Parlement européen : le groupe CRE refuse de soutenir Thierry Breton face aux sanctions américaines
Une déclaration du Parlement européen condamnant les sanctions imposées par l’administration Trump à l’ancien commissaire Thierry Breton n’a pas recueilli l’adhésion du groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) au Parlement européen.
Le groupe CRE, auquel appartiennent notamment les eurodéputés du parti de la Première ministre italienne Giorgia Meloni (Fratelli d’Italia), a refusé de cosigner un texte de soutien à Thierry Breton, sanctionné par les États-Unis il y a un mois.
Dans une déclaration publiée jeudi 22 janvier, la plupart des groupes politiques du Parlement — du Parti populaire européen (PPE, centre-droit) au Socislistes et Démocrates européens (S&D) en passant par les Patriotes pour l’Europe (extrême droite) — ont déclaré « rejeter fermement l’interdiction de visa » imposée par l’administration Trump à Thierry Breton, en raison de son rôle dans l’élaboration des lois sur la souveraineté numérique de l’Union lorsqu’il était commissaire.
« Il s’agit d’une personnalisation inacceptable de la politique de l’UE, d’un dangereux précédent pour l’indépendance des institutions européennes et d’une atteinte à la souveraineté règlementaire de l’UE », ont écrit les députés européens dans la déclaration, saluée par Thierry Breton.
Mais les CRE, menés par les eurodéputés italiens et polonais des partis Fratelli d’Italia et Droit et Justice (PiS), ont refusé de la soutenir.
Un porte-parole des CRE a déclaré que le texte final adoptait « un ton plus agressif » envers les États-Unis « à un moment où une telle escalade n’est pas appropriée ». « Nous ne pouvions donc pas le soutenir pleinement. »
« Nous nous sommes engagés de manière constructive », a ajouté le porte-parole.
La Première ministre Giorgia Meloni a cherché cette semaine à se positionner comme un pont entre l’Europe et Donald Trump, alors que celui-ci menace d’annexer le Groenland.
Le Premier ministre belge Bart De Wever, l’un des rares dirigeants de l’UE à avoir pu rencontrer Trump à Davos, est également lié au groupe CRE, où siègent les députés européens de sa Nouvelle Alliance flamande.
Défendre le soldat Breton
En décembre, le gouvernement américain a annoncé que l’ex-commissaire avait été interdit d’entrée aux États-Unis, le département d’État américain l’accusant d’être un « agent du complexe industriel mondial de la censure ».
En tant que responsable technologique de l’UE entre 2019 et 2024, Thierry Breton était chargé des règles technologiques phares de l’UE, notamment le règlement sur les services numériques (Digital Services Act, DSA), que l’administration Trump a qualifiée de menace pour la liberté d’expression.
Plus tôt ce mois-ci, la Commission européenne a accepté de soutenir la contestation judiciaire de Thierry Breton contre les sanctions, une décision saluée jeudi par la plupart des députés européens de haut rang.
Un responsable de Renew a déclaré que la Commission n’avait proposé de couvrir que la moitié des frais juridiques de Thierry Breton.
Toutefois, selon une personne proche du dossier, le Collège des commissaires s’est mis d’accord sur deux points. Premièrement, « poursuivre la voie diplomatique jusqu’au bout en contactant immédiatement les États-Unis pour faire annuler la décision d’imposer des sanctions » ; et deuxièmement, couvrir l’intégralité des frais juridiques de Thierry Breton — dans des limites « raisonnables » — s’il engageait une procédure judiciaire.
Pour l’instant, rien n’indique que l’ancien commissaire ait choisi d’intenter une action en justice.
La déclaration indique également que la Commission devrait « prendre toutes les mesures diplomatiques et politiques nécessaires auprès des autorités américaines pour obtenir la levée de l’interdiction de visa imposée à Thierry Breton ».
Elle appelle également l’UE à veiller à ce que les attaques similaires contre des fonctionnaires actuels et anciens de l’UE « fassent l’objet d’une réponse systématique et coordonnée ».
Le groupe d’extrême droite Europe des nations souveraines s’est également opposé à la déclaration commune, a confirmé un porte-parole du groupe.