à 13 et l’autorité de Valérie Hayer a encore été fragilisée, après qu’elle a demandé l’expulsion des eurodéputés néerlandais du Parti populaire pour la liberté et la démocratie (Volkspartij voor Vrijheid en Democratie, VVD), en coalition avec l’extrême droite aux Pays-Bas.
« Nous aurons une discussion informelle avec le chef de délégation [du VVD] sur la situation cette semaine », a insisté Valérie Hayer lundi (10 juin). Ces négociations internes au groupe Renew, prévues pour le mardi (11 juin), semblent cependant avoir été déprogrammées de l’ordre du jour.
« Ma responsabilité en tant que présidente de groupe, c’est de permettre au groupe d’avoir un échange de vues sur ces questions-là et prendre des décisions en cohérence », a-t-elle ajouté. Loin des propos forts qu’elle avait tenus en mai, lorsqu’elle estimait que « c’est une option [de rester alliés] qui n’est pas entendable, parce qu’ils ne respectent pas nos valeurs en faisant cette alliance [avec l’extrême droite] ».
Cette prise de position « a coupé court à toute conversation collective », confie une eurodéputée à Euractiv. « L’annonce soudaine de Valérie Hayer d’expulser le VVD n’est certainement pas partagée par tous. »
« Il ne fait aucun doute » que la collaboration se poursuivra avec le VVD, a confirmé lundi à Euractiv Marie-Agnes Strack-Zimmermann, tête de liste de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE).
Les libéraux néerlandais « sont des collègues expérimentés », a affirmé un membre du parti tchèque ANO, dont l’appartenance à Renew est questionnée, en raison de ses positions de plus en plus eurosceptiques.
« Si la présidente de Renew et les autres prosélytes d’Emmanuel Macron n’aiment pas l’atmosphère, ils n’ont qu’à partir », déclarait de son côté l’eurodéputé libéral danois Morten Lokkegaard en mai dernier.
Des sorties qui contrastent avec la situation qui prévalait encore en mai dernier, quand l’alliance potentielle du VVD avec le Parti pour la liberté (Partij voor de Vrijheid, PVV), un mouvement d’extrême droite, avait poussé Malik Azmani à se retirer de la course à la présidence du groupe, laissant Valérie Hayer prendre la main sans opposition.
La crédibilité de Valérie Hayer a encore été ébranlée, après qu’elle a sollicité le soutien de ses homologues allemands et belges pour sa réélection, un acte considéré comme un contournement de la prise de décision collective, selon des sources au sein de Renew.
Dans l’ensemble, la frustration de Renew à l’égard des Français est grande. « Il est évident qu’ils ne sont plus les principaux leaders », a conclu l’eurodéputé d’ANO.
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L’ADLE pourrait-elle bénéficier de la perte d’influence de la France ?
L’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE), une faction libérale au sein de Renew où se retrouvent notamment les eurodéputés du VVD, devrait chercher à tirer politiquement profit de la situation.
Les gains de voix de l’ADLE dans l’ensemble — en contraste avec la chute de Renaissance — « envoient un message clair pour prendre des responsabilités» et sont «un appel à la légitimité », a déclaré un membre haut placé du parti à Euractiv.
Les noms des remplaçants potentiels de Valérie Hayer circulent déjà, notamment celui de l’ancienne Première ministre belge Sophie Wilmès et celui de l’ancien Premier ministre slovaque Ludovit Odor, qui ont tous deux bénéficié dimanche d’un soutien électoral important.
« Les eurodéputés de l’ADLE auront la majorité au sein du groupe Renew […] et on s’attend donc à ce que certaines responsabilités clés et certains postes de direction soient confiés à l’ADLE au cours du prochain mandat », a ajouté la source de haut rang.
Renew a jusqu’au 26 juin pour se mettre d’accord sur sa composition et sa direction. L’ADLE devrait aborder la question de l’adhésion du VVD lors d’un sommet à Vilnius les 21 et 22 juin.